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La Stasi à l’école. Surveiller pour éduquer en RDA

Publié le 07 octobre 2009 par Infoguerre

Avec le film « La vie des autres », le grand public et les nouvelles générations ont (re)découvert la police politique est-allemande : la Stasi. Dans son nouvel ouvrage « La Stasi à l’école », Emmanuel Droit éclaire la Stasi sous un angle différent du tout répressif, à savoir son rôle « d’éducation » de la population afin de protéger le régime. Ainsi la Stasi devient dans les années 1960 un organe cherchant à contrôler les comportements des jeunes afin qu’ils intériorisent les « bonnes » règles de comportements et s’auto-disciplinent.

Agrégé  et docteur en histoire, Emmanuel Droit a déjà publié un ouvrage sur le thème de l’éducation en RDA : « Vers l’homme nouveau ? L’éducation socialiste en RDA ». La Stasi est à la fois un service de surveillance et d’espionnage : « le bouclier et le glaive du parti. Ce service était susceptible de prendre en charge le moindre écart politique dans l’espace public. Fondée jour pour jour il y a 60 ans (7 octobre 1949), la RDA est le produit de la Guerre froide et sera dirigée par le SED (Parti socialiste unifié) qui cherche à construire « l’homme socialiste nouveau ». Ce projet repose sur la conviction que la transformation de la société passe par l’école : « Qui possède la jeunesse, possède l’avenir ». L’école est ainsi perçue comme la matrice culturelle et d’identification politique dans laquelle le régime visera à imposer un ensemble de normes, de représentations et de pratiques. Ainsi en produisant des normes sociales qui vont bien au-delà de la simple fonction de surveillance, la Stasi peut contrôler la population et investir progressivement leur sphère privée. Ce sera vraiment à partir des années 1960 que la surveillance de l’école s’intensifiera.

Ainsi en 40 ans, la RDA a constitué le plus grand appareil de sécurité  de tous les temps, présent à tous les échelons du territoire. De plus, la force de ce type de services de renseignement repose surtout sur leur capacité à produire une illusion d’omniprésence qui s’ancre profondément dans l’imaginaire social. Cependant, le travail de recherche réalisé par l’auteur met en lumière un paradoxe au sein de la Stasi : entre 1950 et 1989, elle a accru ses capacités à collecter des informations sur la société est-allemande grâce à une augmentation de son personnel et un perfectionnement de ses moyens techniques. Et dans le même temps, son aptitude à comprendre la réalité sociale a considérablement diminué du fait d’une lecture idéologique binaire.

Sur le même thème des services de renseignement en Allemagne, nous vous recommandons également la lecture de « La guerre des grands espions » de Ladislav Farago. Ecrit au début des années 1970, ce livre décrit l’Abwehr, le service secret allemand dirigé par l’amiral Canaris. Ouvrage ancien certes, mais qui est bâti sur des milliers de micro-films de l’Abwehr retrouvés après la guerre. Très instructif pour comprendre comment ce service a été monté, son organisation, l’amateurisme de ses débuts, ses succès comme ses échecs… A travers ce livre, le lecteur comprend combien ces services d’espionnage reposent sur des hommes, avec tout le potentiel, mais aussi tous les risques que cela représente.

AVS

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