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Jan Bucquoy, la subversion comme un des beaux-arts

Publié le 27 octobre 2009 par Stéphane Lecomte

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Avec Jan Bucquoy, Paris devient belge ! Du 6 au 21 Novembre 2009, l’artiste belge s’installe à Immanence pour montrer une partie de son Musée du Slip, avec de nouvelles acquisitions, je pense ici à celui de Christophe Girard, celui de Plastic Bertrand, celui de Guillaume Durand... Avec Immanence, il débute le tour de France du Musée du Slip qui verra d’autres étapes à Lillel’hybride), Strasbourg…

 

Cette première exposition parisienne de l’artiste belge sera aussi l’occasion de montrer des parodies de Tintin, Bucquoy est très connu pour avoir peint la vie sexuelle du héros d’Hergé, et les non moins fameuses huiles sur toile.

 

Avec Bucquoy, la vie est belge (titre de son livre aux éditions Michalon). Il est vrai que le nom de Bucquoy a une toute autre résonnance chez nos voisins belges, qui ont pris l’habitude d’assister à ses coups d’Etat, à ses arrestations par les forces de l’ordre. Bucquoy est l’empêcheur de tourner en rond. C’est ce même artiste qui signe de nombreux films tous aussi cocasses les uns que les autres. On pense ici à Camping Cosmos ou aux Vacances de Noël (où il fait tourner son complice Noël Godin , au festival de Cannes).

 

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Samedi dernier, le 24 Octobre 2009, à Immanence, à l’heure du grand week-end de foires parisiennes, Jan Bucquoy organisait une roue de la fortune (article sur microcassandre relatant l’évènement). Il s’agit d’une tombola où tout le monde a sa chance de gagner. Il ne faut pas oublier que la France est désormais belge, et que le coup d’Etat a eu lieu. Désormais, le système Bucquoy est appliqué, où hasard et jeu dominent et font le bonheur de tous.
« Après le coup d’État, on l’a dit, la belgitude sera basée sur le jeu. Les mandats politiques seront distribués au hasard, la propriété aussi. L’homme qui joue au lieu de l’homme qui travaille. » Alors oui, et surtout en France où le mérite à celui qui travaille plus, qui souffre au travail, est de rigueur, le système de Bucquoy va faire des ravages et des heureux. Ce samedi dernier, donc, à la Tombola, on pouvait gagner une multitude de lots ayant appartenu à un supporter communiste de l’Olympique de Marseille, fervent amateur d’art. Ainsi, on gagnait donc des écharpes du club phocéen, un buste de Staline, une oeuvre du Musée du Slip… Le tout s’est déroulé sous l’oeil attentif de la nouvelle présidente, élue le même jour.


Avec Bucquoy c’est le jeu qui domine. Fini le travail, fini le dur labeur où l’homme se tue. Avec Bucquoy, l’homme devient ce qu’il aurait dû toujours être : un joueur. Le jeu c’est la santé. Le travail est oublié et enterré. L’utopie de Bucquoy, belge dans toute sa splendeur, n’oublie pas pour autant le passage à l’action pour la mise en place de ce nouveau système. Des coups d’Etat sont organisés, Bucquoy prévient à l’avance, et les forces de l’ordre sont au rendez-vous. Bucquoy asticote le système pour mieux le révéler. Pour bloquer l’énergumène, la censure est la seule et unique solution.


Bucquoy s’amuse et amuse la galerie. Il va même jusqu’à poser nu pour l’affiche d’une exposition. Ce qui ne sera pas du goût de tout le monde. Voici des extraits du procès-verbal relatif à l’exposition de Jan Bucquoy au Cirque Divers, à Liège : « Ce mercredi 22 Janvier 1992 vers 14H00, de patrouille pédestre en tenue bourgeoise, de passage à Liège, rue du Pont côté opposé au n°3, notre attention a été attirée par une affiche contraire aux bonnes moeurs : un homme nu en semi-érection. Scandalisés, nous avons détaché cette affiche qui était fixée au moyen d’un adhésif transparent sur la vitrine d’un bâtiment désafecté (…). Les détails qui heurtent sont : la position de l’homme, poings serrés, placés à hauteur des hanches, prenant une attitude de dominateur…, qui cadrerait bien avec une scène de sado-masochisme, la laideur du corps, gras, abject et répugnant : homme sortant tout droit des bas fonds, le sexe se trouve en érection, sans éjaculation visible ou tout au moins en semi-érection, vu l’âge avancé de cet homme. »

 

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Bucquoy, c’est aussi le créateur du musée de la Femme, en 1990. « Quand j’ai ouvert le musée de la Femme, j’avais réuni un certain nombre de femmes. Il y avait la femme indigène (donc belge), la femme-enfant, la femme fatale, la femme lesbienne, la femme bête, la femme noire, la femme pute, la femme invisible, la veuve Cliquot, la femme menstruée, la femme d’à côté, la veuve poignet, la dame pipi, et moi-même l’homme à femmes. Mon travail consistait à draguer des femmes toute la semaine pour les faire venir le dimanche matin. Mais il me manquait la femme nue (…). J’ai fini par mettre un petit panneau à ma porte « le musée de la Femme cherche femme nue. Exposition dimanche matin de neuf heures à douze heures. Sérieuse s’abstenir. » Une heure plus tard on sonne à la porte (…). Je suis la femme nue du musée de la Femme, je suis un chef d’oeuvre de la fin du XXe siècle, période Rubens ; mais je peux aussi être réaliste (elle rentre le ventre, surréaliste (elle sort un oeuf de mon frigo et le met dans sa bouche), expressionniste (elle écrase l’oeuf dans sa main), dadaïste ( elle met l’oeuf écrasé dans un sac en papier, souffle dans le sac et le fait exploser), postmoderne ( elle s’essuie les mains). » La femme nue étant trouvée, le musée de la Femme était au complet.

 

En 1992, un journaliste titre même « Jan Bucquoy ne repecte rien, mais est galant avec les dames ». Ce qui n’est pas l’avis de tous. L’artiste belge est l’invité de l’émission Ciel mon Mardi de Christophe Dechavanne. En face de lui et de ses femmes, Jean –Edern Hallier, Enrico Macias, Macha Béranger, et une féministe belge. Tous contre Bucquoy le fou, qui s’amuse avec la provocation. Dechavanne fait l’outré. Le spectacle est beau et toujours visible ici .


La carrière de Bucquoy, l’artiste subversif, est ponctuée d’arrestations, de procès, de censures, d’engueulades, ce qui viendra alimenter les archives de ses actions. Ce qui prime chez Bucquoy c’est bien son attitude, celle d’un artiste marginal, qui n’en a pas finit de perturber l’ordre ( qu’il soit politique ou artistique) rêgnant. Désormais, il s’attaque à la France…

 

Le vernissage aura lieu le Jeudi 5 Novembre 2009 à Immanence, 21 Avenue du Maine à Paris, en présence de l’artiste, de bières et de frites.

 

Cette exposition est une proposition de François Coadou et de moi-même, elle clôt la programmation axée autour de la notion de Bricolage débutée en septembre.

 

à lire un article de BIP

 

et un article dans le dernier numéro de Particules

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