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Les vacanciers et les locaux en été

Publié le 31 juillet 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

plages1.jpgEn vacances, on distingue deux catégories, les vacanciers, appelés aussi « les parisiens » par les locaux, et les locaux, dont le village passe en été de 2000 habitants à 25 ou 30000 pour certains endroits. Par parisien, bien sûr, on entend tous ceux qui ne sont pas de la région. Le « parisien » a un rôle appréciable, on lui vend le litre de lait, la douzaine d'œufs deux fois plus cher que pendant l'année, et il ne dit rien car il est en vacances et ne veut pas se prendre la tête. On lui présente également des croûtes innommables comme des toiles de maîtres locaux, tellement authentiques dans l'esprit pittoresque, des vêtements traditionnels fabriqués à Taïwan, des saloperies immangeables (brioche élastique, crêpes sableuses) comme des spécialités séculaires, et il ne proteste jamais. Mais on ne l'aime pas beaucoup, car il est réputé mauvais conducteur, arrogant dés qu'il ose élever le ton, et envahissant. Parfois il arrive même qu'il proteste quand des locaux amènent leurs clébards sur la plage afin que ceux-ci s'ébattent un peu partout autour des châteaux de sables des gosses, forcément mal élevés, des « parisiens », ou des serviettes, prétentieuses, des parents. Le "parisien" est à peine toléré sur la plage.

Plusieurs spécificités locales :

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- le magasin "typique" : s'appelle comptoir de la mer, magasin de la plage, ou Superstore Beach 3000 quand on n'est pas loin d'une plage de djeuns. On y vend des produits typiques qui doivent reflèter les désirs de la clientèle des vaches à lait de l'été : des biscuits réputés traditionnels, des bonbons traditionnels, des crèmes traditionnels, des alcools traditionnels, tout un tas de produits réputés de tradition, mais une tradition revue et corrigée par la publicité ou "les choristes".

Ce genre d'endroits est souvent tenu par les filles de notables locaux (médecin, notaire etc...) qui font la plupart du temps un concours de mauvaise volonté et de mauvaise humeur. C'est là que l'on vend aussi les produits habituels consommés par les "parisiens" pendant l'année, mais à des prix exorbitants car on est en vacances.

On y parle beaucoup de la concurrence des supermarchés proches, dans lesquels on accuse tous les parisiens de se ruer : il faut dire que l'on y trouve les mêmes produits beaucoup moins cher.

- Le maître-nageur sauveteur : C'est un djeuns du coin, habillé d'un ticheurte jaune ou rouge pétant. Idole des cours de récréation locales, il pense l'être aussi de la plage et se verrait bien comme un avatar des personnages d'"Alerte à Malibu", ce qui est évident assez difficile à évoquer dans la Manche ou sur les plages de Mer du Nord. Entouré de plusieurs midinettes jeunes et moins jeunes le soir au bar, il aime bien que les filles le tutoient afin de contribuer à sa légende de Don Juan des bords de mer. Quand il fait beau, il dira jovialement, les jumelles à la main : "Fait beau aujourd'hui !" et quand il pleut : "Fait pas beau aujourd'hui !".

- Le magasin qui vend de tout : On y trouve des revues, pour adultes, souvent des trucs allemands bien dégueulasses d'ailleurs, des journaux pour les enfants, placés la plupart du temps juste à côté, "Mickey Parade" voisine avec "Valeurs Actuelles" et "Libération" avec "Mon tricot". Il y a plusieurs présentoirs de friandises, et également de souvenirs "typiques" : bateaux en céramique, phare sous cloche de neige, marins en poupée de chiffon, des cartes postales pour tous les goûts qui vont de la carte "drôle" (ou qui devait l'être en 1923) à la carte patrimoniale hors de prix. On y distingue les "habitués" qui connaissent bien le marchand et la marchande, et les petits nouveaux que l'on considère non sans hauteurs. Les "habitués", locaux ou pas, souvent retraités, y ont l'habitude commenter la politique : leurs commentaires se résument rapidement, "les jeunes c'est rien que des fainéants" et "maintenant c'est pas comme avant". Ou bien l'on se contente de ragoter sur les "parisiens" râleurs, arrogants et mauvais conducteurs etc...

Quand il pleut ou qu'il fait frais, les "parisiens" stagnent dans ce genre d'endroits, sans particulièrement oser ouvrir les revues ou feuilleter les livres, qui en intimident la plupart, surtout quand l'un d'eux se retrouve au hasard des mouvements du troupeau réfugié devant les magasines juste le nez sur tel ou tel magasine masculin ou féminin livrant tous "les secrets de l'orgasme en vacances" (texto); ou "les plages les plus chaudes".

- la famille type de "vacanciers" : Le père (vêtu d'un caleçon de bain/short qui aura tendance à flotter au vent ou se coller de manière arbitraire à la sortie de l'onde) continue à travailler en vacances, il adore le montrer pour bien appuyer sur le fait qu'il est quelqu'un d'important en période normale, sérieux, docile avec son patron et toute cette sorte de choses. La mère est active, elle veut bien s'occuper des gosses mais aussi conserver une image de femme moderne consciente de son temps et son époque. Il y a souvent parmi leur progéniture un ado ou une ado maussade et revêche, qui trouve que ce serait tellement bien que la famille aille en vacances à Ibiza "hein Môman ce serait chouette", des enfants parfaitement normaux qui veulent faire des châteaux de sable, nager dans l'eau et se dépenser, bien que de plus en plus apparaissent le gamin odieux qui a le nez collé sur l'écran de sa console portable constamment. On les retrouve souvent dans les crêperies attablés devant les crêpes typiques, la bolée de cidre typique, jusqu'en Méditerranée, et la glace typique.

D'autres, comme on le voit ci-dessous ont une conception des vacances qui impliquent un retour à la nature radical en quelque sorte, on y pratique "le mélange des varices" ou "le partage des couches graisseuses". Eux aussi aiment bien partir pour oublier la foule et la cohue de la ville....

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Quelques souvenirs de vacances de Florence Foresti ci-dessous en complément.


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