Partie 1Partie 2
Partie 3
Partie 4
Cet article sera le dernier de la série « Récit d’un séjour adapté ». Bien entendu, j’aurais pu écrire encore et encore sur cette expérience exceptionnelle que j’ai pu vivre pendant 15 jours ; je pense même qu’un tel séjour pourrait mériter un ouvrage, tant il y a de choses qui se jouent pour les vacanciers, l’équipe, le collectif mais aussi l’individuel… Mais ma rentrée approche et je me concentrerais sur le présent plutôt que de ressasser ce début de mois d’Août. Je crois qu’il faut savoir aussi passer à autre chose parfois, savoir s’ancrer dans le réel du présent et laisser des sourires sur les souvenirs passés. Donc je terminerais par un article sur le travail d’équipe. Comme je le disais dans le premier article, nous étions quatre : un responsable de séjour de 25 ans et trois animatrices de 18, 20 et 25 ans pour moi.
Parmi l’ensemble de mes expériences, que ce soit dans le domaine du social ou non, j’ai toujours rencontré des difficultés dans le travail en équipe. Je crois vraiment que c’est une dimension qui mérite un vrai travail sur soi permanent et d’autant plus lorsqu’on accompagne des personnes en difficulté.
Ainsi, lorsque le séjour a commencé, je me suis dit que le fait que nous soyons majoritairement des filles serait un problème pour moi, qu’en plus elles étaient plutôt jeunes, je me préparais donc à prendre sur moi en cas de querelles féminines… D’autant plus que nous allions passer 15 jours dans la même chambre. Plutôt solitaire d’ordinaire, j’avais bien peur de mes ressentis.
Mais comme les choses ne se passent jamais comme on les imagine, et puis parce que la réflexion sur soi permet parfois de relativiser les choses, ça s’est plutôt bien passé. Oh, bien sûr, le séjour ne s’est pas passé dans la plénitude la plus totale mais globalement, ça a été un plaisir de travailler avec cette équipe, et je crois que nous avons eu de la chance de nous retrouver ensemble.
Finalement, les difficultés se sont davantage trouvées auprès du responsable de séjour…
Pour être tout à fait honnête, le séjour avait mal commencé. Dès le deuxième jour, alors que nous trois animatrices nous démenions pour répondre aux besoins des vacanciers, nous avions remarqué une absence plutôt symptomatique du responsable. Alors que nous nous étions occupées des valises et de l’argent de poche de chacun de nos vacanciers, le responsable avait disparu et ses vacanciers attendaient. Certains étaient devant leur porte, d’autres attendaient pour être aidés pour le rasage, d’autres commençaient à s’énerver… Nous, courant à droite et à gauche, leur demandaient de patienter, ne sachant pas nous-mêmes où s’était caché notre indispensable responsable !
Une fois que j’eus terminé de m’occuper des soucis et autres nécessités de mes vacanciers, j’ai rejoint d’autres personnes qui s’ennuyaient dans les couloirs ou vaquaient à leurs occupations… « Vous n’avez pas croisé Nicolas ? » Non, personne ne l’avait vu. Il avait disparu.
Comme je voyais que certains se laissaient gagner par l’inquiétude, j’entrepris de rire un peu, histoire de détendre l’atmosphère (moi, je commençais à m’énerver intérieurement et les vacanciers aussi. Ce n’est pas de bon augure pour un début de séjour). Ainsi, j’ai proposé à chacun de partir à la recherche du responsable. Nous voilà donc hurler dans les couloirs, dans le jardin, sur le parking « Nicolas ! Où es-tu ? » Mes collègues m’ayant rejoint, nous formions un cortège bruyant qui attira d’autres vacanciers qui s’ennuyaient.
Au bout d’un moment, je proposai à Charlotte, l’amie d’Emilie, une quinquagénaire pleine d’humour, de téléphoner à notre ami égaré pour savoir un peu ce qui n’allait pas.
