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Le lait jeté à flots, l’argent à sec

Publié le 23 septembre 2009 par Kamizole

producteur-de-lait-le-deversant-sept-2009-01.1253730464.jpgIl y a quelque chose de monstrueusement pervers - mais en même temps tout à fait emblématique du dérèglement total où nous mène l’ultralibéralisme - dans le spectacle auquel nous assistons ces derniers jours : des producteurs de lait préférant jeter le lait par centaines de milliers de litres plutôt que d’accepter les prix concédés par les firmes de l’agroalimentaires, lesquelles achètent le lait toujours moins cher aux producteurs – qui produisent à perte, perdant 1000 euros par semaine – alors que les mêmes groupes font payer le lait et les dérivés laitiers – fromages, yogourts, etc… – toujours plus cher au consommateur.

Bien sûr, ce gaspillage à grande échelle – jeter du lait ou n’importe quel aliment de base, dans ma jeunesse ce furent surtout les fruits et légumes, notamment les artichauts – me choque profondément d’autant qu’à ma naissance en 1947 il y avait encore les tickets de rationnement hérités de la guerre et que mes parents nous parlèrent des immenses difficultés qu’ils eurent, comme beaucoup, à se nourrir correctement pendant les 4 années de l’Occupation, avec le «marché noir» qui enrichit force «BOF» mais mis la majorité des Français sur la paille.

Les industriels du lait sont aujourd’hui les sosies des BOF : ils se font des fouilles en or au détriment tant des producteurs de lait que des consommateurs. Mais que croyez-vous que fît le gouvernement ? Imposer aux industriels de payer aux producteurs un juste prix qui reflète le coût de production et concède une marge un peu plus correcte aux producteurs ?

Que nenni ! Vous n’y êtes pas du tout. Aucun effort ne leur est demandé. En revanche, j’entends parler de mesurettes, d’emprunts, d’efforts demandés aux banques pour octroyer des crédits aux agriculteurs du secteur laitier.

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Comme s’ils n’étaient déjà suffisamment endettés ! Le remboursement des emprunts pèse évidemment déjà sur le prix de revient du lait et les producteurs doivent faire toujours plus d’efforts pour «être aux normes» en matière d’hygiène drastique. Ce qui est bien entendu normal pour assurer la sécurité des consommateurs. D’où constamment de nouveaux emprunts.

Comment ne pas faire un parallèle avec le monde du travail ?

Des salariés de plus en plus mal rétribués, percevant de l’Etat une «prime à l’emploi» permettant aux entreprises de maintenir les salaires le plus bas possible, avec pour elles des exonérations de charge sociales qui mettent d’autant plus les organismes sociaux dans le rouge que l’Etat ne rembourse pas cette dette, malgré les promesses et les injonctions de la Cour des comptes en 2007.

Rêve pour les entreprises, cauchemar pour les autres.

Du travail quasi gratuit sans se soucier de la santé, de la retraite ou du chômage des salariés que l’on jette le plus vite possible une fois qu’ils ont été pressés comme des citrons, des matières premières et autres produits payés le moins cher possible en mettant constamment la pression sur les producteurs et les industriels – agro-alimentaire et grande distribution.

Voilà ce à quoi conduit la folie ultralibérale : la valeur – des produits, du travail – n’a plus aucun sens. Elle est totalement déconnectée de la réalité – comme l’est de «l’économie réelle» la folie spéculative.

On pousse le bouchon à l’extrême au risque que la corde casse brutalement : tout va bien – si l’on peut dire et selon l’optique dans laquelle on se place - tant que les producteurs acceptent de produire à perte – et cela vaut aussi bien pour l’ensemble de la filière agro-alimentaire : fruits, légumes, viandes, etc… - que pour les consommateurs, obligés bien souvent – la crise économique et sociale, le chômage n’arrangeant évidemment pas leur situation – de se rabattre sur des produits moins chers et le plus souvent de moindre qualité.

Tant que les salariés acceptent des salaires de misère permettant à peine de survivre, avec des conditions de travail de plus en plus dégradées, jusqu’aux méthodes de management de «l’entreprise barbare» qui conduit certains au suicide.

Cela vaut bien évidemment aussi pour les marchés financiers, le krach du 11 septembre 2008 n’est rien d’autre qu’une rupture entre la valeur véritable des actifs et celle délirante des produits financiers – de plus en plus fictifs - qui circulaient.

Il est plus que grand temps de revenir à la raison.

Quoiqu’en puissent penser ses thuriféraires, le système ultralibéral fonctionne en dehors de tout rationalité et n’obéit à aucune règle intelligible et censée : l’argent produisant toujours plus d’argent au détriment de l’économie réelle qui – elle – satisfait les vrais besoins des humains, au premier rang desquels, l’alimentation.

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