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Croup & Vandemar [in Neverwhere, Neil Gaiman]

Publié le 01 août 2009 par Livraire @livraire

Pour reprendre doucement le fil des chroniques, j’ai décidé de vous faire partager un extrait d’un roman de fantasy urbaine que j’apprécie beaucoup, Neverwhere, de Neil Gaiman.
Pour situer l’action, il s’agit d’un pauvre gars sans histoires, Richard, qui se retrouve malgré lui embarqué dans les affaires du Londres d’En-Bas, sorte de Londres parallèle à l’ambiance médiévale et on-ne-peut-plus dangereux.
Croup & Vandemar constituent à mes yeux une des pairs de méchants les plus savoureux que j’ai pu rencontrer au cours de mes lectures : particulièrement impitoyables, cruels, sadiques… et mortellement drôles, bien qu’il soit préférable de les croiser en tant que lecteur qu’en tant que personnage. L’extrait ci-dessous est tiré des premières pages du roman et présente le mortel duo. L’illustration qui accompagne le texte a été trouvée sur le blog Digitalcanvas. (L’artiste a également un site internet : http://www.brownlowdesign.com/)

C’était le milieu du seizième siècle, et il pleuvait sur la Toscane : une méchante pluie froide qui peignait le monde en gris.
[...]
Sur la colline, deux hommes assis regardaient le bâtiment brûler.
— Et ceci, monsieur Vandemar, déclara le plus petit des deux en indiquant d’une main graisseuse la colonne de fumée, va nous offrir un très beau sinistre, dés que la conflagration aura bien pris. Toutefois, le strict respect de la vérité me contraint à le confesser : je doute qu’aucun de ses habitants ne soit en position d’en savourer pleinement les charmes.
— À cause qu’y sont morts, vous voulez dire, monsieur Croup ? s’enquit son compagnon.
Il mangeait quelque chose qui avait pu être un chiot jadis, et, avec son coutelas, taillait dans la carcasse de larges tranches qu’il enfournait.
— À cause, comme vous le faites remarquer avec tant de pertinence, ami sagace et avisé, qu’ils sont morts.
Et voici comment l’on distingue les deux individus qui s’expriment : en premier lieu, M.Vandemar mesure deux têtes et demie de plus que M. Croup.
En deuxième lieu, M.Croup a des yeux d’un pâle bleu de porcelaine, tandis que M.Vandemar les a marron.
En troisième lieu, si M.Vandemar a façonné avec les crânes de quatre corbeaux les bagues qu’il arbore à la main droite, M.Croup ne porte aucun bijou apparent.
En quatrième lieu, M.Croup savoure les mots, tandis que M.Vandemar a toujours faim.
Et également parce qu’ils ne se ressemblent en rien.
[...]
Une voix hurla ; puis, avec un grondement puissant, le toit s’effondra et un rugissement s’éleva tandis que montaient les flammes.
— Quelqu’un n’était pas mort, annonça M. Croup.
— Plus maintenant, rétorqua M. Vandemar en mâchonnant une nouvelle tranche de chiot cru.
Il avait trouvé son déjeuner étendu dans un fossé, tandis qu’ils s’éloignaient du monastère. Il aimait bien le seizième siècle.
— Et ensuite ? demanda-t-il.
M. Croup sourit. Ses dents évoquaient un accident dans un cimetière.

Croup & Vandemar [in Neverwhere, Neil Gaiman]

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