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Viol, Michel Foucault et loi

Publié le 06 octobre 2009 par Juval @valerieCG

La thématique de mardi soir sur France 2, consacrée au viol, me permet donc d’aborder le sujet.

Déjà qu’est ce qu’un viol, légalement parlant : selon l’article L.222-23 du Code pénal : “Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol“.

Que constate-t-on ?
- Il faut qu’il y ait pénétration (c’est ce qui différencie le viol de l’agression sexuelle). Les lois actuelles sont évidemment produit de l’histoire. Ce qui posait auparavant problème dans un viol, était la possibilité de la rupture de filiation patriarcale si la femme tombait enceinte suite à ce viol. C’est pourquoi la pénétration constitue encore l’élément caractérisant le viol. La loi québécoise est différente et ne tient pas compte de ce critère.
- Le critère sexuel. c’est ainsi que Marcela Iacub dans “Le crime était presque sexuel” montre, que dans certains procès on n’a pas retenu le critère de viol, arguant que l’intention n’était pas sexuelle.

- Le mot “consentement” n’apparait pas, au contraire de la loi belge. C’est pourtant le seul critère à retenir. Un rapport sexuel peut être violent ; cela ne constitue pas pour autant un viol. Il est bien évident que le consentement n’est pas toujours évident à prouver ; mais c’est, selon moi, le seul critère à étudier. Il importerait donc qu’il apparaisse dans la loi.

Revenons en au mot “sexuel”. Dans les années 70, Foucault dans son “Histoire de la sexualité” expliqua que le sexe n’avait pas à figurer au Code pénal et qu’il fallait décriminaliser le viol en tant que crime sexuel. Il fut mal compris et beaucoup crurent qu’il voulait dépénaliser le viol. Que non pas. Il considérait simplement que faire apparaitre le mot sexe dans le code pénal est une limitation de la liberté de chacun dans sa sexualité. Rappelons qu’à l’époque l’homosexualité était encore condamnée.

Prenons un exemple.
Nous assistons à un combat de boxe; les boxeurs s’assènent des coups divers et variés ; chacun est évidemment consentant à en recevoir.
A la suite du match, l’un des deux boxeurs est agressé dans la rue et copieusement battu. Il ne viendrait à l’idée de personne de considérer ces deux événèments - le match et l’agression - comme semblables. Pourtant les coups portés ont pu être totalement identiques.

Il en est de même dans le viol ; même si ce qu’il s’y est passé est similaire à un rapport sexuel, cela n’en est pas et n’en sera jamais un. Le viol est uniquement un acte de violence prenant comme biais les organes génitaux.

La sexualité ne sera plus une conduite avec certaines interdictions précises ; mais la sexualité, ça va devenir une espèce de danger qui rôde, une sorte de fantôme omniprésent, fantôme qui va se jouer entre hommes et femmes, entre enfants et adultes, et éventuellement entre adultes entre eux, etc. La sexualité va devenir cette menace dans toutes les relations sociales, dans tous les rapports d’âge, dans tous les rapports d’individus. C’est là sur cette ombre, sur ce fantôme, sur cette peur que le pouvoir essaiera d’avoir prise par une législation apparemment généreuse et en tout cas générale ; et grâce à une série d’interventions ponctuelles qui seront celles, vraisemblablement, des institutions judiciaires appuyées sur les institutions médicales. Et on aura là tout un nouveau régime de contrôle de la sexualité [...] pour apparaître sous la forme d’un danger, et d’un danger universel, c’est là un changement considérable. Je dirais que c’est là le danger” Michel Foucault, La Loi de la pudeur, 1979

Critiques de l’idée de Foucault.

A noter aussi un texte intéressant ; Foucault montre que spécialement dans les crimes “sexuels” cela n’est plus l’acte que l’on juge mais l’individu tout entier. On le constate d’ailleurs à l’heure actuelle avec l’hystérie autour des récidivistes “sexuels”.


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