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Le Courage du rouge-gorge, Maurizio Maggiani, Actes Sud

Publié le 16 juillet 2009 par Irigoyen
Le Courage du rouge-gorge, Maurizio Maggiani, Actes Sud

Le Courage du rouge-gorge, Maurizio Maggiani, Actes Sud

Voici le troisième livre du journaliste-écrivain italien Maurizio Maggiani publié aux éditions Actes Sud – après Treize variations sur l'amour et Le voyage nocturne parus respectivement en 2002 et 2006 -. Le narrateur, Saverio Pascale, est sous la surveillance du Docteur Modrian à l'hôpital Nabe al Maja d'Alexandrie, en Égypte.

« Je suis épuisé par une espèce d'aboulie à laquelle on n'a pas encore trouvé de miracle. »

C'est en partant à la recherche d'un port antiqueenseveli que Saverio a eu son accident.

« Je suis ici parce qu'on m'a trouvé alors que je me cognais la tête contre les rochers de la digue, dans le vieux port. Embolie : il est étrange que je sois encore vivant. »

En convalescence depuis, Saverio rêve d'une histoire à épisodes. Rêves qu'il commence à noter, comme le lui a suggéré son docteur, sur sa Remington.

« Nuit après nuit, je la reprends à peu près là où je l'avais laissé, et, à l'intérieur de moi, elle se déroule de manière cohérente, avec des personnages et des événements de plus en plus complexes. C'est très beau. C'est vraiment un phénomène incroyablement émouvant. »

Ce livre est d'abord une plongée dans la communauté italienne d'Alexandrie dont les membres, aujourd'hui âgés, comme Ruben et Amos Battistini qui tiennent une imprimerie, se retrouvent souvent au café Diwan Nabil pour parler des temps anciens, se souvenir de ceux qui sont partis, telle la mère de Saverio, « morte en juin 1953 parce qu'elle fut confondue avec je ne sais qui par un groupe d'étudiants exaspérés qui manifestaient contre le roi Farouk, contre les Anglais et contre les étrangers en général ».

Parler aussi du père de Saverio, Giovanni, mort noyé. Il tenait une boulangerie avant que celle-ci ne soit reprise par un Chypriote qui, lorsque l'affaire fut conclue, a offert au narrateur un recueil de poèmes de Giuseppe Ungaretti, Port enseveli.

Comme d'autres, Giovanni s'était installé à Alexandrie après avoir fui la fascisme, lui, le libertaire – dans son Journal intime Nanni Moretti avait bien imaginé l'histoire d'un pâtissier trotskiste ! - qui ne cessait de dire à son fils l'importance de la liberté à coups de métaphores mettant en scène un rouge-gorge, un oiseau qui, las d'avoir à rester au même endroit alors qu'il veut voir le grand monde se présente chez le seigneur faucon pour lui demander l'autorisation de partir. Ce dernier refuse. Mais le rouge-gorge ne se démonte pas et commence à voler de plus en plus haut jusqu'au jour où il réussit à s'échapper.

Mais la plongée à laquelle nous convie Maurizio Maggiani n'est pas que géographique. Elle est aussi un voyage dans le temps.

Saverio décide en effet de partir pour l'Italie, un pays qu'il ne connaît pas puisqu'il n'y a jamais vécu.

« Qu'est-ce qu'elle me dit l'Italie ? Ce machin oblong déroulé au-dessus de l'Afrique, ce que les profs de la Dante-Alighieri tiennent beaucoup à appeler « la « botte », et si vous regardez bien sur une carte de géographie, vous vous dites forcément qu'on l'a mis à cet endroit-là exprès pour flanquer des coups de pied à l'Afrique, même si, heureusement, il ne peut atteindre l'Égypte que du talon. »

Saverio a pour projet de se rendre à Carlomagno, le village dont étaient originaire son père Giovanni mais aussi le poète Giuseppe Ungaretti – celui-ci était en fait né à Alexandrie - qui adhéra aux thèses fascistes.

Arrivé à Rome, Saverio voit d'ailleurs une affiche indiquant la venue du poète. La rencontre aura bien lieu mais elle ne se déroulera pas tout à fait comme prévu. Elle aura surtout pour conséquence d'entraver la poursuite du voyage du narrateur. Les deux hommes ne se verront plus mais l'homme de lettres laissera au visiteur une enveloppe avec un message pour le moins codé.

Rentré au pays sans avoir vu Carlomagno, Saverio écrit l'histoire de ce village des Alpes apuanes qui bénéficia pendant quelques années d'une liberté de culte avant que Rome n'envoie ses émissaires pour en reprendre le contrôle. C'est l'histoire dans l'histoire.

Commence alors un récit qui début avec l'arrivée du marquis de Bramapane, auquel les habitants de Carlomagno ont décidé de faire appel pour les défendre. Un des lieutenants du marquis s'appelle Pascal. Très vite, ce dernier gagne la confiance des villageois et finit par se marier avec Sua, la fille du fromager Furnà, l'homme qui se tranche un doigt à chaque fois qu'il se sépare d'une femme, afin de mieux partager sa douleur.

Roman particulièrement captivant Le courage du rouge-gorge est avant-tout un magnifique hommage à la liberté. L'histoire est aussi une invitation a réfléchir sur les rapports entre art et politique. Heidegger et Jünger avaient montré qu'on pouvait être un esprit brillant tout en étant gangrené par le nazisme. On voit bien ici que qu'un poète a cédé, lui aussi, à la tentation fasciste.

Le rouge-gorge finit par s'envoler parce qu'il ose s'attaquer à plus fort que lui et est sûr de son bon droit : il y a là matière à réflexion.


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