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L’âge des impossibles

Publié le 01 octobre 2009 par Boustoune

« Avoir un bon copain, voilà c´qu'il y a d´meilleur au monde… », chantait Henri Garat.
Un avis qui ne regarde que lui, parce que franchement, ça dépend du copain, et des situations embarrassantes auxquelles cette amitié peut vous mener…
Prenez Ben, le héros de Humpday. Un adulte épanoui, marié à une femme charmante et propriétaire d’une confortable maison. Il va voir sa vie bien rangée complètement chamboulée par l’irruption totalement inopinée d’Andrew, un copain de fac qu’il avait un peu perdu de vue. Un peu sans gêne, le bonhomme débarque en pleine nuit et annonce son intention de rester squatter quelques jours au domicile du couple. Ben est tout d’abord agacé de cette intrusion, mais très vite, les deux hommes retrouvent la complicité qui les unissait. Un soir, Andrew entraîne Ben dans une fête assez spéciale, où les mœurs sont plutôt libérées. On y parle, entre autres, de participer au festival Humpday, une compétition de films pornographiques amateurs présentant une ambition artistique. Alcool et drogues aidant, des idées farfelues sont lancées, notamment celle de faire un porno gay avec deux hommes strictement hétérosexuels, pour le plaisir de l’art… Une idée qui prend vite l’allure d’un pari entre Ben et Andrew : et s’ils le faisaient tous les deux, entre copains, devant l’œil de la caméra ? C’est décidé, rien ne pourra les empêcher de passer à l’acte… sauf peut-être quelques menus détails comme l’avis de la femme de Ben ou l’envie de se dégonfler, au sens propre comme au figuré… hum…
Humpday - 2  Humpday - 4
Cette trame originale permet à la cinéaste Lynn Shelton de mettre en scène quelques situations amusantes, avec un ton oscillant entre la comédie indie new-yorkaise et le vaudeville, et de générer un suspense insoutenable : vont-ils passer à l’acte ou non ?
On apprécie que la cinéaste traite ce sujet scabreux sans jamais sombrer dans la vulgarité. Mais on aurait aimé davantage de folie, car le film est un peu à l’image de ses personnages, un peu bravaches et très forts à l’oral… euh… pouf, pouf… et très forts pour les bavardages – c’est mieux… - mais assez gauches et timorés au moment de passer aux choses sérieuses… Résultat : on sourit plus qu’on ne rit aux tribulations de ces deux attachants gugusses. On ne peut s’empêcher de trouver cela dommage, car il y avait matière à une comédie burlesque assez irrésistible, et on ne peut que rêver de ce qu’aurait donné un tel sujet entre les mains expertes d’un Blake Edwards…
Mais l’intérêt du film se situe ailleurs que dans les situations cocasses proposées. Elles ne sont qu’un prétexte pour dresser le portrait de deux trentenaires aux conceptions radicalement opposées de la vie, mais confrontés à la même période-charnière de leurs existences. Ben a choisi la voie de la sagesse et de la sérénité. Il a construit sa vie par étapes, répondant parfaitement à la norme : D’abord un travail bien rémunéré, puis une relation amoureuse stable, un mariage, puis l’achat d’une maison… L’étape suivante étant logiquement la conception d’un enfant. Ce qui reviendrait à entériner définitivement ce style de vie très classique, entièrement dédié à la construction d’une famille, et à accepter les responsabilités qui vont avec. Mais est-il vraiment prêt ? A-t-il suffisamment profité de sa jeunesse avant de se lancer dans cette vie d’adulte ? Il envie un peu Andrew qui a passé toutes ces années à courir le monde, passant d’un lieu à l’autre, de petit boulot en petit boulot, de femme en femme… Lui au moins a su s’amuser, jouir de sa liberté… Il ne comprend pas qu’Andrew aspire, lui, à la même stabilité que lui. Il est un peu las de ces périples incessants, de son manque de perspectives d’avenir. D’autant qu’il réalise peu à peu qu’il n’est plus tout jeune et que cette vie aventureuse qu’il a menée jusqu’alors risque de le mener vers une certaine solitude.
Du coup ce défi qu’ils se sont lancés n’est peut-être pas que le stigmate d’une soirée trop arrosée, mais une façon de s’exprimer l’attirance qu’ils éprouvent l’un par rapport à l’autre, non pas physique, mais existentielle, chacun admirant l’autre pour le style de vie qu’il représente. C’est aussi une façon, consciente ou non, de faire briller les derniers feux de leur jeunesse en se remettant dans la situation d’une première fois, d’une expérimentation sexuelle et sentimentale. Une tentative désespérée de revivre temporairement le bon vieux temps de leurs années de fac, à l’âge des possibles, alors qu’ils évoluent inéluctablement vers l’âge des impossibles…
 
Cette thématique douce-amère constitue le véritable cœur du film. Elle permet de transformer ce qui aurait pu n’être qu’une comédie graveleuse en une jolie réflexion sur le temps qui passe et les choix sur lesquels on fonde sa vie. Elle donne aussi l’occasion aux deux comédiens principaux, les épatants Joshua Leonard et Mark Duplass, d’apporter de subtiles nuances à leurs personnages et de les rendre encore plus touchants.
Humpday est donc une œuvre fort sympathique, fine et intelligente. Sa partie « étude de mœurs » est parfaitement maîtrisée, mais l’aspect comédie pure du projet est malheureusement un peu moins abouti, manquant de ce petit grain de folie qui aurait pu le rendre totalement irrésistible. Dommage…
Note : ÉtoileÉtoileÉtoileÉtoile
(billet dédicacé à mon pote Ben, que je regarderai d’un autre oeil la prochaine fois qu’il me proposera une balade dans le quartier du Marais, et à l’ami PaKa qui essaie toujours de m’embrasser devant les caméras, le petit pervers…)
 
Humpday

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