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Le questionnaire du FFC : Romain Verger

Publié le 04 mai 2009 par Lazare
Le questionnaire du FFC : Romain VergerRomain Verger est un jeune auteur français ayant publié chez Quidam deux petits romans : Zones sensibles et Grande Ourse. Ce dernier roman, chroniqué par Bartleby et Fausto, met en parallèle les destins d'Arcas, homme du Néolithique et de Mâchefer, artiste de la faim, gardien dans la grande galerie du Jardin des plantes. Ce petit livre remarquablement écrit réussit le tour de force de présenter de manière cohérente deux histoires se déroulant à 35000 ans d'intervalle. Entre mystique et fantastique, Grande Ourseest un roman à lire, impérativement. Romain Verger a eu la gentillesse de répondre à notre petit questionnaire.
Que ferez-vous lorsque plus personne ne lira de livres ?
Je cesserai d’en écrire. On n’écrit pas pour soi. Pour autant, difficile d’imaginer d’arrêter de produire. Il faudrait s’adapter, trouver d’autres supports. J’ai certes une passion pour le livre, mais le caractère irremplaçable du livre s’impose à moi lorsqu’il y ressemble le moins. Je pense aux livres d’artistes, aux éditions à tirage très limité, lorsque le papier rappelle qu’il est papier, qu’il vous transmet ses fibres et vous nourrit de sa cellulose. Pour le reste, je ne crois pas qu’il faille le sacraliser. Le livre est une étape dans l’histoire de l’humanité. Il n’a pas toujours existé et d’autres support véhiculeront l’écrit après lui. On le voit avec le net. Les possibilités qu’il offre et qui restent à inventer sont très excitantes. Encore que le net, sous ses formes et ses usages actuels — les plus répandus en tous cas — , perpétue d’une certaine façon le folio, le prenant pour modèle, sans doute parce que nos habitudes sont encore livresques et qu’elle le resteront encore longtemps. Pour ma part, le net m’a poussé vers d’autres modes d’expression que je n’aurais sans doute pas expérimentés sans lui : la vidéo, l’animation… Alors sans livre à écrire, j’approfondirais peut-être ces domaines. Quant à la sombre perspective d’une fin de l’écrit et de la lecture, elle est très improbable.
Le premier souvenir (ou émotion) littéraire ?
Je pense que ce sont ces livres de contes parcourus dans l’enfance, en trois dimensions, qu’on trouve toujours dans le commerce d’ailleurs, faits de pliages et de mécanismes ingénieux. Lorsqu’on les ouvre, les arbres couchés d’une forêt dressent leur cime vers le ciel, un paysage s’organise plan par plan. Je tirais les languettes pour animer des princes, faire détaler une bête sauvage ou ouvrir grand la gueule du loup, je glissais mes doigts par les portes et fenêtres des habitations les plus inaccessibles pour tenter d’apercevoir les zones cachées du décor, la part d’ineffable de toute histoire. C’est peut-être là que les mots et les histoires ont acquis leur épaisseur et leur potentialité magique dans mon esprit. Puis ce plaisir-là, je l’ai retrouvé dans la poésie dont j’ai compris qu’elle comportait toutes ces dimensions et qu’on pouvait ainsi rêver entre les mots, faire indéfiniment le tour d’un vers ou d’une strophe, les traverser, matériellement parlant. Rimbaud m’a subjugué. Ses Illuminations, sa Saison en enfer. Je n’y comprenais pas grand chose mais j’en étais pourtant comblé.
Que lisez-vous en ce moment ?
Entre vents, racines et rocs de Joël-Claude Meffre et du photographe Leonard Sussman (La Part des Anges), des romans fantastiques : Double de Jean Collier et Nonnes de Michael Siefener, tous deux au Visage Vert, la Médée de Sénèque, et puis le Catalogue de la Collection Piette (Musée de la Préhistoire de Saint-Germain-en-Laye). Cette salle a été réouverte tout récemment au public depuis sa fermeture par Malraux. Je l’ai visitée la semaine dernière. C’est une collection de premier ordre, la seule qu’un préhistorien ait conservé de ses fouilles dans son exhaustivité : 10 000 pièces dont certaines extrêmement singulières et émouvantes.
Suggérez-moi la lecture d'un livre dont je n'ai probablement jamais entendu parler.
Question difficile. Rien de particulier ne me vient à l’esprit. Je n’ai pas le talent d’un découvreur de perles rares et vous êtes sans doute plus qualifié que moi en la matière.
