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Mais Au Fait, Où Est-Elle, La “France D’Après” ?

Publié le 16 novembre 2009 par Sagephilippe @philippesage

Te souviens-tu d’un clip de campagne du candidat Nicolas Sarkozy, un clip qui fête ses trois ans ce mois-ci, puisque datant de novembre 2006 (“Jo-yeuuuux anniiiii-ver-sairrrre, le clip de campagne de Nicolas !”) ?
Sur une musique non pas d’ascenseur (social ?) mais typique de celle illustrant ces spots publicitaires vantant qui une assurance, qui une banque, qui une agence-intérim-de winners-où-tout-le-monde-il-est-beau-et-sourit, Nicolas récitait un texte, le ton pausé, rassurant. C’est ce que l’on appelle un slam.
Il portait un titre, ce slam : “Imaginons La France d’Après !
Je te propose d’y retourner, aidé d’un café corsé ou, à défaut, d’un schnaps carabiné, ensuite de quoi, j’en suis certain, tu te battras bec et ongles contre cette absurde proposition, celle d’un "droit à l’oubli" (il n’en est pas question, madame NKM, car ce serait alors nous priver de ce nectar, ce document que je qualifie sans barguigner d’historique, ce clip qui doit mordicus rester sur le Net afin d’instruire nos mémoires trop souvent sélectives ou capricieuses quand ce n’est point branlantes ..) :


Quelle émotion - et à la fois, quel choc ! - n’est-ce pas, nous éprouvons et ressentons à l’écoute et la vision de ce clip !
Ce slam d’une minute et quarante cinq secondes qui vire, au final, en comédie musicale de pacotille chantée (?) par de jeunes godelureaux, aussi creux que fats (“On peut tous imaginer-ié-ié-iéééé/Mumh, mumh, mumh”) !
Ah, mais quel sublime désastre de l’art contemporain et numérique ! A ce point, que vois-tu, plutôt que d’enseigner - au nom d’une identité nationale (pathétique cache-misère, vil subterfuge !) - à nos enfants une sanguinaire Marseillaise, je me plais à imaginer que l’on fît, chaque matin dans toutes les écoles, tous les collèges et lycées de France, récitation de ce texte riche de deux cent vingt-trois mots, afin que chacun se souvienne qu’un jour, alors que l’hiver et Legrand Augustin toquaient à notre porte, un homme nous contait une France où le vent caressait les coquelicots ; une "France d’Après".
Une France où le salarié, extatique, victorieux, déambule, bras levés, dans son entreprise, ou croule de bonheur sous des dossiers multicolores.
Une France où l’égalité des chances, c’est pouvoir, dès haut comme trois pommes, contempler à perpette et derrière de frimeuses lunettes, les neiges éphémères de nos pistes skiables.
Une France où la liberté, c’est se fendre, acrobate, d’une roue dans la rue, jeter son corps sur un duvet de fleurs.
Une France aux visages multiples, bigarrés, éclatants, invariablement souriants.
Une France où, cadre supérieur, tu fais le con sur un vélo ; à bout de bras, projettes, envoies virevolter ton enfant dans le ciel bleu.
Une France dont l’ambition est de montrer au monde un chemin original, chemin symbolisé à l’image par un avion s’envolant, et tiens donc, on pense – trois ans après, qui pourrait nous le reprocher ? – à trois afghans qui seraient dans cet avion, trois afghans retournant, via Air Besson, dans leur pays dévasté par la guerre et les privations. Comme chemin, comme ambition, ça oui, c’est pour le moins “original” …
Oh j’en conviens, c’est faire preuve de bien mauvais esprit, que de relever cela. En même temps, comment ne pas le relever, les images aidant ! – c’est terrible, non, les images ? Mais à vouloir ne vivre (et régner) que par l’image, il fallait bien se douter, qu’elles se vengeraient, les braves salopes ! C’est comme une épée, une image ! Ceusses qui l’utilisent comme un glaive, un jour, par elles périront.
Oui, c’est terrible, l’image, car vois-tu, afghans nonobstant, cette France promise il y a trois ans, cette "France d’Après", elle n’existe (toujours) pas.
Trois ans après, c’est une France où le chômage, la précarité et la souffrance croissent. Point de vent caressant paisiblement un champ de coquelicots, mais - sous prétexte d’une crise qui jamais n’atteint ni ne touche le puissant - une pluie de licenciements balayant les pots de terre que nous sommes.
On ne croule pas de bonheur, non plus, sous les dossiers multicolores, on se suicide, plutôt, à France Télécom, chez Renault, PSA-Citroën, dans la police, chez les agriculteurs, les vieux et les chômeurs. C’est la France qui se suicide plus tôt. Plutôt qu’elle ne se lève.
On ne fait pas plus virevolter son gamin dans le ciel bleu, on devine celui, gris, abyssal, de sa dette, celle que l’on creuse sans compter et qu’il devra combler, moins par le mérite que par ses efforts, toujours et encore, des efforts. Dimanche compris. Suer plus et plus longtemps, jusqu’à, disons, tes soixante huit ans. Pour la prospère tranquillité de - toujours les mêmes, bien que moins nombreux me dit-on - quelques croquants : banquiers, assureurs, hommes d’affaires et/ou de pouvoir.
Bref.
Trois ans après ce slam de Nicolas, il faut bien le constater, la "France d’Après" n’est pas là.
Trois ans après ce slam de Nicolas, la France, en réalité, c’est un ... Grand Corps Malade
NB : Mais ne perdons pas espoir, car comme le dit le slam : il n’y a pas de fatalité, il y a certainement une France d’Après … Après Sarkozy !


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