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L’équilibre et la RATP

Publié le 25 novembre 2009 par H16

Tiens, la Cour des Comptes a pondu un nouveau rapport … Et sur la RATP, en plus ! Voilà qui est fort amusant, puisqu’en substance, le rapport soulignerait l’incapacité du transporteur à gérer ses affaires correctement. Je dis « soulignerai » parce que pour le moment, le fameux rapport n’est pas encore libre d’accès. En tout cas, ce qu’en disent les journaux (pas toujours bien informés, mais bon) me surprend totalement…
Bon. Non, en fait, je ne suis pas surpris. Si ce rapport avait déclaré que la RATP était florissante, que son matériel était en bon état, ses clients usagés usagers satisfaits et ses tarifs raisonnables, j’en aurai déduit que le rapport avait été écrit par un Huet ou Foucart de l’économie.

Mais là, non, le constat est sans appel : la RATP n’est pas bien gérée.

Il est important de souligner que ce n’est pas dit comme ça. Le rapport, en réalité, dénonce le fait que la régie publique n’est pas rentable. Certains, qui aiment Partager leurs Approximations, sautent sur l’adjectif pour brocarder la Cour de Comptes en criant à la mort du petit cheval et à la casse d’un Service Public dont la partie « Public » a pu mesurer ce que la partie « Service » veut dire grâce aux grèves, débrayages, fonctionnement erratique et entretien pour le moins lacunaire dont il est l’objet de façon accrue ces derniers temps.

L’équilibre et la RATP

Il n’en reste pas moins que, pragmatiquement, le Super Service Public De Transports En Bétaillères Commun de la Région Delanoësque Parisienne se devrait, au moins, de ne pas faire perdre d’argent au contribuable (en langage clair, ça ne veut pas dire « rentabilité », ça veut dire « équilibre »). Et ce pour deux raisons :

- Tout d’abord parce que le contribuable n’a pas les poches élastiques, des fonds infinis et qu’en ces temps de criiiiise, un peu de ménage et de bonne gestion ne font pas de mal. Je sais, on peut rêver, mais quoiqu’il en soit, ce n’est pas en ajoutant des déficits aux déficits et des pertes aux dettes qu’on améliorera la situation concrète et courante des Franciliens et des Français en général.

- Ensuite et surtout parce que tous les braves contribuables ne sont pas systématiquement des usagers de ce service. Autrement dit, le petit papy coincé dans son pavillon de banlieue (desservie, parfois, par une RATP ayant déposé un préavis de travail) qui ne sort de chez lui que pour aller acheter son journal et son pain ne devrait pas avoir à supporter la gabegie et la gestion alternative et innovante de la RATP dont, soyons bien clair, il se bat – mollement, ses petits muscles ne sont plus tout jeunes – les roubignolles.

Or, si l’on arrête de se focaliser inutilement sur une recherche de rentabilité, de toute façon absolument hors de portée de la bande de branleurs qui dirigent l’établissement public, le reste du rapport est assez pertinent en ce qu’il fait remarquer quelques éléments qui donnent justement tout son sel à la critique générale de mauvaise gestion.

On y apprend que les transports parisiens sont beaucoup plus chers que dans les autres grandes villes. Pour, en plus, aboutir à un déficit, ça fait un peu mal. Si l’on y ajoute la vétusté et l’absence totale de ponctualité du système, et qu’on compare aux transports dans les capitales européennes, on note que, sans être toujours des modèles de propreté, de prix ou de ponctualité, ces autres capitales s’en sortent très avantageusement face à Paris.

Le prix consternant des billets et abonnements parisiens s’explique d’ailleurs peut-être par l’augmentation du salaire brut moyen au sein de l’entreprise, augmentation qui a eu le bonheur de ne pas suivre celle de l’inflation mais de quasiment la doubler (3.1% par an contre 1.77% pour l’inflation). Au moins, on sera rassuré d’apprendre qu’en plus de tarifs avantageux pour leur propre transport et de nombreux jours de « congé », les employés de la RATP n’auront pas eu à souffrir d’un écrasement de leur salaire ou une baisse de leur pouvoir d’achat.

Autre élément intéressant, toujours dans le chapitre de la Gestion Créative, la Cour note que la délibération de fin d’année du conseil d’administration « autorise systématiquement le président à contracter ‘les emprunts nécessaires pour financer les dépenses d’investissements (…), ainsi que les remboursements d’emprunts’ sans définir ni le montant des emprunts nécessaires ni le niveau d’endettement« .

Sans définir ni le montant, ni le niveau d’endettement.

J’avoue que celle-ci, toute recherche de simple « rentabilité » – ah ah ah – mise à part, m’a un peu scié la nouille en quatre, si vous me passez l’expression triviale.

Parce que si les remarques précédente peuvent passer pour un objectif lointain à atteindre éventuellement pour une saine gestion, établissement public ou pas, demander le montant d’un emprunt et définir le niveau d’endettement, c’est un prérequis non pas pour une gestion saine, mais tout simplement pour prétendre faire de la comptabilité.

Ici, on est, clairement, dans le foutage de gueule complet : on ne sait pas combien on va emprunter, ni ce que ça va coûter, ni ce que ça représente sur les finances de l’entreprise, mais bingo, les gars, allez-y. D’t'façon, on s’en fiche, c’est le pognon des autres, là, à commencer par cet idiot de papy qui n’utilise pas les transports pour aller chercher son pain et son journal.

Mais voilà : on est en France, patrie des droits de l’homme, liberté, égalité, fraternité, Marseillaise dans le fond et lancez la fanfare ! Un Service Public n’a pas à être rentable, ni à être à l’équilibre, et encore moins à se soucier de ce qu’il dépense. On peut cramer du fric comme on veut quand on veut pour tout et n’importe quoi : c’est pour la bonne cause.

Le fait que, très factuellement, le système appauvrisse encore les plus pauvres, qu’il fait subir les avanies d’une grève à ceux qui ont le plus de transports (i.e. les pauvres), qu’il fait subir son insécurité, la vétusté des bétaillères, les odeurs puantes et couleurs blafardes de gares souterraines très mal entretenues aux populations qui ne peuvent absolument pas faire autrement que l’utiliser (c’est-à-dire : les classes moyennes, ceux qui doivent se lever pour travailler, et, majoritairement, les pauvres), tout ça, on s’en fiche puisque, dès lors qu’il s’agit d’un Service Public, c’est forcément Le Bien.

Moyennant quoi, les bobos riches comme Delanöe peuvent continuer à vanter les mérites des Vélib en prenant encore plus à sa charge leurs dégradations, pour les faire payer par ces abrutis de pauvres qui se font gentiment enfler : eux, de toutes façons, ne peuvent pas prendre les vélos (ils préfèrent alourdir leur facture carbone ou s’assaisonner avec un abonnement RATP).

Alors oui, effectivement, lorsque la Cour des Comptes cherche la « rentabilité » de la RATP, elle se met un peu le doigt dans l’œil jusqu’au coccyx.

Elle devrait, plus modestement, lui demander simplement d’arrêter de prendre les pauvres pour des cons, et évoquer que la RATP tente, au moins une fois, de faire un peu de gestion, histoire de voir comment ça fait.


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