Week-end express à Paris.
Les rues de Paris vides de monde, sensation inéffable de liberté, la capitale pour moi toute seule. Quelques rencontres chaleureuses prétextes à un brunch ou vice-versa. Un taxi qui m'attend, comme la limousine la vedette incognito, merci Fiso. Le coeur en joie, farci de plaisirs simples et du soleil qui illumine les façades haussmanniennes donnant à ma ville encore plus d'éclat. Mon chauffeur est charmant, il n'est pas parisien, évidemment. Il me fait la conversation et contre toute attente je lui donne la réplique avec entrain. Nous parlons des vacances, de la fluidité remarquable de la circulation, des conducteurs du dimanche et des vélocyclistes amateurs plus dangereux encore que les motards. "Hier, à Montrouge, une femme à vélo s'est fait tuer. Elle était juge d'instruction." La mort, encore, elle est partout, paix à son âme. "Quelle tristesse, moi je ne veux pas mourir !" Il rigole. Comment puis-je, tel un enfant, affirmer une telle chose, et pourtant. Et même si le sujet est triste, je suis gaie, je me sens bien, je suis en vie.
le TGV est à l'heure et je trouve sans encombre mon wagon. Ma valise rose fuchsia qui éblouit le monde pèse un âne mort. J'escalade l'escalier perchée sur mes hauts talons et défie la pesanteur. J'esquisse une grimace "la vache, c'est fou ce qu'une femme trimballe !" mais je me retiens d'ahaner car une femme élégante, sous l'effort ça ne grogne pas.
Les portes s'ouvrent sur une voiture vide. Vide ? Non ! Je pousse un cri sur le ton d'un juron "c'est pas vrai !". Arrêt sur image, lui face à moi, devant à cinq pas installant ses bagages. Mes mots jaillissent tous seuls. Ils éclaboussent le silence, caustiques comme un giclée d'acide "Décidément, le monde est petit... bien trop petit !" Son sourire fond comme la cire dégouline et devient triste. A la hâte, je lui tourne le dos. Lui, c'est n'est pas LUI, c'est mon ex, celui qui m'a fait subir ça.
Que fait-il là ? Des sentiments mitigés m'assaillent. Je m'enfuis sur le quai prendre l'air, tentant de les semer en chemin. Quel hasard ! Hasard ? La vie comme un pied de nez. Le train va bientôt partir, il me faut prendre place. Je suis derrière lui. Je suis derrière eux car mon ex est avec elle. Elle. La salope, forcément. Celle qui a su réveiller en lui le Chevalier à l'armure rouillée qu'il héberge toujours. Sauveteur de femmes à la dérive, il a choisi de la sauver à mes dépens.
"Nous vous signalons que le TGV circule à 300 km/heure, sa vitesse maximum."mais ce n'est rien à côté de la vitesse de mes pensées. Certaines personnes n'évoluent pas. Elles reproduisent à chaque nouvelle relation le même schéma. Les personnages sont différents mais le scénario est le même. Les termes consacrés, psychologie de comptoir, parlent de "remettre le couvert." Ils ou elles élisent inconsciemment des amours qui ne sont que la personnification de problématiques qu'ils ou elles…





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