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Le vaccin et la grippe A H1N1: deux experts se prononcent

Publié le 25 octobre 2009 par Suzanneb

Canoe.ca Le Petit Monde– 21 octobre 2009

À l’heure où le virus tant redouté de la grippe A H1N1 serait à nos portes, une contradiction apparente entre le discours officiel qui annonce une pandémie sans précédent et ce qu’on sait sur le virus a rendu la population perplexe. Forum s’est adressé à deux spécialistes afin d’éclairer la question: le Dr Richard Massé, directeur de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, qui se fera vacciner, et le Dr Marc Zaffran, chercheur au Centre de recherche en éthique de de Montréal et chargé de cours en bioéthique au Département de médecine sociale et préventive de la Faculté de médecine, qui ne se fera pas vacciner.

Nous faisons face à une deuxième vague de grippe A H1N1; le virus a-t-il muté depuis son passage le printemps dernier?

Richard Massé: Le A H1N1 est un nouveau virus apparu en février, mais il n’a pas muté de façon significative pour ce qui est de sa transmissibilité et de sa force. Sa gravité équivaut à une grippe modérée; il est de même type que celui de la grippe espagnole, mais il n’en a pas la virulence.

Marc Zaffran: Le A H1N1 n’est pas un nouveau virus; il se situe dans la lignée de celui de la grippe espagnole et des virus grippaux des années 50. Si le virus a été plus dangereux en 1918 et en 1957 [voir l'encadré], ce n’est pas parce qu’il était plus virulent mais parce que la population avait été fragilisée par la guerre et par les maladies infantiles. Tous les virus mutent continuellement parce que les organismes hôtes s’adaptent; si nous n’étions pas plus résistants aux virus, nous ne serions pas sept milliards d’individus sur la planète. Mais le A H1N1 n’est pas plus dangereux qu’il l’était au printemps.

S’il s’agit du même virus, pourquoi la pandémie serait-elle cette fois si grave?

Marc Zaffran: En Amérique du Sud, où l’hiver vient de se terminer, il a été moins mortel qu’en février. Même chose en Nouvelle-Zélande, où l’on a enregistré 17 cas mortels comparativement à 400 par année pour la grippe saisonnière. Ça nous montre qu’il n’y a pas de quoi céder à la panique.

Richard Massé: Dans le Sud, le virus a délogé celui de la grippe saisonnière et son impact a été celui d’une grippe modérée. Ici, la première vague de transmissibilité s’est arrêtée en juillet et il est difficile de savoir combien de personnes ont été touchées, peut-être cinq pour cent de la population à Montréal. Toutefois, la deuxième vague revient plus précocement que celle de la grippe saisonnière parce que peu de personnes sont immunisées. Plus de gens risquent cette fois d’en être atteints parce que nous sommes en automne, saison propice à la grippe à cause du froid, et parce que nous avons plus de contacts rapprochés en demeurant davantage à l’intérieur.

Les personnes à risque sont-elles les mêmes que pour la grippe saisonnière?

Richard Massé: Les personnes plus susceptibles de l’attraper sont celles nées après 1957 parce qu’elles n’ont pas été exposées à cette famille de virus. Si le A H1N1 s’est répandu davantage chez les autochtones, c’est parce qu’ils vivent plus nombreux dans les maisons. Les personnes à risque de présenter des complications sont celles souffrant d’immunodéficience, de maladies pulmonaires ou cardiaques et les femmes enceintes.

Marc Zaffran: Le virus frappe davantage les personnes fragiles nées après 1957; celles nées avant cette date ont déjà rencontré le virus. Des jeunes en bonne santé ont eu des complications mortelles après avoir été contaminés, mais le virus saisonnier peut aussi tuer des gens qui n’ont aucun problème de santé sans qu’on sache pourquoi ils ont eu des réactions immunitaires aigües.

Compte tenu de ce qu’on sait maintenant, est-il toujours nécessaire de vacciner toute la population ou faut-il vacciner seulement les personnes à risque?

Marc Zaffran: Scientifiquement parlant, il n’y a pas de raison de procéder différemment que lors des opérations de vaccination contre la grippe saisonnière; ceux qui devraient être vaccinés sont donc les nourrissons, les femmes enceintes, les personnes atteintes de maladies chroniques graves, les personnes âgées si elles souffrent d’affections graves, les sans-abris et les autochtones fragilisés par la toxicomanie, l’alcoolisme et l’obésité. Il est crapuleux de jouer sur le sentiment de culpabilité des autres, qui n’ont pas à se sentir responsables à la place des personnes à risque qui ne se feront pas vacciner; il faut choisir le vaccin pour des raisons positives.

Richard Massé: Si l’on est en parfaite santé, le bénéfice n’est pas très important, mais, dans l’ensemble, il n’y a pas d’hésitation à avoir quant au vaccin. Si les personnes âgées de plus de 50 ans ont une certaine immunité, celle-ci n’est pas une garantie contre le A H1N1. Plus le virus circule, plus les personnes fragilisées risqueront de l’attraper; en revanche, l’immunité de masse freinera la circulation du virus. Et un porteur peut être contagieux 24 heures avant l’apparition des symptômes. On estime que 70 % des personnes vaccinées ne seront pas infectées; environ un tiers pourront tout de même être affectées, mais de façon moins grave que si elles n’avaient pas été vaccinées.

Y a-t-il des risques à vacciner une population entière?

Richard Massé: Il y a toujours un risque rattaché à un vaccin, par exemple si l’on est allergique aux œufs, qui servent de substrat à sa fabrication. On peut aussi ressentir des douleurs locales ou faire de la température. Mais le risque est beaucoup plus grand si l’on ne se fait pas vacciner; pourquoi courir le risque d’écoper d’une semaine de maladie? Nous avons aussi l’avantage de voir ce qui se passe avec la vaccination dans l’hémisphère Sud et de pouvoir nous adapter.

Marc Zaffran: Pour les personnes à risque, le danger de la grippe est plus élevé que celui du vaccin. Pour les personnes en bonne santé, le vaccin, insuffisamment testé, présente peut-être un risque supérieur à celui d’une grippe de deux ou trois jours. Il est scandaleux de dépenser autant pour vacciner tout le monde et, en même temps, d’abandonner d’autres programmes comme celui de la vaccination contre la grippe saisonnière.

Que pouvez-vous dire de plus sur la grippe A H1N1?

Richard Massé: Le message est que le A H1N1 est de gravité moyenne et qu’il y a plus d’avantages associés à la vaccination. Il ne faut pas penser que le vaccin utilise un virus vivant; le virus est tué et broyé.

Marc Zaffran: Les gouvernements n’ont pas révisé leur programme pour deux raisons: l’industrie pharmaceutique a fait planer une menace de l’ordre de 40 % de la population au lit avec danger de mort et, en pleine crise économique mondiale, ils n’ont pas voulu prendre le risque d’avoir toute cette population paralysée. Ceux qui nous ont soigneusement préparés à la catastrophe ont un intérêt à vendre des produits; ce n’est pas un complot mais une histoire de marchands de soupe.

Entrevue avec Marc Zaffran et Richard Massé – Le Petit Monde – Canoë.ca – 21 octobre 2009


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