« Oui, c’est moi ! Ça va pas, ça hein ! » Et nous de brailler derrière « Nicolas ! ». Et Charlotte, encouragée par nos rires, « Bah alors, qu’est-ce que tu fais ? On t’attend nous ! Ça va pas, ça ! Ça va barder ! » Tout ça avec beaucoup d’humour… Ainsi, tout le monde riait, nous étions épatés par la fougue de Charlotte et assez satisfaites par l’ambiance qui régnait parmi nous tous.
Je me suis dit que ça valait mieux que de laisser la colère monter et de risquer un début de séjour exécrable. En même temps, le fait de faire participer les vacanciers nous a permis aussi de commencer à les connaître, les rassurer et occuper un peu leur attente !
Finalement, Nicolas finit par arriver et qu’elle ne fut pas notre surprise quand il nous annonça, sans scrupules, qu’il faisait la sieste dans sa chambre ! En effet, les plis sur son visage ne trompaient pas.
Bon. A ce moment du séjour, nous n’avions pas encore échangé entre nous, les animatrices. J’imagine que chacune d’entre nous se disait la même chose mais attendait la suite pour voir si ça n’était qu’une fatigue passagère.
Sauf que. Trois jours après, les vacanciers de Nicolas n’avaient toujours pas déballé leurs affaires. Et comme nous ne travaillions pas avec des objets, nous ne pouvions les laisser comme ça et nous avons fini par faire ce travail. Il faut dire qu’avec les deux autres animatrices, nous n’arrêtions jamais. Levées à 7h, couchées aux alentours de 2h, les cernes se creusaient et la fatigue s’accumulait mais peu importe, nous n’avions d’autres choix que d’être présentes pour ces personnes qui avaient quand même payé pour avoir des vacances agréables.
Le problème, c’est que nous n’avions pas d’activités. Nous n’avions pas de matériel éventuel pour en inventer. Heureusement, Maëlis avait des jeux dans sa valise, des perles, des crayons… et nous faisions de notre mieux pour occuper les journées. Le temps passait, les vacanciers aimaient bien ça mais au bout d’un moment, ont commencé à s’impatienter. Et la ferme pédagogique alors ? Bah oui, la ferme pédagogique alors ?
Je vous passe les détails mais en gros, mauvaise organisation de la direction, la ferme n’avait pas été réservée. Sauf qu’on avait un responsable absent et que personne n’avait jugé bon de nous communiquer l’information ; nous ne savions donc pas répondre aux vacanciers…
Bon. Ce genre de désagrément est certainement présent dans tout ce genre de séjour. Cela dit, vu de l’extérieur, on peut vite imaginer à quel point un manque de communication peut être fatal et rendre un séjour insupportable.
Heureusement, nous étions toutes les trois très motivées et je crois que c’est ce qui a sauvé tout le groupe. Nous pouvions toutes compter les unes sur les autres et j’avoue que ça me réconfortait. En fait, nous n’avions pas vraiment le temps de nous connaître ou de discuter pacotilles… nous étions toutes plongées dans le bain. Chaque fois que nous discutions, c’était au sujet des vacanciers. Sachant que c’était pour nous notre première expérience, nous ressentions le besoin d’en parler constamment, de poser nos émotions, d’échanger et ça nous a fait beaucoup de bien. Pouvoir dire qu’on avait du mal avec telle ou telle personne, pouvoir se donner des astuces pour aborder une personne, pouvoir parler tout simplement de ce que nous ressentions permettait d’atténuer l’aversion qui commençait à monter pour le responsable de séjour.
Puis finalement, je ne sais plus qui a commencé à parler de Nicolas. Quoi qu’il en soit, nous étions d’accord, l’attitude du responsable était inacceptable, il n’était jamais présent, nous étions complètement livrées à nous-mêmes… Nous nous débrouillions plutôt bien mais malgré tout, nous ressentions le besoin d’être guidées dans notre démarche.
Au-delà de son absence, pleins de choses n’étaient pas faites. Nous devions contrôler la présence de tous les médicaments, afficher des instructions dans notre salle commune, faire le planning, faire des courses… Rien n’était fait et les vacanciers commençaient sérieusement à angoisser et à se plaindre.
