Magazine Beaux Arts

In situ (Printemps de Septembre 3)

Publié le 02 octobre 2009 par Marc Lenot

2009-09-toulouse044.1254514632.JPGDeux des installations les plus réussies du Printemps de Septembre (jusqu’au 18 octobre) sont dans des lieux historiques de Toulouse et ont été conçues pour tirer parti de ces murs, voire les intégrer au travail même de l’artiste.

Aux Jacobins, Berlinde de Bruyckere expose ce qu’on attend d’elle, un cheval éventré et deux êtres humains peut-être ou hybrides : toujours le même déchaînement, 2009-09-toulouse045.1254514700.JPGla même impudeur, la même violence dérangeante, mais cette fois, les dépouilles sont en haut de colonnes qui ponctuent l’espace. Dans ce lieu qui fut religieux, on pense aux stylites, ces fous de Dieu qui vivaient des années en haut d’une colonne, expiant leurs péchés, leur condition humaine, plus près du ciel.

2009-09-toulouse023c.1254515158.JPGLa surprise vient du très conceptuel Victor Burgin à l’Hôtel-Dieu : dans la salle des pèlerins subsistent aux murs les portraits de quatre nobles donateurs de l’hospice, dont la duchesse d’Angoulême. Le cinquième portrait est celui de Marguerite Bonnelasvales, fille de salle, morte en 1783; elle a beau être vêtue de ses plus beaux atours, robe rouge bien sûr, gants noirs et coiffe fine, elle n’est pas dans le ton, 2009-09-toulouse026.1254514677.JPGcette inconnue de l’histoire, cette femme du peuple que des historiens comme Arlette Fage ont célébré. Aurait-elle vécu dix ans de plus, son destin aurait été autre, mais, ici, elle est, pour on ne sait quelle raison, la représentante des inconnus, des innommés, des figurants. Burgin a construit au centre de cette grande salle, qui fut consacrée aux pèlerins malades, une boîte noire à l’intérieur de laquelle il projette des images de ce qui est à l’extérieur de la boîte, dans la salle même, comme un écho, un abyme; il ne montre que des détails, boiseries aux murs, caissons du plafond, carreaux 2009-09-toulouse024.1254514656.JPGdu plancher, et le bas de ces deux tableaux féminins, sans que jamais on ne les voit vraiment. Et ce ne sont que des photographies, pas un film, mais les effets de zoom tournant sur ces photos fixes créent le doute. Dans la chapelle voisine, une voix off mêle un récit de pèlerinage et des instructions aux femmes de salle, d’hôpital ou d’hôtel, sur leurs taches (comment faire un lit au carré). Sur l’écran, des images d’hôtel moderne voisinent avec celles de l’Hôtel-Dieu. On passe ainsi de l’Hôtel à l’hôtel, de l’image fixe à l’image mobile, de l’intérieur de la boîte à l’intérieur de la salle, du pélerinage au service de chambre, allant et venant, sans point fixe, sans repère rassurant, dans un ‘cubisme psychique’ dit Burgin.

Photos de l’auteur.


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