C’est l’histoire véridique d’un mythomane pathétique et dangereux qui raconte autant de choses sur la société américaine que celle de Jean-Claude Romans (qui s’était inventé une vie de médecin de l’OMS à Genève avant de tuer sa femme et ses enfants, aculé devant ses mensonges) sur la société française. Steven Soderbergh fait trop de films (trois cette année avec Che et Girlfriend Experience) pour réaliser des chef-d’oeuvres, mais il s’empare de sujets explosifs et d’une équipe suffisamment talentueuse pour créer une oeuvre dérangeante.
Matt Damon (photo) donne la mesure de son talent dans ce rôle difficile de Mark Whitacre cadre supérieur d’une usine américaine d’agro-alimentaire, ADM, devenu informateur du FBI pour condamner des pratiques d’entente illicite du secteur sur les prix, avant d’être lu-même poursuivi pour avoir perçu plusieurs millions de dollars en pots-de-vin. Le milieu de l’entreprise moderne encadré horizontalement par les bureaux en open space et verticalement par les cravates de ces Messieurs souffre cruellement de photogénie, et le cinéaste a dû en rajouter sur la mythomanie du personnage pour nous emporter dans son histoire. Il faut dire que Mark Whitacre fait beaucoup d’efforts pour embrouiller son entourage, le FBI, ses patrons, sa femme, ses avocats successifs, etc.
The informant raconte l’histoire d’un menteur obligé d’ajouter une couche à chaque invention à partir du moment où la première ne lui permet plus de revenir en arrière. La chute de Madoff et des innombrables petits escrocs et affabulateurs précipitée par la crise éclaire d’une lumière nouvelle cette histoire d’un minable qui rêvait la vie plus grande qu’elle n’est, expliquantpour attirer la compassion qu’il a été adopté plutôt qu’élevé par ses parents naturels, aidant le FBI à faire tomber ses patrons malhonnêtes pour prendre leur place, sans considérer que son propre comportement le met en danger, etc. Mark Whitacre nous regarde par sa manière de nous prévenir de l’exaltation et du risque encourus par toutes les personnes qui vivent leur vie comme un fantasme.








Ajouter un commentaire