COUP DE COEUR
Sortie: 25 avril 1962 / 08 juillet 2009
> L'histoire: Dans une petite ville de province, deux amies Karen Wright et Martha Dobie dirigent une institution pour jeunes filles, aidées par Lily, la tante de Martha, une
ancienne actrice excentrique. Fiancée au médecin Joe Cardin, Karen a du mal à s'engager et à laisser à Martha la direction de l'école. Mary, une élève insolente et menteuse, alors qu'elle a été
punie, lance la rumeur que les deux professeurs ont une relation "contre-nature". Elle commence par le raconter à sa grand-mère...
Deux amies. Un pensionnat. Des petites filles aussi têtes à claque que mythomanes. Pas besoin de plus pour transformer ce haut lieu d'éducation en un théâtre d'injustices et de soupçons en tout
genre. Adaptant une nouvelle fois la pièce de Lilian Hellman, après Ils étaient trois, William Wyler, cinéaste américain malheureusement un peu retombé dans l'anonymat, retrouve avec La rumeur celle qu'il avait lancé des
années auparavant: Audrey Hepburn. L'occasion de lui proposer un rôle dans un registre différent de ce qu'elle a pu faire auparavant, le
drame, elle qui sort alors tout juste du film qui l'amènera au rang d'icône, Diamants sur canapé. Bien avant d'être une des premières oeuvres à traiter
de l'homosexualité, qui plus est féminine, La rumeur est avant tout de ses chefs d'oeuvre méconnus, propre à l'âge d'or hollywoodien. Suivant le quotidien de
deux responsables d'un pensionnat de province, confrontées à l'affreux mensonge d'une petite fille en mal d'amour. Accusées d'être amantes, Karen et Martha se retrouveront ainsi progressivement
isolées de tout, cloîtrées dans une maison bien vide, anciennement si pleine de rires et de vie. Chaque nouvelle suspicion de la part d'un proche est un nouveau couteau dans le dos, le genre
d'épreuve dont on ne se relève pas forcément, ou bien la tête très haute.
Avec La rumeur, William Wyler livre
ainsi un drame poignant loin de l'insouciance de ses Vacances romaines. Avec intelligence, il mêle les caractéristiques même du théâtre à sa propre mise en
scène. S'affranchissant, dès lors, brillamment, des lois de censure du code Hays, alors en rigueur aux États-Unis. Conscient des obstacles à contourner pour permettre la bonne
réalisation de son projet, malgré un sujet au combien sulfureux à l'époque, William Wyler s'appuie ainsi sur une mise en scène tout en finesse et extrêmement
subjective, jouant des ombres et des regards en coin. Tout en sobriété et en symbolique. Donnant une part considérable à la stricte performance des acteurs. Et si Audrey Hepburn y est une fois de plus rayonnante, passant du rire aux larmes en un clin d'oeil, Shirley MacLaine lui volerait presque
la vedette, dans un rôle plus ambigu et passionnant, par une interprétation proche de la perfection. Entre la réflexion complexe sur le pouvoir dévastateur du mensonge, sur les dites personnes
comme leur entourage, et la mise en lumière d'un sujet encore brûlant, ici plus psychologique que charnel, La rumeur est dans tous les cas l'un des meilleurs
films - et non meilleur rôle - de notre petite brunette, dans un registre bien différent des Drôle de frimousse et autres Ariane ou Sabrina. Bouleversant. A découvrir, donc.
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Crédit photo: Lost Films








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