Le livre que vous avez lu et que vous auriez aimé écrire ?
Difficile de n’en retenir qu’un seul. Terraqué, ou Du Domaine, de Guillevic. Mais ce pourrait être aussi un recueil de Du Bouchet ou de Dupin. Les Saisons de Maurice Pons ou Augias et autres infamies de Claude-Louis Combet, ou bien encore une tragédie d’Euripide, Hippolyte par exemple.
Quel est le plus mauvais livre que vous ayez lu ?
Certes, ce n’est pas ce qui manque. Mais là encore, difficile à dire : je ne termine jamais la lecture d’un mauvais livre. Quelques pages suffisent et je passe à autre chose. J’essaie de ne pas m’encombrer la mémoire et de ne pas perdre le peu de temps dont je dispose.
Quel est le livre qui vous semble avoir été le mieux adapté au cinéma ?
Lorsqu’un film adapté d’un livre me plaît, je me moque de savoir s’il l’a respecté ou non. Il faut qu’il soit bon, voilà tout, qu’il fonctionne de façon autonome, pour ses qualités cinématographiques propres. Je ne ferai que vous citer quelques films adaptés de livres et qui me plaisent beaucoup : La Cérémonie ou Que la bête meure de Chabrol, Elephant Man de Lynch, le Dracula de Coppola...
Écrivez-vous à la machine, avec un ordinateur ou à la main ?
J’ai commencé à écrire mes premiers textes sur des machines à écrire. On les trouve d’ailleurs photographiées sur les pages de mon site. Je les ai héritées de mes grands parents et en ai acheté quelques autres dans des brocantes. Mais depuis longtemps, j’utilise l’ordinateur et le traitement de texte, au point que je suis devenu totalement incapable d’écrire quoi que ce soit à la main, ne serait-ce qu’un court poème. Je retravaille beaucoup mes textes, de sorte qu’il me paraît aujourd’hui impossible de revenir en arrière sans y perdre beaucoup en temps et en efficacité. Pire même : je me sentirais paralysé, un crayon en main devant une feuille blanche.
Écrivez-vous dans le silence ou en musique ?
J’écoute beaucoup de musique mais ne peux écrire que dans le silence. Tout rythme extérieur parasite l’écriture. Cela dit, je peux écrire dans un bruit relatif (celui d’un café par exemple) et en faire abstraction, tant qu’il ne s’agit pas de musique.
Qui est votre premier lecteur ?
Moi-même. Je vous disais dans une précédente réponse qu’on n’écrivait pas pour soi. En revanche, je me relis beaucoup, pendant la phase de rédaction d’un texte. Il m’est même souvent nécessaire de relire systématiquement les dernières pages, parfois même plusieurs chapitres, avant de m’y remettre. A défaut d’avoir un plan rigoureux que je n’aurais qu’à suivre (il n’apparaît finalement que tardivement, quand le projet est déjà bien avancé) je puise dans l’existant des ressources pour la suite, j’y épingle des choses qui méritent d’être approfondies. Des thèmes mineurs qui feront l’objet de développements majeurs ultérieurs. Si ce travail est assez fastidieux, je trouve en revanche intéressant de faire l’expérience de ce dédoublement, car il faut parvenir à cet état de lecteur qui n’a plus rien à voir avec celui d’auteur, se détacher suffisamment de soi pour être à même de faire naître un regard critique pertinent. Il est aussi instructif de repérer ses tics de langage, les structures de phrase qu’on a tentance à privilégier, les mots qui reviennent plus que de raison… Par la suite, j’ai un ou deux relecteurs de confiance, puis c’est à mon éditeur que revient le texte.
Quelle est votre passion cachée ?
La cuisine, mais je ne la cache ni à mes amis, ni à mes proches. Je peux passer des heures aux fourneaux. J’y trouve beaucoup de plaisir et d’apaisement.
Qu'est-ce que vous n'avez jamais osé faire et que vous aimeriez faire ?
Rompre avec la société et les habitudes pour une période plus ou moins longue, tenter des expériences de vie ou des états physiques ou psychiques radicalement différents des miens, où l’on soit prêt, pour les vivre pleinement, à se mettre en danger. « Oser » suppose de l’audace, le risque de déplaire à autrui ou de s’exposer au danger. Ce sont ces limites que certains de mes personnages explorent dans mes romans. Mais de là à en vivre de semblables…

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