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A la revoyure

Publié le 05 octobre 2009 par Ruminances

Parce qu'on ne peut pas se contenter de filmer la mort et la misère pour le plaisir de filmer ou pour le devoir de fournir la quantité de pellicule pour laquelle l'auteur est rémunéré et basta. Parce que être humain c'est aussi, bien sûr, prendre part à l'événement, devenir le semblable qui tend la main à son semblable. Du moins c'est ainsi que José Chidlovsky conçoit son métier de documentariste. Oui mais cela n'est pas du goût de tout le monde. A commencer par l'état et les services de police. La justice suivant de près l'ordre des choses assigne monsieur Chidlovsky pour avoir abrité une jeune sans papier d'origine algérienne qu'il filmait dans le cadre de son travail.

Cela devient presque plus facile de nos jours d'être un ancien ou un nouveau collabo que de se montrer humain envers son prochain. Si ça continue, ils vont finir par demander la « castration chimique » des caméras qui saisissent sur le vif la détresse humaine. Monsieur Chidlovsky “risque d'être inculpé et mis en garde à vue. Il encourt cinq ans de prison et 30 000 euros d'amende“, déclarent, inquiets, les avocats.

Voici, résumé, le parcours du combattant tel que lu dans Le Monde.fr de cette citoyenne sans papier : « Privée de papiers après que sa mère s'est vu retirer sa pièce d'identité, cette jeune fille a déposé en avril, à l'anniversaire de ses 18 ans, une demande de titre de séjour à la préfecture de la Haute-Garonne. Elle a alors déclaré être logée à son domicile. Elle redoutait de devenir une sans-papiers en âge d'être expulsée“, explique le communiqué d'un comité de soutien, selon lequel les réalisateurs (M. Chidlovsky et Rabeha El Bouhati) ont sauvé “in extremis” la jeune femme d'une tentative de suicide. La femme a ensuite reçu de la préfecture une obligation de quitter le territoire français et “vit depuis dans la clandestinité”.

Voici maintenant ce que cette demoiselle pourrait adresser à la France en guise de chant du départ : « Merci la France. Merci pour tout. Pour votre accueil et pour la sollicitude de vos services de police. Pas un gnon ne dépasse ! J'ai été éblouie par la rapidité de vos services postaux prochainement privatisés (du moins en partie) et par la qualité de votre service public en général. L'administration française est exemplaire à plus d'un titre. Elle a pour elle une longue et riche histoire. La dextérité de vos services de sécurité fait merveille et est admirée par les pays limitrophes, certains allant jusqu'à s'inspirer de vos méthodes. Vos services aéroportés n'ont rien à envier à personne.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, à moindre frais, vous voici débarquée à Bamako pour un séjour exotique en Afrique noire, les pieds plongés dans le fleuve Niger, éblouie par le soleil, caressée par la chaleur et épatée par le rythme de croissance urbaine, le plus élevé d'Afrique, ai-je lu quelque part. J'ai été agréablement surprise par le confort des logements improvisés sous les ponts de la Seine. Votre idée d'utiliser le carton en guise de matelas et même d'édredon est des plus astucieuse. Une façon fort intelligente de combattre les nuits fraîches dans la capitale. Dans mon périple à l'intérieur du pays j'ai pu juger de la gentillesse de vos citoyens et admiré la beauté somptueuse d'une partie de vos côtes.

La verdoyante campagne calaisienne, par exemple, et le plaisir avec lequel on contemple la mer taillant une bavette avec les dunes est d'un charme tel que cela m'a rappelé certaines lectures anciennes. Des auteurs anglais en particulier. J'ai pour l'humour anglais une admiration illimitée. Cette façon qu'ils ont de prendre le thé ! Ces côtes, qu'on nomme abusivement « la jungle », sont d'une poésie certes mélancolique, mais pourvue d'une salinité très piquante. Un vrai plaisir que d'avoir passé quelque temps en votre compagnie. J'aurais voulu prolonger mon séjour, pousser un peu plus en avant ma curiosité afin de rapporter à mes congénères le témoignage le plus fidèle possible d'un pays à la diversité très baroque. Passer un peu plus de temps à le visiter, mais la vie est ainsi faite…

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