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Parce que tout le monde crache sur son voisin

Publié le 23 décembre 2009 par Leschatserrants

Parce que tout le monde crache sur son voisin

On s’est séparées à la gare: G. allant de son côté, N. et moi courant pour avoir notre rame.

Et la , ça été encore pire. N. m’a demandé ce que je pensais de G., uniquement pour la critiquer devant moi, se foutant de sa guele parce qu’elle était moche. J’étais choquée: cette fille n’a donc aucune gratitude? G. l’avait consolé parce u’elle chialait comme une conne devant la prof et tout ce qu’elle récoltait ,c’était des insultes dans son dos.

Une fois sortie du RER, N. m’a demandé:

-Tu m’accompagnes à Zara pour m’acheter des serre-têtes pour la fête de Manon?

Mais en fait, c’était pas vraiment une question. Si elle m’avait demandé ça, c’est parce que, malgré son mépris plus ou moins manifeste, elle savait que j’étais la bonne poire, du genre à ne pas savoir dire non, la planche que laquelle tout le monde passe et repasse. Il fallait toujours que je me retrouve à accompagner les autres, surtout elle parce que je ne sais pas dire non- mais il n’y a pas de réciproque. Triste de constater comment elle et moi tentions vainement d’échapper à une solitude certaine.

J’ai donc sagement obéis et l’ai suivie dans le magasin. Ensuite, j’ai décroché. Je veux dire, pas comme quand je suis totalement bourrée. Non, là, bien qu’honorant Noémie de ma présence, je m’étais déconnectée de tout ce qui m’entourait, et je rêvais. J’étais libéré d’un poids si énorme maintenant que le lycée était fini pour moi, que je vagabondais, rêvant aux étoiles, aux choses que j’avais l’occasion de faire maintenant que je n’allais plus en cours : pourquoi pas astronaute… ?

J’étais dans mon beau rêve quand -le monde est petit- une bande de petits cons de ma classe m’a brutalement reconnectée à la réalité. Il s’agissait de deux gars insignifiants, au point que je n’arrive jamais à me rappeler de leurs noms.  Ces deux la se ressemblent et s’assemblent, comme on dit. Moches, gros et boutonneux, ils sont exactement ce qu’il ne faut pas être à 17 ans : des archétypes des puceaux en pleine puissance. Je les surnomme donc Ducon 1 et Ducon 2, qualificatifs leur convenant parfaitement. Tous les deux, malheureusement, étaient dans le même endroit que nous, venus pour mater sans acheter.

Nous n’avons jamais grand-chose à nous dire : être dans la même classe étant notre seul point commun, ce qi, somme toute, ne représentait pas grand chose.

Noémie s’étant lancée dans une intense course aux serres têtes, on s’est suivis à la queue leu leu avec nos énormes Eastpacks dans tout le magasin, ce qui n’était pas pratique puisqu’il était petit. Noémie a essayé les serres têtes les plus vulgaires, moches et bons marchés du rayon. Et à chaque essai, c’était inévitable, j’acquiesçais comme un bon petit robot des « C’est super joli! » et autres « il te va vachement bien! ». Ce qui ne l’empêcha pas de me glisser perfidement que des bandeaux, j’avais la chance de ne pas en avoir besoin, puisque j’arborais depuis peu un crane rasé à la Sinead O’Connor.

Au bout du cinquième compliment sur ces horribles serre-têtes, j’ai enfin compris que ma présence était purement accessoire, comme les porte-manteaux qui trônaient ici et la.

Cruellement consciente de cette vérité tragique, je m’adossais, agacée, contre un mur pendant que Ducon 1 et Ducon 2 nous montraient leur super Gif dans lequel deux silhouettes baisaient selon les diverses positions du kama-sutra.

Pauvres disciples d’Onan.

J’eus alors mon deuxième éclair de conscience : je n’avais pas quitté le lycée pour venir encore perdre mon temps avec des gens inintéressants comme eux.

Je me suis relevée et ai marché vers Noémie qui se mirait dans la glace.  J’ai soulevé délicatement le serre tête qu’elle avait déposé sur ses cheveux. Elle a eu un geste de surprise teintée d’agacement mais s’est arrêtée net quand je l’ai cassé en deux.

-Un acte vaut mieux que de vaines paroles, j’ai dit en souriant. Ce serre-tête ne te rendra pas belle. Et une conne reste une conne, ne te fatigue pas à vouloir paraître le contraire.

Fière de mes paroles sibyllines et du fait qu’elle ne l’avait même pas encore payé, je suis partie. Je crois que l’un des deux gusses s’apprêtait à me crier quelque chose, mais j’étais déjà bien loin. Comment avais-je pu perdre mon temps avec une fille comme elle alors qu’Audre, ma best depuis toujours, avait besoin de moi ?

Libre et légère, je suis partie prendre le train qui me ramenait vers Paris. Quitte à être entourée de cons, autant être seule.

J’étais enfin passée de spectatrice de cinéma se bourrant de popcorn à actrice de ma propre vie.


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