Ainsi, on a demandé à l’intéressé d’avoir une réunion. Repoussant sans cesse cette demande, ce qui devait arriver arriva. Un soir nous étions à table. (D’ailleurs, Nicolas avait décidé que nous mangerions à part des vacanciers) J’ai demandé à avoir cette réunion.
« Je sais pas si tu es une adepte des réunions mais moi, j’aime pas trop ça. Je vois pas ce qu’on a à se dire. Pas besoin d’une réunion. » Les nerfs ont vite commencé à me monter mais calmement, je lui ai dit que je souhaitais savoir comment lui voyait les choses, ce qu’il attendait de nous, tout ça… Puis je me suis arrêtée puisque j’avais envie de crier très fort :) Et j’ai fini par sortir de table pour fumer une cigarette car je ne souhaitais pas envenimer la situation et que les vacanciers soient témoins d’une dispute. Lorsque je suis revenue, Nicolas était parti dans sa chambre.
Ce soir-là, nous étions invités à un anniversaire chez l’autre groupe. Lors de la soirée, nous étions tellement à cran face à l’attitude désinvolte de notre collègue que nous avons jugé bon de nous confier à l’autre équipe. La responsable de l’autre séjour me conseilla d’appeler la direction. Je lui ai dit que je comptais d’abord en parler avec lui avant d’agir de cette manière. Pour moi, si vraiment la discussion n’aboutissait à rien, alors j’aurais peut-être pensé à appeler la direction mais pour l’instant, loin de moi cette idée.
Sauf que. Lorsque Nicolas vint nous chercher pour rentrer, la responsable de l’autre séjour eut l’excellente idée d’aller prêcher la bonne parole auprès de notre responsable, en lui disant que nous allions très mal et qu’il fallait qu’il se ressaisisse. Circonstances atténuantes (quoique), elle était soule. Mais bon, selon moi, ça n’excuse pas grand-chose. En effet, les vacanciers étaient dans le minibus à ce moment-là et entendaient tout de la conversation qui commençait à s’envenimer entre les deux responsables. Le notre ne supportait pas qu’une autre lui dicte son travail et que nous ne lui parlions pas directement de nos soucis.
Une fois dans le minibus, Nicolas me dit : « Demain, on aura une discussion sérieuse ». Et moi de répondre : « Bah nous, ça fait quelques jours qu’on l’attend. On peut même l’avoir en rentrant si tu veux ». Un peu provocatrice, la Vanillette. Je m’étais retenue depuis quelques jours mais là, je craquais.
Ça a fini en dispute. Dans le minibus. Devant les vacanciers. Mes collègues ont eu le bon réflexe d’accompagner les vacanciers dans leur chambre dès notre arrivée, de distribuer les médicaments et de nous laisser ainsi nous disputer seuls. Finalement, nous n’avons pas réussi à discuter donc Nicolas est parti dans sa chambre. Je rejoignis donc mes collègues pour les aider au coucher et je croisais ainsi Carole, une vacancière plutôt discrète et mal dans sa peau. Je vins pour lui dire bonsoir et l’accompagnais jusqu’à son lit. Je présentai mes excuses pour l’incident lorsqu’elle se mit à pleurer et à m’expliquer qu’elle n'avait pas supporté d’entendre les gens crier, que c’était insupportable pour elle et que ça lui rappelait de très mauvais souvenirs.
