La projection en l’absence de Milos Forman, hier soir au Champo, ressemblait beaucoup à un film du maître tchèque et américain. Il a fallu déjà supporter le couple de voisins dans la file d’attente, très Parisiens, qui expliquaient à leur amie que l’émission Les masques et la plume de France Inter avait “beaucoup de succès en province parce que c’est distrayant, c’est parisien, du coup ça leur plait”, mais comme ces Provinciaux voient moins de films que les Parisiens, “lorsqu’ils votent pour les 10 meilleurs films de l’année, ils ne votent que pour les films populaires”, avant d’expliquer 5 minutes plus tard que Fabrice Luchini n’est plus ce qu’il était quand il jouait pour Rohmer parce que son public est de la “populace”.
La salle était presque pleine pour l’un des premiers films de Milos Forman, L’as de pique, superbe film existentialiste très admiré par Claude Chabrol en son temps. On y suit les déambulations praguoises d’un type mal fagoté, mal dans sa peau, mal avec les filles, avec son père, etc. Milos Forman filme merveilleusement, et avec un humour kafkaïen, le mal-être de l’adolescence et le conflit des générations. Le jeune homme doit supporter toutes les leçons de son père qui peste contre les jeunes qui jouent de la guitare plutôt que du violon, fainéantent plutôt que de faire un travail manuel, etc. C’est d’ailleurs sur le visage fermé, la main levée, menaçante et figée, que se termine le film, selon un dispositif a priori unique dans l’histoire du cinéma : le plan sur le père se fige, le fils tourne la tête étonné par cette image, et le film se clot sur la même image figée du père, de l’autorité paternelle et de l’impitoyable Parti Communiste qui allait broyer cette génération d’artistes tchèques prometteurs quelques années plus tard.
Le distributeur du film promettait la présence de Milos Forman, qui avait apparemment manqué son avion à Los Angeles. Il a finalement demandé à un autre cinéaste tchèque et français, emprisonné quelques mois pour subversion et trahison en 1968, d’expliquer les conditions de vie et de tournage de cette génération formée à la prestigieuse école la FAMU, où les cours de scénario étaient dispensés par Milan Kundera, un autre célèbre expatrié tchèque. L’intervenant plutôt sympathique s’est alors livré à un curieux exercice de conservatisme où il s’en est pris à la qualité médiocre du cinéma contemporain qui produit des films devant lesquels “il ne reste souvent pas plus qu’une demi-heure”. La boucle était bouclée.
Bienvenue chez Kafka, et les fans pourront voir l’autre chef-d’oeuvre tchèque de Milos Forman, Les amours d’une blonde (photo), ou les histoires d’amour contrariées d’une ouvrière qui apprendra à ses dépens que les classes sociales, dans la Tchécoslovaquie communiste comme ailleurs, sont malheureusement étanches. Champo, 51 rue des Ecoles, paris, Les amours d’une blonde ven 12 h 10 17 h 20, lun 15 h, 16 h 40, mar 12 h 10, 19 h 50, L’as de pique, ven 14 h, 19 h, sam 13 h 35, 19 h 40, dim 12 h 10, 17 h.







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