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Les étranges photos de Vera Lutter

Publié le 25 septembre 2009 par Marc Lenot

vl06_11a1.1253870395.jpgVera Lutter, à la galerie Xippas (jusqu’au 24 octobre) mérite d’être mieux connue en France. Elle réalise des photos camera obscura de très grand format, la chambre étant en fait un caisson ou un container placé in situ et la photographie finale étant aux dimensions mêmes de cette chambre. Le container est positionné devant des paysages urbains ou industriels, l’objectif reste ouvert du matin au soir, et l’image ainsi impressionnée est révélée en général chaque soir. L’artiste se trouve dans le container, observant la lumière qui impressionne le film, réglant la luminosité et prenant des pages et des pages de notes sur son expérience : on pourrait s’approcher de la performance, mais ces notes, jusqu’ici, restent confidentielles, ne sont pas exposées, et le travail de Vera Lutter se veut photographique avant d’être conceptuel.

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Ces paysages sont désertés, bien sûr, l’homme est trop rapide, trop transitoire pour impressionner la pellicule, mais on voit parfois l’empreinte d’une voiture déplacée pendant la journée et dont l’image double ne masque pas le fond (Uferstrasse, Basel II, 12-14 janvier 2001, en haut). C’est un travail d’une grande rigueur méthodique, axé sur l’architecture, sur les ports, sur les chantiers; il y a aussi une photo de Venise inondée dans l’exposition, avec ce splendide premier plan lumineux, mais la vue est trop connue, on n’éprouve pas devant le Ca del Duca (Venise, XA, 8 décembre 2007) le même sentiment de découverte de l’envers que face à un paysage urbain moderne et impersonnel.

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Les arbres immobiles les jours sans vent dessinent un réseau capillaire sur l’image qui lui confère un charme onirique, contribuant à cette découverte de l’envers du décor, du négatif révélateur de poésie fantôme (Gramercy Park III, printemps 1995). A partir d’un procédé technique à la fois monstrueux et hyper-simple, Vera Lutter non seulement nous offre des images d’étrangeté, mais elle nous aide à remettre en question l’essence même de la photographie représentation du réel.

Allez aussi voir (mais il ne reste plus qu’un jour) les très belles photos de Mikael Levin depuis sa fenêtre, à la galerie Peyroulet.

Photos courtoisie Galerie Xippas.


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