Cette pièce absurde et caustique se passe en Poldavie ou Poldèvie, à savoir nulle part et donc en France. La Poldèvie a été inventé par un journaliste d'Action Française, Alain Mellet, en 1929, et le « drame poldève » dura plusieurs mois. Il était allé voir des parlementaires spécialistes de l'émotion frelatée politique à fleur de peau et de l'humanitarisme bas de gamme. Il leur avait parlé du drame de ce petit pays tellement malheureux, tous répondant bien sûr « Ouhlala, oui, bien sûr, comme je les plains, ces pauvres poldaves » sans même savoir où ce pays se trouvait (ce qui prouve qu'ils n'en avaient rien à foutre). Ce très bon canular fût perpétué par des personnes aussi différentes que Brasillach, Queneau ou encore André Weil et Jacques Roubaud.
Donc le procureur Maillard, après un long réquisitoire, vient d'obtenir la tête d'un jeune musicien de Jazz idéaliste, une autre décollation à son actif car le bougre est spécialiste de l'envoi à la « bascule fatale » des condamnés. Il est porté en triomphe par sa famille et ses amis comme un toreador qui vient de mettre à mort un bovidé qui ne lui avait rien fait. Il est pourtant soucieux. Le jeune condamné lui apparaît d'ailleurs pour clamer son innocence avant de s'enfuir à nouveau, il avait passé la nuit avec la maîtresse du procureur. Celui-ci, Valorin, sorte de hérault d'une justice idéale et idéaliste, sera malgré tout ingrat avec cette femme estimant qu'il ne lui doit rien. Les magistrats tremblants et soumis iront demander un échange d'innocents à condamner à l'omnidirigeant (président ? Roi ? on ne sait pas) qui tient tout le pays, sans oser réclamer la tête du vrai coupable qui est à son service. La pièce se finit de manière très amère, l'injustice demeure malgré quelques changements cosmétiques. Force doit rester à la stupidité humaine comme la plupart du temps dans les histoires de Marcel Aymé.




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