Si vous ne sortez pas de ce film, la peau à l'envers, toute parcourue de picotis, si vous ne ressentez pas un intense sentiment de bonheur, de légèreté et de tristesse mêlés, c'est que décidément vous êtes entrez dans cette salle au hasard et par erreur...Adam Elliot est un magicien doublé d'un humaniste. Ses personnages ont beau être faits de pâte à modeler, cligner drôlement des yeux, et avoir de « drôles de têtes », pas une seconde on ne doute de leur réalité, ils en sont même paradoxalement plus humains...
Max et Mary ne jouent pas un rôle, ils sont. Et c'est stupéfiant.
Inspiré d'une « histoire vraie » vécue par l'auteur lui-même, l'histoire de Mary et Max nous conte la rencontre de deux âmes seules, deux êtres un peu perdus, mis à l'écart, volontairement de tous, les autres, les « normaux » ou ceux qui se croient tels.
Mary est une petite gamine de huit ans qui grandit seule bien mal entourée de parents soit absent (le père travaille dans une usine de sachets de thé et passe son temps libre dans une cabane au fond du jardin à empailler et naturaliser, fort mal ma foi, des animaux retrouvés morts sur sa route), la mère alcoolique (au sherry), fumeuse obsessionnelle et kleptomane invétérée, passe son temps avachie sur le canapé du salon, à roupiller et à cuver (pendant ce temps-là au moins elle ne nuit pas..).
Difficile de grandir dans de telles conditions, surtout quand on se sait une enfant née par « accident », gros mots assenés par la mère entre deux eaux et que la gamine tout en en percevant la violence ne peut guère comprendre, elle qui croit toujours que les enfants naissent, du moins en Australie où elle vit, dans les chopes de bière... Elle qui se demande, un peu inquiète, vaguement dubitative, comment ça se passe ailleurs... De l'amour (et de la sexualité ) Mary, ne connaît pas grand chose. Ses parents semblent tout à fait dépourvus d'un sentiment qui ressemble de loin ou de près à de l'affection, ses copains de classe la harcèlent et la tyrannisent, parce qu'elle est moche, avec sa tâche de naissance, couleur « Caca » en plein milieu du front. Seuls les chiens qui forniquent devant la fenêtre de sa chambre pourraient éventuellement la mettre sur la piste en lui donnant une première leçon de choses, un peu directe et cruelle.
« Je n'ai pas d'ami »...

A des milliers de kilomètres de là, il y a Max, un homme de 43 ans, autiste asperger, qui n'a connu de la vie que l'exclusion et la solitude. Comme Mary, il a connu, enfant, le rejet et la violence des autres, parce qu'il était juif, parce qu'il était vraiment trop bizarre. Isolé, de plus en plus, il vit seul dans son petit appartement de New York, en compagnie de ses poissons rouges successifs (mais toujours LE même, seuls les numéros changent, Henri I, Henri II etc..), de son chat tout malade, et de son ami invisible le seul avec lequel il parle. Il y a bien la vieille voisine qui passe, mais elle sent le sirop pour la toux et il faut bien l'avouer un peu l'urine aussi..
« Je n'ai pas d'ami ».
Le hasard fait parfois bien les choses ( et réellement, Adam Elliot lui-même reçut un jour une lettre par la poste qui devait lui ouvrir les portes d'une amitié aussi étrange que profonde), Mary et Max vont se « rencontrer » et vivre, eux les « sans amis », les éclopés de la vie, la plus belle amitié qui soit au monde.
A vrai dire, ils ne se rencontreront jamais tout à fait, mais échangerons pendant près de 20 ans, des lettres, des lettres de plus en plus lourdes, des colis, des tonnes de mots tous plus chargés les uns que les autres d'émotions et d'urgence.
Les lettres de Mary illuminent la vie de Max tout autant qu'elles le crucifient et le mettent en danger, lui l'Aspie, l'asperger qui a bien du mal à contenir, comprendre et accepter ses propres émotions. Lui qui s'en était bien méticuleusement protégé jusque là...
Les lettres de Max redonnent goût à la vie à la petite Mary, voilà une personne qui lui parle et qui semble enfin la comprendre, tout entière, sans la juger.
Les échanges sont formidables, parfois drôles souvent éprouvants. Ces deux-là partagent bien des choses, un monde secret, un univers qui n'appartient qu'à eux parce qu'ils sont sans doute les seuls à le voir..
Comme dans toute relation, il y aura des hauts et des bas, très cruels... Très très cruels.
Il y a ce passage d'une grande beauté, d'une grande justesse, où Max, transpercé, humilié, blessé, (son amie n'aurait donc rien compris du tout ? ), revendique le syndrome d'asperger comme faisant partie totalement non seulement de son existence, mais de sa personne. Il est asperger, de la même façon que ses yeux sont bleus ou verts, ou marrons... Je suis ce que je suis, pourquoi voulez-vous à tout prix me changer, ou pire « me guérir ».
Le message est très fort et à mon sens extrêmement important, central même... Et pourtant si rarement énoncé...

Pour ceux qui n'auraient guère trouvé le temps d'aller le voir au cinéma, le DVD sortira, apparemment en février 2010. Il me tarde déjà de le voir et de le revoir..
Ici, L'interview du cinéaste sur Evene
ICI, le billet très précieux et si beau que lui a consacré Holly.
ET la bande annonce...






48
Ajouter un commentaire