Le deuxième roman de Célia Houdart, Le Patron, paru chez P.O.L, se lit comme on suivrait le cours d'une petite rivière discrète, non sans beauté.
Bilal, jeune garçon de 14 ans, vit en banlieue parisienne, entouré de ses parents, marabouts kabyles, et de ses deux frères et sœurs. Il y mène une vie paisible, tranquille, sans heurts. Jusqu'à ce que ses parents soient rappelés
en Kabylie pour régler une urgente affaire de famille. A l'aéroport, Bilal s'enfuit et laisse sa petite smala s'envoler seule, loin de lui.
Il se réfugie chez Pierre Wilms, neurologue parisien habitant l'Île Saint-Louis, qui venait de l'examiner pour un coup superflu que Bilal avait reçu à la tête. Période charnière pour les deux êtres : l'un se remet péniblement du décès de sa femme, tandis que l'autre cherche un nouveau foyer, un modèle à suivre ; un patron auquel calquer sa vie.
Bilal ne paraît pas s'inquiéter de ce considérable écart entre le monde duquel il vient et celui dans lequel il fait son entrée. Au contraire, il semble être déterminé, bien qu'il sache si peu de cet homme et que ce dernier lui paraisse si triste, et parfois si désemparé. Son assurance portera ses fruits. L'aide, puis l'affection, deviendront réciproques. Se rejoignant dans le secours qu'ils portent à Hervé, vieil ami de Pierre Wilms, les deux personnages de Célia Houdart semblent comprendre que l'on s'aide soi-même à aider les autres, et qu'ouvrir sa porte, parfois, sans trop réfléchir, peut amener aux plus belles rencontres.
L'écriture de Célia Houdart place ce roman hors du temps, tant les petites touches, si bien senties dans leur circonspection, dans leur économie de mots, sonnent et frappent juste, à chaque fois. Il y a un calme apaisant dans le rythme des lignes. On avance à pas feutrés. Mais, si Célia Houdart, par ce style très personnel, semble effleurer les choses, elle ne manque toutefois jamais sa cible.
Mais quelle serait donc cette réalité où un jeune garçon déciderait ainsi de son destin, et où il se retrouverait heureux, dans les branchages d'un cerisier, la bouche rougie d'en avoir mangé les fruits ? Peut-être celle d'un monde qui irait flirter avec le songe, avec la douceur et l'idéal de nos espoirs fous... Qu'importe ! Célia Houdart nous emporte avec ce petit enchantement qu'est son dernier roman, dont la lecture, émouvante, procure l'effet d'un bonheur simple, léger, aérien.
Magazine Culture
Célia Houdart, l'écriture sereine
Publié le 02 juillet 2009 par EphemerveilleCes articles peuvent vous intéresser :
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