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“Let’s make money”, un documentaire accablant

Publié le 26 juin 2009 par Petiterepublique

lets_make_money_afficheAutant le dire immédiatement, avec son dernier documentaire “Let’s make money”, Erwin Wagenhofer [1] récidive en donnant une suite logique à son précédent travail réalisé en 2007 “We feed the world” [2]. D’ailleurs, il débute son opus consacré à l’univers de la finance internationale, là où se terminait sa charge contre les aberrations du système alimentaire mondial, au sommet du Mont-Pèlerin, ce lieu qui surplombe le lac Léman et qui héberge le siège du géant Nestlé. C’est peu dire qu’il a de la suite dans les idées Erwin Wagenhoher, il persévère et apostrophe les citoyens que nous sommes, le tout servi en 35 millimètres afin de donner toute la mesure de la démesure perverse du système.

Le discours est implacable et la démonstration rigoureuse. Dépourvu de voix “off”, ce documentaire donne la parole à quelques protagonistes exemplaires de cette mécanique dont on perçoit les effets les plus néfastes lorsque la caméra colle au plus près des humains parmi les plus démunis . L’exemple du Burkina Fasso qui produit un coton d’une qualité remarquable est un pays qui non seulement ne tire aucun bénéfice de cette ressource, mais de plus continue à s’enfoncer dans la spirale d’un endettement qui hypothèque le devenir de ses enfants qui ne naîtront que dans 25 ans! Et le gérant d’une coopérative de nous prévenir qu’à perdurer ainsi, l’Europe et les pays riches ne pourront éviter l’invasion des populations africaines affamées et poussées à bout par cette injustice extrême. Le présent, avec ses flux migratoires déjà problématiques n’étant que le début d’un processus inévitable.
Puis le réalisateur de dérouler son raisonnement le plus rationnellement possible, laissant s’exprimer les différents acteurs essentiels de cette situation aujourd’hui intenable. Au premier rang desquels un gestionnaire de fonds de pensions qui sévit dans les pays émergents, des industriels délocalisés en Inde, des spéculateurs et promoteurs immobiliers en Espagne et autre responsable politique de Jersey. Tous plus cyniques les uns que les autres, ils n’ont aucun scrupule à avancer leur raisonnement comme si de rien n’était, de la manière la plus normale, sans aucune considération pour les victimes collatérales induites par leurs agissements parfaitement irresponsables. Ainsi, Mark Mobius, président de Templeton Emerging Markets, de déclarer sans ambages: «Je ne pense pas que l’investisseur doive être responsable de l’éthique,de la pollution ou de quoi que ce soit que produise la compagnie dans laquelle il investit. Ce n’est pas son boulot. Son boulot est d’investir et de gagner de l’argent pour ses clients. »Chacun pourra mesurer le degré de conscience développé par ce genre d’individu dont on ne peut que souhaiter qu’il rejoigne un certain Bernard Madoff au fond d’une geôle d’un pays émergent de préférence. De Chennai (Inde) à Washington, en passant par les carrières africaines, la caméra de Wagenhofer focalise sur ces visages de la misère dont l’espérance de vie se situe autour de la quarantaine, alors que les vautours dessinent des cercles dans un ciel éclatant, voilà pour le contraste saisissant.
Sans nous assommer de données chiffrées incompréhensibles, Erwin Wagenhofer, par le truchement de quelques spécialistes, assène pourtant certaines valeurs particulièrement pétrifiantes. Ainsi, on est effaré d’apprendre que 11500 milliards de dollars fructifient dans les différents paradis fiscaux, échappant en toute impunité à toute forme d’impôt alors que si on imposait ne serait-ce que 7% de cette somme à hauteur de 30%, cela pourrait alimenter d’environ 250 milliards de dollars le programme d’aide au développement pour atteindre les objectifs du millénaire arrêtés par l’ONU [3]. Édifiant.
Enfin, le cinéaste achève son périple au sein du Bundestag en laissant la parole à Herman Sheer, parlementaire Allemand et lauréat du prix Nobel alternatif,qui déclare avec une certaine tristesse, alors qu’il contemple un mur rempli de mots laissés par les soldats Russes à l’issu de la prise de Berlin: «Si nous ne créons pas un nouveau mode de répartition des richesses, ce qui a abouti à la Seconde Guerre mondiale se reproduira sous une autre forme. C’est une nouvelle ère de barbarie qui s’ouvrira.»
Au-delà de la réflexion suscitée par ce brillant travail, ces images génèrent une puissante envie de RÉVOLTE.

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