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ELLE - La lettre inachevée

Publié le 05 décembre 2009 par Gicerilla

enveloppe.gifLe cordon de passementerie rouge du signet pend le long de la couverture.

Comme une embrase de tenture. Il fait béer le livre à l'endroit de la dernière fois. Je l'ouvre.

Ce soir j'ai recommencé.

J'ai recommencé comme tant de fois auparavant. La tranche de ma main droite est grisée pas la mine de plomb. Mon pouce souffre de la crampe de l'écrivain. Drôle d'expression. Elle laisse supposer que quiconque écrit est un écrivain. Mais n'est-ce pas pourtant ce que je suis, une femme qui tente de Lui écrire. Aurais-je serré une fois encore mon porte-mine bien trop fort ? Il se peut, car on peut s'accrocher à un porte-mine comme à une planche de salut. C'est bête mais l'écriture, quelque soit sa qualité, n'est-ce pas toujours une forme de thérapie ? Combien de martyres de notre temps n'ont-ils pas exorcisé leur souffrance à coup de crayon. Alors j'écris au crayon. La mine de plomb se gomme et j'aime gommer. J'aime ne laisser aucune rature, comme le devoir bien propret d'une gentille fille sage. Bien dans les rails. Respectueuse. Trop respectueuse sûrement, qui passe après, vous voyez, de celles qui ont peur que leurs sentiments dérangent, qu'ils soient importuns.

J'aimerais gommer certains souvenirs, certaines rencontres. Michel Gondry a exploité cette idée récemment, celle de pouvoir gommer sa mémoire. Quelle chic idée, effacer. Se refaire une virginité des sentiments, être neuf à nouveau pour recommencer. En mieux. Quelle utopie mais comme toute utopie elle a pour moi assez d'attrait. J'aime gommer mais pourtant, ce soir encore la gomme ne me sert pas. Non, mais la frustration qui me fait arracher les pages. Elles gisent, la marge déchiquetée, métaphores de mes pensées en vrac. Partout, étalées sur la table devant moi, des feuilles à moitié froissées témoignent de mon impuissance. Ce n'est pas comme dans les films, non, elles ne jonchent pas le sol en de jolies boules à côté du panier. Non, elles s'étalent comme les pièces d'un puzzle qui ne veut pas révéler son secret. Je veux lui dire que je pense à Lui, encore. Que je n'ai pas cessé. Il se peut que je ne cesse jamais. Peut-on ne jamais cesser quelque chose ?

Impossible me direz-vous, regardez la  nature. La nature est pérenne par ses cycles mais par ses cycles, éphémère. Tout à une fin, me direz-vous encore, c'est la loi de notre monde. Alors je m'accroche à cette idée, que le temps sera la gomme qui se soir ne me sert à rien. Rivée à mon corps cette intuition dramatique que tant qu'il vivra je ne pourrai me détacher. Tant qu'il vivra je ne pourrai à nouveau aimer. Lentement la mort m'apparaît comme la solution. A quoi bon lui écrire une lettre qu'il ne lira sûrement pas. A quoi bon lui dire les mots dont il se gaussera
"... mais vous ne savez pas ce que sait l'amour. Vous ne m'aimez pas. Moi seul sais aimer. Et je ne vous aime pas !" Ma bouche se déforme, un

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