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Venise in, off ou out - FINE n°2

Publié le 15 juin 2009 par Anne Malherbe
Venise in, off ou out - FINE n°2
Je l'admets: c'est peu crédible. Pourtant, entre le moment où je l'ai écrit et celui où je l'ai mis en ligne, une partie de mon dénouement s'est volatilisée. Le Palazzo Dario est maudit, cela est vrai.
Revoici donc ce dénouement dans sa version intégrale.
Je reprends quelques lignes plus haut
(bruit de film qu'on rembobine):
....
Là, nous nous attendions à tout : au scénario d’Eyes Wide Shut, à une fête masquée dont le code était de garder le silence, à des invités ivres morts, à un drame qui aurait laissé tout le monde sans voix, à une vidéo sans bande-son, à un concert de musique subliminale et bien sûr à la malédiction du palais, qui aurait figé les convives dans un sommeil de cent fois cent ans.
Mais rien de tout cela.
Nous étions seules.
Peut-être étions-nous arrivées trop tôt. Ou bien alors la fête avait-elle été elle aussi annulée. Ou bien, justement, tel était le but de l’affaire : nous étions au cœur d’une performance dont nous ignorions tout.
En fait, tout en haut, il y avait une salle aux murs peints en ocre. Cette salle était occupée par un lustre immense aux pampilles à moitié défaites, quelque chose qui aurait pu être une œuvre d’art, du Banks Violette ou un Claude Lévêque égaré (puisque comme chacun sait, les lustres sont des lieux communs de l’art contemporain, et que Claude Lévêque avait eu la bonne idée de s’en passer dans son pavillon), mais nous étions aussi dans la ville des lustres — donc le doute quant au statut de l’objet était sans résolution.
Il y avait aussi un très grand miroir vénitien, un miroir dont le teint était si usé qu’on s’y distinguait à peine et qu’il était constellé de mouchetures argentées. Du Mona Hatoum ? non, elle est déjà occupée dans un palais de l’autre côté du canal. Du Louise Bourgois ? non, ce genre de pièce n’est pas répertorié dans son catalogue raisonné.
Alors, à ce point de mon histoire, vous attendez à quelque chose comme le lustre se mettant soudainement à bouger, ou bien une apparition qui aurait eu lieu dans le miroir, un seigneur en tenue de Doge par exemple, ou bien une fête de marquis et marquises dont le miroir aurait conservé le reflet comme le souvenir d’un temps lointain. Mais ce genre de scénario a déjà été écrit, en particulier au sujet du Palazzo Dario, et vous n’auriez certainement pas cru à un dénouement si banalement fantastique — alors que je tiens uniquement à vous raconter la vérité.
Nous restâmes alors un moment à écouter le silence et à nous perdre dans le miroir au teint usé, puis nous sommes reparties.
Le lendemain, nous croisons notre collectionneur qui nous interrogea, l’air inquiet : « Vous étiez hier à la fête au Palazzo Dario ? » « Et vous ? » « Oui, bien sûr ! Il y avait beaucoup de monde …je ne vous y ai pas vues ?… »
(Image: Kiki Smith. Exposition Glass Stress, Venise, Istituto Veneto di Scienze Lettere ed Arti, du 6 juin au 22 novembre 2009)

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