Sur la route de ma maison, c'est comme sur la route de Madison, sauf qu'aucun Clint n'est jamais passé ou ne passera par là. Normal, la route de ma maison mène à ma maison et c'est un cul-de-sac au sens littéral. Je sais que j'avais déjà dit que je vis dans le trou du cul du monde, alors un cul-de-sac dans un trou du cul, ça laisse peu de chances ou de risques (tout est une question de point de vue) que n'importe quel Clint de la planète vienne par le plus grand des hasards se perdre par chez moi, un appareil photo en bandoulière.
C'est que voilà, mon Rajli tout beau tout gentil est en plus quelqu'un de très intelligent et de très prévoyant. Il a su choisir l'endroit idéal pour que nous puissions vivre une petite vie de famille façon "La petite maison dans les dunes".
"La fidélité n'est qu'un manque d'occasions", ce n'est pas moi qui le dis (bien que, souvent, très souvent, je le pense et même que Rajli le sait !), c'est Sacha Guitry.
Donc dans mon cas, le lieu de résidence a une importance stratégique. Que ce serait-il passé si nous avions vécu dans une ville moyenne avec des lotissements à la "Melrose Place" ? Voilà une projection fort intéressante à étudier (voire une perspective à envisager) si toutefois elle se présentait comme ci-après.
Nous habiterions un charmant appartement avec petit jardin privatif et piscine commune (pas essentielle à mes yeux puisque je nage comme un fer à repasser et que je n'aime pas bronzer, mais ça fait bien dans le décor). Le voisin d'en face serait danseur de flamenco et aurait le regard d'Antonio Gadès et de temps à autre en arrosant mes fleurs, je ne pourrais m'empêcher de le voir (je n'ai pas dit regarder) répéter ses chorégraphies sulfureuses et envoûtantes. Au-dessus, comme ce serait le bloc des artistes, il y aurait le neveu d'Harry Belafonte, tout le portrait de son oncle mais joueur de saxophone. Difficile de ne pas l'entendre, donc de ne pas le voir ! Notre voisin mitoyen serait un trader, un type avec une vraie gueule, un vrai regard, en fait le sosie de Clive Owen, un gars qui en plus d'être séduisant serait toujours prêt à rendre service.
Le café du coin serait tenu par un type sûr de lui au physique à la fois doux et puissant, avec un air certain de Georges Clooney. Le coiffeur serait un beau blond, lisse mais sauvage, avec un sourire à tomber parterre qui ferait des massages du cuir chevelu réputés dans toute la ville, comme celui de Meryl (tiens encore elle) dans "Out of Africa". D'ailleurs, tant qu'à faire le coiffeur aurait la tête de Robert Redford et serait un spécialiste des propositions indécentes. A la librairie-papeterie du coin, il y aurait le clone de Guillaume Durand, le type pas beau, fadasse mais avec tellement de charme, transpirant la science infuse mais modeste, le regard timide mais profond derrière des binocles de myope, qu'il en deviendrait irrésistible.
Pire encore, le gardien du lotissement serait un type rustre, au regard destructeur, pas bavard, à la carrure moelleuse, un vrai faux dur, qui sortirait les poubelles en jean et tee-shirt moulant sur lequel se dessinerait une coulée de sueur juste ce qu'il faut "virile", bref le remake de Marlon Brando dans "Un Tramway nommé Désir".
Et moi dans tout ça ? Sage ou pas sage ? Dure d ure comme question ! Déjà difficile de choisir... non, faut pas exagérer, y aurait forcément des éliminations... Je sais être raisonnable tout de même ! Mais bon, vivre dans un tel environnement ça serait un vrai traquenard, et s'il y avait faute, ce serait avec de sacrées circonstances atténuantes. Non ? Qui dit "Non" ?
Les épouses ? Comment ça les épouses ? Je les avais oubliées, comme c'est bizarre... Je les voyais tous célibataires. J'ai du un peu trop fantasmer sur le statut si particulier de la Schtroumfette. Bon, il n'y aurait "danger" que si nous avions comme voisines des sortes de Rosanna Arquette, Andy McDowell ou Kristin Scott-Thomas, voire Angelina Jolie et Pénélope Cruz. De toute façon, je ne suis pas jalouse, et avoir bon goût c'est pas péché et puis en amour, il y a le pardon. Non ? Qui dit "Non" ?!
Tags : Cinéma, Délires, Hommage, Infidélité







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