Soirée tragique pour moi qui souhaitait que chacun se sente bien, constat terrible de mon incapacité à contrôler ma colère… je lui ai proposé de sortir un peu toutes les deux, je lui ai servi un verre d’eau. Émilie, elle-aussi perturbée par l’incident, finit par se joindre à nous. J’ai tenté d’expliquer que nous n’aurions pas du nous disputer devant eux, que ça ne se reproduirait plus. Je lui ai dit que j’avais fait une erreur et que je m’en excusais. Mais aussi, je lui ai expliqué qu’il n’y avait là rien de grave ; nous étions en effet en désaccord mais les choses se règleraient rapidement puisque nous allions en discuter tranquillement entre nous. Au bout d’un moment, je me sentais tellement coupable que je me mis moi aussi à pleurer. J’ai tout fait pour empêcher ça mais je ne pouvais supporter l’idée d’avoir, par mes actes ou paroles, pu blesser une vacancière à ce point-là, d’avoir réveillé des souvenirs désagréables… Mes collègues prirent un peu le relais pour me soutenir. Avec du recul, je me dis que le manque de sommeil, le manque de distanciation par l’écrit ou la parole, la fatigue accumulée avait certainement participé à ce que je craque moi aussi.
Finalement, Carole m’expliqua que c’est surtout les voix d’homme qui lui faisaient peur et qu’elle souhaitait que Nicolas s’excuse. Je suis donc allée l’appeler. Au début, il me vira de sa chambre mais lui expliquant que Carole avait besoin de lui, il se rendit dans la salle commune et à ce qu’on m’a raconté le lendemain, il a su avoir les bonnes paroles pour Carole qui put aller se coucher plus sereinement ensuite.
Du coup, on a fini par se retrouver dans la salle commune tous les quatre et discuter jusqu’à trois heures du matin. Nous avons pu avoir cette satanée réunion et crever l’abcès. Ça a sauvé le séjour.
Dommage d’en être arrivés là. Vraiment, je me dis qu’une simple réunion quelques heures avant aurait pu éviter tout ce bordel. Mais la vie, c’est pas aussi simple. Les relations humaines, c’est de l’émotion à l’état brut, des réactions parfois incontrôlables.
Ce que j’en retire, c’est que le reste du séjour a pu se dérouler dans une meilleure ambiance. Nicolas a été plus présent pour les vacanciers et s’est même découvert une affection pour certains d’entre eux (ce qui n’était pas gagné au premier abord). Il était ce qu’il était (assez égoïste et macho), nous étions ce que nous étions (selon lui, trop « psy »… Je n’ai toujours pas compris ce que ça voulait dire), nous avons réussi à nous accepter et à faire un pas vers l’autre, chacun de notre côté et ce, pour le bon déroulement du séjour.
Nous n’étions pas proches, lui et moi, mais nous avons pu travailler ensemble de manière plutôt efficace et j’en suis plutôt heureuse aujourd’hui. Je me suis rendue compte que j’étais capable d’aller vers l’autre même s’il n’avait pas les mêmes convictions que moi, chose qui me posait difficulté jusqu’à maintenant. Je suis trop exigeante envers les autres, souhaitant qu’ils aient les mêmes convictions que moi. Je crois que j’ai appris la tolérance en quelque sorte, sachant faire le deuil de la perfection. C’est difficile mais c’est un peu ça la vie.





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LES COMMENTAIRES (2)
posté le 12 août à 06:05
je trouve les premiers articles tres touchant pleins de sincerites
mais le dernier article n'a pas sa place ici à mon gout. ou du moins pas en dernier enfin tu accuse ce jeune homme de machiste et de tout les maux et en te relisant je te trouve par moment un peut chienne de garde. Quand à l'episode du mini bus c'est pour moi une faute professionelle grave qui apparement ce termine bien. heureusement que ces vacanciers ne sont pas rancunie... cela dit je retiens les bon evenement encore merci de nous avoir fait partager ces trois premier episodes et encore bravo d'autant de devotions pour le bien etre de la personne accompagne.
nas un educ qui vous veux du bien.
posté le 17 mars à 04:43
c est ta vison des choses j ai été directeur de sejour j ai eu 2animatrice de 18 et 20 sans experience sans permi et afps et un animateur de 18 qui ne cherchait qu a draguer les animatrice des sejour voisin ....je me suis retrouvé a faire les courses les reservation donner les medocs m occupé de l argent de poche pour au final entre a mon sujet " oué il fait des siestes etc etc " fais un sejour comme directrice ......
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