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Secret bien gardé ...

Publié le 15 novembre 2009 par Myriam

Aujourd'hui, je voudrais vous présenter un parallèle entre deux tableaux qui sont dans la même veine, c'est-à-dire dans la représentation d'une réalité que l'on ne verra pas mais que le peintre nous suggère, il s'agit du tableau "Le Verrou" peint vers 1777 par Jean-Honoré Fragonard et de celui intitulé "L'homme et la femme" réalisé par Pierre Bonnard en 1900.

Bien que quelques deux siècles séparent ces deux œuvres, l'une illustrant le libertinage à la mode au  XVIIIème siècle et l'autre l'intimité d'un couple dans sa nudité ce qui est rare pour cette époque dominée par une certaine bienséance bien pensante, elles présentent cependant un certain nombre de points communs.

Bonnard - L'homme et la femme, 1900
Fragonard - Le Verrou, vers 1777
Tout d'abord la tonalité d'ensemble des deux tableaux essentiellement dans les rouges, ocres et blancs, puis le lieu, dans une pièce, vraisemblablement dans les deux cas dans une chambre à coucher, ainsi que la composition avec une nette séparation entre les deux parties du tableau qui pourrait presque faire croire à des diptyques, avec "dans Le Verrou ... la moitié gauche de la toile ... occupée par le baldaquin et le désordre du lit" (1), la moitié droite occupée par le couple enlacé, avec dans la toile de Bonnard, "- à gauche, la jeune femme assise sur un lit jouant avec ses chats dans la lumière ; à droite, l'homme se rhabillant dans la pénombre sur fond de vêtements et de linges blancs éparpillés - isole chaque figure de part et d'autre du montant vertical d'un paravent" (2), puis enfin par le truchement d'un détail, le verrou qu'il faut obstinément fermer pour l'un, le reflet dans un miroir pour l'autre, on peut arrêter la narration du tableau, arrêter le temps et préserver l'intimité des deux scènes que nous ne verrons pas mais que ces deux peintres nous laissent imaginer ...

Scènes intimes dans les deux cas, "dont on peut supposer qu'elle montre le couple après l'amour" (2) chez Bonnard, dont on peut supposer qu'elle en est dans les prémisses chez Fragonard, quoique ... "Déplacés loin de la tête du lit ..., les oreillers se dessinent peu à peu pour faire surgir le profil d'une poitrine féminine qui s'enfoncerait dans l'ouverture rougeoyante de la draperie du fond et, en s'entrouvrant, les plis de cette dernière font deviner une secrète intimité, augurer d'un sexe féminin. Au premier plan du lit, rendu visible par le rejet de la couverture, l'angle satiné du drap évoque une cuisse et un genou habillés du même tissu que le jupon de la jeune fille ... Ni narratif ni vide, ce désordre est plein de sens "virtuel". Les pans de tissus qui l'élaborent sont autant de pans de peinture où prend figure la pulsion des personnages, à "l'instant où le tout-puissant désir s'empare des deux êtres et les emporte irrésistiblement" (3)". (1)

Le secret reste bien gardé !....

(1) Daniel Arasse, Le détail, Pour une histoire rapprochée de la peinture, p. 354 et p. 356

(2) Bonnard, l'œuvre d'art, un arrêt du temps, catalogue n° 19

(3) J. Thuillier, Tableaux de Fragonard et meubles de Cressent, cité par Daniel Arasse

(4) Pour découvrir un peu plus ce tableau de Bonnard, ici


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