"Oh, joie !". Le premier film de la journée est sans doute celui qui me faisait le plus envie dans cette compétition. Il s'agit en effet de Youth in revolt, de Miguel
Arteta, où Michael Cera tient pour la première fois le haut de l'affiche, complètement seul. Ce jeune acteur de 21 ans s'est ainsi révélé ses dernières années comme l'un des plus talentueux de sa
génération en imposant, film après film, un même personnage. Le genre looser et gringalet, la plupart du temps puceau. D'où le plaisir de découvrir ce Youth in
revolt où, non content de retrouver ce même personnage, le film donne surtout l'occasion à Michael Cera de faire un beau pied de nez à ses fans. Il y incarne Nick Swisp qui, pour
conquérir la fille de ses rêves, décide de s'inventer un double maléfique, François Dillinger, part sombre de sa personnalité. Moustache, yeux bleus et voix grave, l'acteur s'en donne à
coeur joie quand il s'agit de casser ce personnage, créant un film absolument hilarant et plutôt original dans le genre teen movie. Une vraie dose de bonne humeur, comme une sorte de souffle
d'air frais sur la compétition (4/5). Placée juste derrière le jury, je prends note avec plaisir de leur réaction tranchée, certains ayant adoré, d'autres, pas du
tout.
L'événement de la journée n'a aujourd'hui rien à voir avec la compet'. Andy Garcia a fait le déplacement à Deauville, à la fois pour un hommage et la présentation en avant-première de
City Island. L'occasion d'assister à ma toute première conférence de presse... du moins, de l'entrapercevoir. Car si celle-ci était annoncée à 14h, elle ne
commencera qu'une demi-heure après, soit juste au moment de l'ouverture de la salle pour le prochain film. Le temps de faire une photo - ratée, d'ailleurs - et me voilà repartie. Car, si j'ai
déjà vu le long métrage présenté à ce moment là, Precious reste pour moi l'un des grands moments du festival de Cannes dernier. D'où l'envie de le revoir dans d'autres
circonstances. Le film se situe dans la communauté noire américaine et suit une adolescente obèse et enceinte de son deuxième enfant. Un personnage qui accumule les galères, de la maltraitance à
l'inceste ou l'analphabétisation, sans, pourtant, que l'oeuvre soit plombante. Comme pouvait l'être La petite fille de la terre noire. Car la particularité du film de
Lee Daniels, c'est qu'il distille son histoire par une omniprésence de l'humour, capable de faire accepter les choses les plus horribles. Le casting est impressionant - on trouve en guest
star Lenny Kravitz et Mariah Carey -, le rythme soutenu, la réalisation efficace. Soit un grand choc cinématographique (4/5). La salle est d'ailleurs convaincue, cette séance
donnant l'occasion d'assister à la première standing ovation, certains membres du jury compris, en présence du cinéaste, visiblement très ému.
Face à un tel spectacle, je zappe finalement l'avant-première d'Entre nos pour me rendre à la conférence de Lee Daniels. Coupe à la main, celui-ci arrive
décontracté, encore très touché par ce qu'il vient de se passer. Sur un coup de tête, je décide alors de lui poser une petite question: "Votre film a été énormément soutenu par Oprah Winfrey.
Comment est-elle arrivée sur ce projet et quelle a été son influence ?", tout en profitant pour le féliciter. Et là, c'est le coup de foudre, Lee Daniels, craquant comme tout, me regarde droit
dans les yeux et me sourit. "Aaaah !". Complétement sous le charme, je profite d'ailleurs de cette séance découvrir, en chair et en os, de vrais chasseurs d'autographes, du genre peu cinéphile.
Ils ont réussit à avoir toutes les signatures sans avoir vu les films, ni connaitre la moitié de ces gens. Car avant que Lee Daniels ("Aaaah !", donc) n'entre en scène, l'un des attachés de
presse était venu à l'improviste sur scène. Provoquant une réaction incroyable chez l'un d'entre eux "Regarde, je crois bien que c'est lui". Mais s'il a, certes, une coiffure similaire à Lee
Daniels, il faut avant tout savoir que l'attaché de presse est blanc alors que le cinéaste, non. Fou rire garantit !
Mais le temps tourne et il est temps de repartir vers le C.I.D pour l'hommage à Andy Garcia, un acteur aussi impressionnant à l'écran qu'en vrai. Sur scène, c'est Jean-Loup Dabadie et Elsa
Zylberstein qui présentent cette soirée. L'actrice, qui a tourné avec Andy Garcia dans Modigliani, se livre alors à une lettre d'amour ouverte pour ce qui fut l'un
de ses tournages les plus intenses. Les mots sont beaux, les phrases longues, provoquant l'agacement d'une assistance un peu dissipée. Place au clip vidéo retraçant sa carrière et Andy Garcia
descend sur scène, se jetant, ému, dans les bras d'Elsa Zylberstein. C'est d'ailleurs là que l'on découvre la profondeur de ses grands hommes... Au micro, l'acteur fait ainsi tout pour ne pas
fondre face à l'émotion, s'essuyant le nez tant bien qu'il peut. L'instant est incroyable, l'homme se révélant comme a contrario de cette image dure qu'il peut cultiver dans ses films. Il sera
bientôt rejoint par toute l'équipe de City Island, l'une des rares à avoir fait le déplacement au grand complet. Et c'est tant mieux tant le long métrage de Raymond De
Felitta se révèlera être un vrai bijou de comédie. Il met en scène une famille américaine, tout ce qu'il y a de plus ordinaire, rongée par les petits mensonges du quotidien. Jusqu'à ce que Vince,
gardien de prison, découvre sur son lieu de travail qu'il a un fils d'une autre femme et qu'il décide de le ramener à la maison. Le film, outre toutes ses qualités et originalités scénaristiques,
permet surtout à Andy Garcia de dévoiler une facette comique de son jeu, jusqu'ici assez méconnue. Il est incroyable et charmant en père castré, hilarant quant il s'agit d'imiter Marlon Brando.
City Island est ainsi une vraie réussite, à l'humour dévastateur et à la bonne humeur contagieuse (4/5). Jackpot total, donc, pour cette septième
journée du festival pour trois bons films sur trois. Dommage que le retour soit déjà programmé pour le lendemain, le temps juste pour moi d'assiter à une dernière projection le matin, avant
de reprendre la route...
> Egalement publié sur Ecran Large.
Magazine Cinéma
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