Quelque part en Europe et pour fuir la Révolution qui bout, le comte et la comtesse Almaviva, avec Figaro et Suzanne leurs valets, quittent le pays. Une lente déchéance sociale frappe le vieux couple. Figaro, plein d’ambition, veut fuir cette désespérance avec sa femme Suzanne. Celle-ci n’est pas enthousiaste à quitter le vieux couple. Figaro veut ouvrir un salon de coiffure dans une petite ville de province. Il part emmenant Suzanne avec lui. Mais le couple bat de l’aile. Absorbé par le travail, oubliant d’aimer sa femme, Suzanne décide de quitter Figaro pour rejoindre le comte et la comtesse. Mais le comte, criblé de dettes, est contraint de repasser la frontière avec sa femme et Suzanne. Entretemps, Figaro est devenu administrateur du château comtal. Serviteur ambitieux de l’Etat ayant gardé un souvenir vivace de sa femme, Figaro réussira-t-il à reconquérir Suzanne?

Crédit photo Cosimo Mirco Magliocca
Une peinture théâtrale éclatante
Le spectacle commence par un tableau de couleurs sombres, baigné par une lumière lunaire. La comtesse et le comte ainsi que Suzanne et Figaro fuient vers un autre lieu, l’Ailleurs. Le dernier tableau est de même acabit, même lumière noire avec les mêmes personnages sauf Figaro absent de la fuite car devenu administrateur du château comtal. C’est une fuite perpétuelle. Le comte et la comtesse à l’égard de la révolution, Suzanne à l’égard de Figaro et Figaro à l’égard de son état de serviteur. L’Ailleurs est incarné par un défilé de tableaux monté sur une scène tournante qui éclaire le spectacle par un autre versant du théâtre. Celui des coulisses. Le spectateur est porté vers la scène. Une scène qui fait la part belle à une scénographie relevée, à des mouvements de jeu amples et ordonnés, à des cassures de rythme, à des personnages frappés ou happés par la Vie.
La mise en scène de Jacques Lassalle est très belle. Audacieuse, elle allie vitesse et mouvements avec une élocution de chacun des personnages empreinte d’émotion, de rage contenue ou de tristesse. Jacques Lassalle a réussi à créer un spectacle où la scénographie est tout aussi importante que le jeu des comédiens. Comme mis sur le même plan. Les lumières sont le tégument de l’histoire, les décors un habit de scène, le talent le porte-voix des comédiens. Les couleurs vives ou sombres et la scénographie insufflent une atmosphère tranchée et enveloppée à chaque tableau. Il faut saluer l’excellent jeu de tous les comédiens. Michel Vuillermoz est remarquable dans le rôle de Figaro et la talentueuse Florence Viala habite le personnage de Suzanne avec beaucoup d’élégance et d’entrain. La comtesse, Catherine Sauval, frôle le comique d’une situation désespérante avec sa petite voix chevrotante. Le comte, Bruno Raffaelli, est assis sur une illusion sociale qui se dérobe à lui.
Dans cette pièce, tous les ingrédients du drame amoureux et social sont au rendez-vous. Suzanne embrasse la tristesse d’une femme délaissée, Figaro l’ambition d’un arriviste et le comte la résignation d’un sage. Chaque personnage est le miroir renversé de sa moitié. Figaro ambitieux fuyant le comte et la comtesse pour son épanouissement personnel alors que Suzanne, pour le sien propre, souhaite y rester. Le comte s’accroche à lui-même quand la comtesse glisse peu à peu. Figaro divorce ou le mariage entre Art et Talent.
INFORMATIONS & DETAILS» Figaro divorce (site web)
Pièce de Ödön von Horvath
Traduction par Henri Christophe et Louis Le Goeffic
Mise en scène de Jacques Lassalle
Assistante à la mise en scène de Annette Barthélemy
Avec Claude Mathieu, Catherine Sauval, Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Bruno Raffaelli, Alain Lenglet, Florence Viala, Céline Samie, Jérôme Pouly, Michel Vuillermoz, Christian Cloarec, Loïc Corbery, Pierre Louis-Calixte, Serge Bagdassarian, Gilles David, Géraldine Roguez, Florent Gouëlou, Renaud Triffault et Corinne Martin
Scénographie de Géraldine Allier
Lumières Franck Thévenon
Composition des chansons Jean-Charles Capon
Réalisation sonore Daniel Girard
Création musicale Cyriaque Bellot
Coiffures et maquillages Véronique Nguyen
Jusqu’au 7 février 2010
En matinée à 14h et en soirée à 20h30
Comédie Française – Salle Richelieu
Place Colette,
75001 Paris
Réservation : 08 25 10 16 80







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