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Apartheid humains/aliens

Publié le 29 septembre 2009 par Boustoune

Vous avez certainement vu cette publicité pour Citroën où, tel un personnage des Transformers, la C4 se change en un robot dansant et gesticulant… A l’époque, on se disait que ce petit film n’était qu’une vulgaire tentative de profiter de la sortie du blockbuster de Michael Bay. C’était sans doute vrai en ce qui concerne les commanditaires de la publicité, mais pas de son réalisateur, Neill Blomkamp, qui y a vu une opportunité de développer son propre univers, fait de science-fiction, d’aliens et de robots, et d’affiner sa maîtrise technique des effets visuels.
Ce petit génie s’est fait connaître grâce à un court-métrage épatant, Alive in Joburg, qui remporta plusieurs prix dans les festivals internationaux. Epaté par l’imagination et le style déployés par le jeune cinéaste sud-africain, Peter Jackson n’a pas hésité longtemps avant de lui proposer de financer la version longue de son court-métrage.
Cela donne District 9, un film de science-fiction original et intelligent, l’antithèse de Transformers, en somme…
District 9 - 2  District 9 - 4
Le film démarre comme un faux documentaire, racontant comment des aliens ressemblant à des gambas géantes ou des insectes monstrueux sont venus s’échouer sur notre planète et ont été parqués par les autorités dans un gigantesque bidonville, le district 9, et quel enchaînement de circonstances a provoqué une série de violentes émeutes dans ce camp de réfugiés intergalactiques… Même si Neill Blomkamp ne parvient pas à aller jusqu’au bout de sa démarche, revenant par la suite à une mise en scène plus classique, cet aspect de pseudo reportage lui permet de lancer son film sur de bonnes bases, en lui conférant un rythme nerveux, une narration qui va à l’essentiel, et lui permettant surtout de développer une intéressante réflexion sur la différence et l’intolérance.
District 9 - 3b   District 9 - 3a   District 9 - 3c
Le choix de situer l’action à Johannesburg, dans l’ancien ghetto de Soweto, est loin d’être fortuit. Les tensions entre humains et aliens, la ségrégation, la flambée de la violence et de la délinquance dans le camp,… Tout est fait pour rappeler ce qu’a été l’apartheid en Afrique du Sud. Le cinéaste, né en 1979, a grandi au moment du changement des mentalités et de l’effort de réconciliation nationale. Il a été marqué par ces événements historiques et par la prise de conscience de toutes les blessures héritées d’un passé aussi peu glorieux. Son film est une allégorie de l’histoire récente de son pays, mais élargit aussi le point de vue, l’universalise. Ici, blancs et noirs sont dans le même camp, manifestant de concert leur hostilité aux réfugiés aliens. En procédant de la sorte, Blomkamp rappelle combien il est facile de répéter les mêmes erreurs, et même de passer du statut de victime à celui de bourreau. Les aliens servent à symboliser les minorités opprimées, persécutées en raison de leurs différences qui dérangent, qui effraient les esprits étroits… Il signe ainsi, mine de rien, un grand film politique, du moins dans sa première moitié, qui prend le temps de poser les enjeux du récit, fustigeant au passage la lâcheté des gouvernants de la planète, le sort réservé aux réfugiés dans bien des pays occidentaux et la course à l’armement…
District 9 - 5  District 9 - 6
Puis l’action reprend peu à peu ses droits, faisant dériver le film vers un divertissement plus classique. Evidemment cela est un peu frustrant, mais la déception s’efface bien vite devant le grand spectacle que nous ont concocté les équipes techniques. Doté d’un budget dérisoire par rapport aux blockbusters hollywoodiens (30M$), District 9 se permet en effet de faire jeu égal avec eux, voire mieux. Du design des créatures aux effets spéciaux, tout a été intelligemment pensé et parfaitement maîtrisé. L’art du montage et le sens du rythme de Blomkamp font le reste.
On sort de la salle chancelant, un peu secoué par ce déluge d’action hautement spectaculaire et par la richesse thématique du récit. Si Neill Blomkamp avait su garder son cap jusqu’au bout et privilégier pleinement la réflexion à l’action, on aurait volontiers crié au chef d’œuvre. Mais ne faisons pas la fine bouche ! District 9 est quand même un très bon film de science-fiction, ce qui constitue déjà, reconnaissons-le, une heureuse surprise…
Note : ÉtoileÉtoileÉtoileÉtoileÉtoile
Vous pouvez voir ou revoir les vidéos suivantes sur youtube :
La publicité Citroën C4
Le court métrage Alive in Joburg en VO non sous-titrée (j’ai cherché des sous-titres français, j’ai pô trouvé…)
16_09_09 District 9

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