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Meurtrière en série tellement distinguée...

Par Amaury Watremez @AmauryWat

à propos de « Une autobiographie » d'Agatha Christie

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Agatha est une tueuse, une meurtrière en série qui n'a jamais été inquiétée alors qu'elle a tuée des dizaines de personnes, souvent des innocents, parfois des individus qui le méritaient, dans ses romans. C'est pourquoi elle a été absoute de ses crimes, je suppose. Sur les photos, elle ne sourit que du bout des lèvres, un sourire « comme il faut » dans la bonne société, cependant la lueur qu'elle a dans le regard indique qu'elle n'est pas dupe une seconde du jeu social, des conventions hypocrites qui permettent d'enfouir ce qui gênerait la représentation de la comédie du monde. Ses personnages seront toujours très lucides quant à cette fausseté des attitudes, des convenances, de la hiérarchie des statuts surtout bâtie sur l'argent. Plus tard, certains écrivains essaieront de systématiser ce rôle social du roman policier, comme Manchette. Ce sera moins intéressant que cette lucidité profonde d'Agatha Christie qui ne s'engage pour aucune idéologie et ne fait que montrer la réalité des comportements. Elle reste alors libre car elle n'a aucune vulgate politique théorique à vendre.

Et pourtant elle avait bien commencé comme elle le raconte au début de cet ouvrage monumental qui demande un certain souffle pour parvenir jusqu'à la fin, mais Dame Agatha écrivant bien, c'est une longue promenade, parmi les souvenirs de cette auteure, très agréable à suivre. Elle naît Agatha Miller dans une famille fortunée mais qui n'appartient pas à la haute société en 1890 à Torquay sur la « Riviera » anglaise. Petite fille elle est réputée moins intelligente que sa sœur aînée ou son frère, elle invente déjà des histoires avec sa maison de poupées. Elle a des terreurs secrètes qui seront le terreau fertile de ses futures œuvres comme le très ironique « Dix petits nègres ». Quand elle raconte ses souvenirs d'enfance, Agatha le fait en pratiquant une forme subtile d'« understatement » qui est l'art de savoir rire de ce que nous risquerions de prendre trop au sérieux dans l'existence. Ainsi on retiendra les heurts mammaires de sa tante et sa grand-mère toutes deux pourvues d'une énorme poitrine qui les gênaient pour s'étreindre avec toute la chaleur voulue.

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Bien sûr comme dans la plupart des auto-biographies il y manque l'évènement le plus intéressant, le plus romanesque aussi, sa disparition pendant onze jours en décembre 1926 alors qu'elle commence à connaître un certain succès. On la retrouve dans une station balnéaire à la mode où elle s'est inscrite sous le nom de la maîtresse de son mari épousé pendant la première guerre, fringant aviateur du « Royal Flying Corps », très bel homme et coureur de jupons. Elle dit ne pas se souvenir de ce qui s'est passé pendant cette escapade, prétextant une imagination trop vive, une amnésie due à une forme extrême de dépression. Cet évènement semble irriguer tout le livre, l'écrivain laissant certainement des indices permettant de comprendre ce qui a pu se passer. A nous de « faire travailler nos petites cellules grises » comme Hercule Poirot, son personnage le plus célèbre, détective belge « au crâne en forme d'œuf » qu'elle invente pendant les moments de liberté que lui laissent son travail au dispensaire de Torquay pour l'armée de sa gracieuse majesté, suite à un défi lancé par sa sœur. L'histoire se déroule dans une ville de bord de mer élégante, calme, mais où les murs des élégantes villas cachent des secrets abominables, des violences cachées. Et Poirot, détective pourtant improbable, d'aspect ridicule, affublé d'une moustache grotesque et de chaussures pointues trop petites qu'il porte par coquetterie, de traquer la vérité cachée derrière tant de cachotteries.

Elle est anoblie peu avant sa mort, elle prétend alors donner la solution à l'énigme de sa disparition, celle-ci serait dans une cache à l'hôtel Péra d'Istanbul où l'on trouve une clef mais pas ce qu'elle ouvre, le mystère restant entier par un retournement encore plus machiavélique que dans ses romans, y compris celui, étonnant, que l'on trouve dans la dernière enquête de Poirot.

Sa vie

Un sketch des Monty Python sur Lady Agatha


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