COUP DE COEUR
Sortie: 14 octobre 2009
> L'histoire: Raquel fête son anniversaire chez ses employeurs où elle travaille comme bonne à tout faire depuis plus de vingt ans. Lorsque sa patronne lui annonce l'arrivée
de Mercedes qui doit l'aider dans ses tâches, Raquel le prend très mal et commence à exercer une pression psychologique néfaste sur son entourage...
Le rapport de domination au sein du couple employeur / servant / bonne a depuis toujours fasciné le monde du cinéma. A commencer par des réalisateurs comme Joseph Losey ou Luis Buñuel. Dans La Nana, deuxième réalisation du cinéaste chilien Sebastian Silva, ces mêmes relations sont plus que troublées. Difficile de savoir qui détient le pouvoir, Raquel, bonne depuis près de vingt ans, ou les membres de la
famille ? Car Raquel a depuis longtemps conquis ce territoire qu'est la maison familiale, ce faisant aussi docile qu'indispensable pour ses employeurs, occupant à la fois les rôles de ménagère,
cuisinière, voir même second mère pour les quatre enfants. Jusqu'à ce que sa patronne ne décide de la soulager de certaines tâches en employant une deuxième bonne. Dans sa première partie,
La Nana prend alors des airs de règlements de comptes entre Raquel et celles qui foulent son territoire. Faisant de la maison le lieu d'une guerre des nerfs
où les coups les plus bas sont toujours les bienvenues. Raquel est tellement attachée à ce lieu qu'elle est devient totalement psychotique, donnant des scènes d'une cruauté drolatique. Et il faut
la voir, enfermer dehors ses concurrentes les plus robustes ou chercher par tous les moyens à se débarrasser d'un tout petit chaton, victime malgré lui d'un affrontement sans merci. Jusqu'à ce
que la carapace se fissure à l'arrivée d'une nouvelle bonne, révélant toute l'ambiguïté et la profondeur de ce personnage fort.
Car Raquel est le prototype même de l'être aliéné par son travail, au point de n'avoir plus aucune personnalité.
Vêtue de son unique costume de bonne, elle a fait de la maison son propre foyer, elle qui ne l'a jamais quitté depuis des années, fêtant même son anniversaire à table avec ses employeurs.
Accepter la venue d'une nouvelle en son sein, c'est consentir à perdre sa position privilégiée, à perdre cette place unique dans le coeur de ces enfants. Elle qui mêle à ses photos de famille
celles de ses employeurs. En tous points, La Nana est ainsi une oeuvre extrêmement forte sur cette mince frontière qui délimite le rapport strictement
professionnel à l'attachement. Et si Raquel ne peut se résoudre à quitter le foyer, à l'inverse, sa patronne ne peut se séparer d'elle, peut importe son comportement envers les autres ou avec sa
propre fille aînée. Ne sachant plus qui de la bonne ou de la patronne est devenue l'esclave de l'autre. Entièrement portée par la présence, l'interprétation et le charisme de son actrice
principale, Catalina Saavedra, primée à Sundance pour ce rôle, le film de Sebastian Silva est ainsi une excellente
surprise. Une oeuvre brillante sur les rapports de classes, mêlant au réalisme de cette triste situation humour noir et méchanceté. Instantanément marquant.
> Festival du Film de Sundance 2009: Grand Prix du jury / Prix spécial du jury - meilleure interprétation
> Festival Paris Cinéma 2009: Prix du public
Crédit photo: ASC Distribution







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