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Anthologie permanente : Thierry Le Pennec

Par Florence Trocmé

pow-pow
tout le jour à attendre
que ça se lève les nuages
  traînant du ventre sur la terre
du champ à demi-travaillé hier
jusqu’à n’y plus voir, mouillé à présent
d’une pluie nocturne les mottes
  ressuient lentement enfin
je me décide je démarre le tracteur :
  le soleil perce.
(in Néo, Cahiers Blanc Silex, 2003)

*


ce fut la semaine du foin
   des grands ciels
couchés sur les champs du plat de leur main
tremblante
des barres de coupe menées par les Roberts
la clope de gris roulée derrière l’oreille
  une semaine
  de beau dans le milieu du mois
l’air chante pendant des heures
la cloche de midi quand le moteur s’arrête
  les oiseaux un des derniers coucous
  juste avant que n’arrive la presse

*


insectes et fleurs si quelqu’un
veut me trouver ce sera dans un champ
toujours le même celui qui est
suspendu et dos courbe, narrations
comme un journal de bord le temps
  qu’il fait celui qui passe
d’un bout à l’autre des allées les talons
foulent un hachis de pailles, l’usine
dévastée de la récolte en hâte, sous les nuages.
(in Sur la butte, Wigwam, 2000)

*


Séant
  les cagibis les celliers
sombres au fond des cours la terre
battue suinte la pomme à différents
stades c’est là que l’homme
  préparée les jus les alcools, ferrailles luisantes les barrique, pissées d’moineau par le fenestreau, hiver les ventres, pesée au plus juste, patates et salpêtre, chaudronnent les  bouillons d’orties, feu clair, joues rouges aspirent au foutoir, aux choses pouvant servir un jour, plus tard.

*


Howard
préparer la terre ça y est les lames
  brossent le brun à peine
  ressuyé les mottes de blé vert la poésie
exsude de tout ça le petit vent frisquet
   sur le siège du tracteur le bruit
qu’il fait à moitié du mois de mars le défilé
muet des branches et déjà
  les pierres tombant du ciel.

*


dans l’herbe fraîchement coupée
  – ombres odeurs cadavres –
  la ronde commence
des croupes fauves des formes anormales de dos,
  la chasse
  les arrêts brusques les sauts
à ras du soir des soleils gémissants,
  oreilles sauvages tournées
vers quelque bruit non bestial,
  dans l’herbe fraîchement coupée :
  les renards.

*


1 200 pieds de statice plantés binés
ce printemps magnifiques en lignes
longues 8 couleurs choisies réduites
à quelques bottes récolte foutue par le fait
des pluies d’orage humidité
matinale une forme de vie s’installe nommée
botrytis les yeux hâves des paysans
d’autrefois devant le blé pourri, naon.
(in Un pays très près du ciel, L’Idée Bleue, 2005)
Contribution de Jean-Pascal Dubost
Bio-bibliographie de Thierry Le Pennec
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