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Rêves de printemps : Fossé [Festival du cinéma chinois 2009]
Publié le 02 octobre 2009 par DianaJiang Tao est un peintre qui a des sentiments secrets à l’égard de son modèle, sa voisine Ah Cui même s’ils leur arrivent de se disputer. Ils sont tous les deux issus d’un milieu modeste. Alors que Jiang Tao expose ses œuvres, il fait la rencontre d’un ancien camarade de classe, Ding. Ce dernier est un homme riche qui lui achète des œuvres et l’invite à rencontrer chez lui des collectionneurs. Il tombe amoureux de Ah Cui qu’il invite également. Ah Cui terminera ivre et s’endormira dans l’une des chambres. Son père ne la voyant pas revenir se rend chez Ding et devant le fait accompli a une attaque cardiaque. Ding par respect s’engage à épouser Ah Cui. Malheureusement pour elle, les choses ne sont pas de tout repos puisque Xiaofeng, la fille qu’a eu Ding de sa première femme depuis décédée l’ignore ainsi que son beau-père qui prend un malin plaisir à l’humilier…
Découvrir Rêves de printemps en 2009, le jour des soixante ans de la République populaire de Chine est pour le moins chargé de symbole. Tout d’abord l’œuvre est datée de 1946 (1947, sous réserve) alors même que les combats font rage entre les troupes du Guomindang et celles mené par Mao Zedong. La société chinoise sort alors de la deuxième guerre mondiale après avoir connu les affres de l’armée impérialiste japonaise. Une société chinoise aussi où les inégalités sociales étaient profondément marquées. Quant au cinéaste Zhu Shilin, il avait quitté après la guerre, la Chine pour Hong Kong. De la guerre civile, Rêves de printemps n’en fait aucunement référence c’est du côté des inégalités que l’œuvre dépeint la condition chinoise divisée par les strates sociales, un point de vue intéressant qui nous place dans une société qui vit alors, sans le savoir, ses dernières heures.
Rêves de printemps est une œuvre intéressante donc bien qu’elle ne soit pas exempt de tout défaut. Sur la forme, l’œuvre de Zhu Shilin souffre de longueur et d’une narration qui par moment subit un faux rythme. Sur le fond, on pourrait aisément se plaindre d’une morale franche voir crue. En effet, à plusieurs reprises, on peut voir la mise en avant d’une incompatibilité entre personne de classe sociale différente. Ainsi toutes les relations de personnes qui sont issues de milieux sociaux différents sont vouées à l’échec, c’est notamment le cas de notre héroïne, Ah Cui qui se marie avec Ding et dont l’optimisme d’une vie meilleure fait place à une réalité fortement pessimiste sur la désillusion et le désespoir d’une situation jouée d’avance.
Pourtant, là où Rêves de printemps marque c’est par son personnage féminin interprétée par l’actrice Hu Dié. Cette dernière porte en elle un désespoir profond. Elle ne parviendra pas à aller au devant des règles établies (les personnes de même classe doivent rester entre eux) nonobstant par son rôle et sa condition de femme, de femme mariée et de mère. Elle saura se sacrifier et donner ainsi un sens à sa vie même si cet acte doit la condamner à une vie d’isolée baignée dans la tristesse. Elle reste fidèle à ses principes et se sacrifie par générosité en tirant un trait sur son bonheur personnel. Elle va à l’encontre d’un personnage totalement individualiste comme il en pullule dans l’œuvre, de son cousin véritable boulet à cet homme d’affaire peu scrupuleux qui lui fait la court à elle puis à Xiaofeng, sa fille adoptive. Elle garde en elle un honneur que le cinéaste sublime. Une destinée humaine dans un environnement social qui n’est pas le sien et qui l’a éloigné de son vrai bonheur et d’un véritable amour mort à son mariage avec Ding, ce qu’auraient pu lui donner Jiang Tao son pendant masculin.
Ainsi, l’œuvre que met en scène Zhu Shilin avec Rêves de printemps garde en elle un profond pessimisme bien qu’en surface la morale est sauve. On trouve un personnage sacrifié pour le bien de tous, un personnage qui a pris son destin en main bien que la finalité soit emprunte d’un océan de solitude. Une œuvre qui de nos jours sait se faire encore écho.
I.D.
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