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Construire son itinéraire, bâtir son rêve

Publié le 21 juin 2009 par Toothbrushnomads

Départ imminent, détails pratiques réglés et début de séjour organisé, l’esprit du futur voyageur se met alors à voguer au-delà de sa destination générale pour songer à son périple en lui-même. A partir de ce moment là, deux constantes qui marchent main dans la main : l’envie de tout faire, et surtout de ne rien rater. A ces désirs en forme de questions, moi j’ai envie d’apporter d’autres réponses.

Je veux tout voir

308_La_route.jpg La première idée, bien sûr, c’est un schéma classique : un an pour faire le tour de l’Australie en van. Et c’est loin d’être une mauvaise idée en soi, il suffit de voir les belles épopées de certains pour s’en persuader. Là où le bât blesse, c’est dans le concept du tout voir. Car une chose est certaine : oui, il est tout à fait possible de faire une boucle autour du continent en australien en un an. Et il est également tout à fait impossible de tout voir en procédant ainsi.

Avant tout, il s’agit en effet de prendre réellement conscience des dimensions du pays : 4000 km d’est en ouest, 3000 km du nord au sud, une superficie comparable à celle de l’Europe toute entière. C’est ça, l’Australie. De fait, la simple conduite demande un certain budget de temps comme de finances. Qui plus est, si dans l’absolu 4000 km peuvent se tracer en quelques jours, il faut bien comprendre que ces grands espaces sont littéralement truffés de sites magnifiques à explorer. De région en région, de parc national en parc national, les paysages, les points de vue et les randonnées s’enchaînent à l’infini, avec une variété surprenante : succession d’habitats et de micro-climats promettant des éco-systèmes perpétuellement renouvelés, de la forêt pluviale luxuriante aux étendues arides de l’outback en passant par les sommets alpins et les plages de rêve.

En conséquence, il faut se faire une raison : personne ne peut tout voir. Une vie entière ne serait sans doute toujours pas suffisante, encore moins une modeste année. Dès lors, deux stratégies s’appliquent :

  • Survoler un maximum de surface pour avoir un aperçu d’ensemble
  • Explorer une plus petite partie du pays en profondeur

La première solution est de loin la plus en vogue, sans doute car elle est celle qui donne le plus l’illusion du tout voir. Pourtant, par définition, faire le tour d’un si grand pays en un temps limité implique des choix. Car il ne faut jamais perdre de vue que le pays renferme des états, qu’un état renferme des régions, qu’une région renferme des parcs nationaux, qu’un parc national renferme des zones, qu’une zone renferme des dizaines de randonnées, et ainsi de suite, couche après couche, à tel point que même les adeptes de l’exploration en profondeur sont dans l’impossibilité de tout voir.

Dès lors se pose la seconde question principale du voyageur qui pense à son itinéraire : si je ne peux pas tout à fait tout voir, que faut-il ne pas rater ?

Les incontournables

C’est un mot qui revient à toutes les lèvres au moment de dessiner une première ébauche d’itinéraire : les incontournables, les immanquables, ces sites au-dessus de tout autres et desquels il ne faut absolument pas passer à côté. Et plus le temps est limité, plus le projet de voyage est ambitieux, plus la question devient pressante.

Ces sites, pourtant, ce n’est guère difficile d’en donner une liste, et n’importe quel néophyte de l’Australie pourrait sans doute la compiler en un quart d’heure de recherche sur internet. Pourquoi ? Parce que les sites dits « incontournables » ne le sont au fond ni pour leur beauté ni pour leur uniqueté, mais pour leur capital tourisme. Ce sont les sites où tout le monde va, les sites où les tours et les infrastructures sont les plus développés, les sites qui bénéficient d’une forte publicité : Uluru, Fraser Island, les Whitsundays ou la Great Ocean Road sont les noms de quelques-uns de ces béhémoths.

110_Les_apotres.jpg

Alors, ne me méprenez pas : ces sites sont en effet magnifiques, simplement ils ne le sont pas davantage que bien d’autres. Je l’ai mentionné plus haut, l’Australie regorge d’endroits magiques à découvrir. Se limiter aux grands noms de son panthéon, c’est se limiter à des lieux qui souffrent bien souvent des affres du tourisme : trop fréquentés, trop plébiscités, ils perdent parfois de leur charme face à la foule qui les envahit.

Découvrir le bush, la vraie nature sauvage, ce n’est pas faire du lèche-vitrine sur un chemin de béton où se sont déversés des cars entiers, comme cela m’est arrivé dans la Daintree par exemple. Non, partir à la découverte de l’Australie « authentique » c’est avant tout s’aventurer hors des sentiers battus, pour explorer des lieux méconnus tout aussi splendides que les stars des brochures de vacanciers, mais encore épargnés et solitaires, des endroits où il peut n’y avoir personne d’autre que vous à des kilomètres à la ronde, avec des kangourous pour seuls voisins.

Ce que j’en pense

191_Crepuscule.jpg « Quel est ton endroit préféré en Australie ? » Cette question, je l’ai souvent posée. Au début, avec une curiosité réelle, et un certain sentiment d’anticipation à l’idée d’apprendre la réponse personnelle d’un camarade voyageur, de partager à travers ses mots ses découvertes de tel ou tel petit trésor caché de ce vaste pays. Et puis, au fur et à mesure, je me suis rendu compte que cette question, je pouvais en prévoir la réponse 80% du temps : Fraser Island, les Whitsundays, et moins souvent d’autres grands noms.

Est-ce réellement parce que ces endroits sont si formidables qu’ils parviennent à fédérer l’opinion d’un vaste panel de voyageurs, tous horizons confondus ? Je ne le crois pas. En discutant plus avant, je m’aperçois trop souvent qu’il est très simple de deviner le parcours d’un voyageur : il colle aux circuits préconisés par le Lonely Planet. La côte est, c’est Byron Bay – Gold Coast – Hervey Bay – Fraser Island – Whitsundays – Cairns – Grande Barrière de Corail – Daintree – Cape Trib. Entre ces destinations, il pourrait aussi bien ne rien exister.

Pour moi, ce triste état de fait symbolise ce qu’est devenu le voyage à l’ère moderne : un voyage normalisé.

Hors, pour qui un lieu incontournable doit-il être incontournable ? Pour les agents du tourisme, pour les autres, ou pour vous seul ? L’expérience ne devient-elle pas plus unique, plus riche et plus enrichissante quand les découvertes découlent de nos propres explorations, plutôt que d’être dictées par les puissances du marketing et des fausses vérités générales, des raccourcis trop faciles ?

Il n’y a pas lieu de proclamer la supériorité d’un lieu, connu ou méconnu, aux autres. L’esprit du voyage, c’est aussi cela : l’indépendance, la débrouillardise, la quête perpétuelle. Tout est incontournable, et rien à la fois.

Il suffit d’ouvrir un atlas pour construire votre Australie.

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