Magazine Bd

Notre mère la guerre - Première complainte @ Kris et Maël

Publié le 23 septembre 2009 par Lilyetseslivres
Notre mère la guerre - Première complainte @ Kris et MaëlA l'heure où l'on célèbre tristement le 70 ème anniversaire de la Seconde Guerre Mondiale (à cet égard le documentaire de France 2 me semble tout à fait percutant), Kris et Maël ont choisi de se pencher sur celle qui l'a précédée, la Première donc, celle de la boucherie des tranchées...

« Je voulais absolument travailler sur la guerre, celle qui devait être la « der des ders » est certainement, au final, la « mère » de toutes les guerres : elle est à la fois un aboutissement de tous les conflits des siècles précédents et celle qui a enfanté les guerres « modernes » qui ont suivi. » nous confie Kris.

Le challenge était de taille, surtout venant après le chef-d'oeuvre de Tardi sur le sujet.. Il fallait s'en détacher, pour chercher ailleurs, autre chose, un autre point de vue, un autre postulat...

Qu'est-ce qui permet à l'homme de tenir dans des conditions atroces et extrêmes, celle de la guerre, qu'est-ce qui le pousse à tuer et lui permet de tuer, de participer à l'horreur ? Certes nous dit Kris, les poilus furent des victimes, obligés qu'ils étaient à poursuivre s'ils ne voulaient pas finir au poteau d'exécution, mais il y a autre chose, cet étrange constat : « A un moment ou à un autre, ça aurait dû craquer. Or, dans leur immense majorité, ces hommes n'ont pas craqué. ».

Un homme va mener l'enquête dans l'enfer des tranchées. Il s'appelle Roland Vialatte, lieutenant de gendarmerie, homme lettré et cultivé (grand amateur de Péguy), il est chargé de confondre le meurtrier de trois femmes retrouvées sauvagement assassinées sur le front. Sur chacune d'entre elles, on retrouve une lettre d'adieu cachetée avec de la boue des tranchées, rédigée par l'assassin. Des femmes... Le geste est terrible dans sa symbolique. Les femmes ne représentent-elles pas l'ultime rempart de l'humanité contre l'atrocité ?

L'enquête de Vialatte va le mener beaucoup plus loin qu'il aurait pu l'imaginer, tout droit au coeur des hommes et de leur enfer, au coeur de la guerre et de ses fondements.

Le style de Kris est très « littéraire », les mots font mouche, percutants.

Extrait. Quand Vialatte, arrive enfin sur le front :

« J'aurais voulu être ému, ressentir, frissonner... Je me répétais « c'est ça la guerre, la guerre », au milieu des champs muets. Mais il m'aurait fallu des cris, du tumulte, des corps en rage jetés les uns contre les autres, le feu roulant d'une fusillade... Des sons qui, à tout cela, auraient donné une âme. Au lieu de quoi, je finis par atterrir, seul et désorienté, en plein coeur d'un ventre de boue humide et glacée. J'avais trouvé la guerre et je n'avais pas mis une heure à m'y perdre. »

Notre mère la guerre - Première complainte @ Kris et Maël

Je trouve les illustration de Maël extrêmement belles, subtiles et sensibles, l'harmonie des couleurs toutes dans les teintes d'air et de terre y est sans doute pour beaucoup...« J'ai cherché une ou deux couleurs chaudes, qui évoquent la terre humide, une ou deux couleurs froides, qui évoquent l'air froid, et l'essentiel des nuances est obtenu avec ces quelques teintes... » nous confie Maël.

Magnifique, vraiment.

« Notre mère la guerre – Première complainte » est la première partie d'un triptyque.

Editions Futuropolis - Septembre 2009

A lire, sur le site de Bodoï, une interview de Kris

Et sur BD Gest', 8 planches de l'album à découvrir...

Merci à Véronique et à Futuropolis:))


Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook Voir l'article original
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire

A propos de l’auteur

Lilyetseslivres 48 votes

Dossier Paperblog

Magazines