Jean d’Ormesson, qui vient de sortir un nouveau bouquin chez sa fille, se plaint de la médiocrité de la littérature française: “Vous savez, on connaît la date de naissance de la langue française (1539, l'édit de Villers-Cotterêts), mais on connaît aussi le jour et l'heure de la fin de la domination de la langue française. C'est le 10 mai 1940. L'effondrement français, que les gens de vingt ans ne connaissent pas mais que ceux de ma génération ont subi, restera une douleur à jamais. La littérature française, qui va mourir ou, du moins, perdre beaucoup des siens, donne avant cette date un dernier éclat. Et ce dernier éclat est extraordinaire!”
Pour Jean d’Ormesson, la génération des Claudel, Saint-John Perse, Valéry, Gide, et Aragon n’a pas laissé d’héritiers. Le symbole est puissant, avec l’amalgame entre l’effondrement de l’armée française et la décadence de la littérature française. Mais je ne suis pas convaincue. Pour moi, Camus vaut largement mieux que Claudel. Et la littérature d’après-guerre était loin d’être moribonde (cf influence mondiale de Sartre et Beauvoir, Prix Nobel attribué à Mauriac et Camus,…).
L’état calamiteux de la littérature française contemporaine est dû non au pseudo-traumatisme de 1940, mais à des raisons bien plus pragmatiques: sélection des plus médiocres par le copinage, absence d’égalité des chances pour des écrivains “hors milieu”, culte de la célébrité au détriment des qualités littéraires,…
Paradoxalement, Jean d’Ormesson est un des rares qui a su tout concilier: éducation privilégiée et (relative) modestie, journalisme et littérature, aisance devant les caméras et travail du texte. Mais on ne juge pas un système sur ses exceptions.
Et quand on jette un coup d’oeil à la sélection du Goncourt, on peut se faire du souci pour l’avenir de notre littérature…
Sce de l'image: Jean d'Ormesson entouré de sa fille Héloïse et de son gendre Gilles Cohen-Solal








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