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Parce qu’à Pigalle, les yeux sont tournés vers toi

Publié le 29 décembre 2009 par Leschatserrants

Parce qu’à Pigalle, les yeux sont tournés vers toi

A cette heure ci, il n’y avait dans le métro que quelques clochards et beaucoup de femmes, africaines, indiennes, antillaises qui commençaient leur travail à une heure ou leurs riches patrons dormaient encore. Je suis arrivée à Concorde tout heureuse et ai remonté les Champs Elysées qui se réveillaient.

L’euphorie du matin est quelque peu tombée dans l’après midi quand je me suis rendue compte que faire le tour des plus jolies rues de Paris et mater les jolis garçons ne représentait pas un but en soi dans ma vie. Et, à ma grande consternation, le soir, j’étais revenue au point de départ.

Je ne savais plus où aller. Je veux dire,  j’étais encore une nouvelle fois totalement paumée. Je marchais comme un zombi invisible, slalomant entre les gens bien propres sur eux, une solitaire dans la foule.

J’étais paumée mais ma détresse n’avait rien de pathétique: je ressentais un frisson d’excitation: un monde que je ne connaissais pas s’ouvrait à moi, et j’étais absolument libre d’y faire ce que j’y voulais.

Je me retrouvais donc, une fois de plus, à prendre de le métro.

Quand je suis arrivée à Pigalle, il pleuvait. J’ai trouvé ça beau, la pluie par un soir d’hiver glacial, qui tombait d’un ciel d’encre. C’était comme si une fenêtre était apparue sur le paysage, lui donnant une nouvelle teinte particulière.

Comme c’était la première fois que je venais, et que j’avais, comme qui dirait, l’envie de visiter, j’ai pris la première rue que j’ai vue. Des gars zonaient, adossés à un immeuble, ne trouvant rien de mieux que d’apostropher les meufs qui passaient devant eux en jupe – je n’y ai pas échappé, malgré mon jean.

Le trottoir était, sans surprise, bordé de sex shops. Un gars dans la rue m’a abordée, me demandant si ça me dirait de participer à des soirées spéciales. Mais avant même que j’ai pu répondre, il m’a soigneusement dévisagée et m’a demandé si j’étais mineure et allais encore en cours. J’ai mitoné en disant que non, mais il m’a grillée quand j’ai sorti mon agenda pour ranger son flyer et qu’il a vu les devoirs que j’y avais écrit. Il s’est enfui comme si j’avais la gale.

Pour ma part, j’ai continué mon chemin, dévorant des yeux tous les interdits qui s’offraient à moi. Du sexe, de la débauche, de la luxure: c’était tout ce qu’il me fallait pour passer une bonne soirée!

Bon, en fait, je fais genre, mais..au début, j’osais pas entrer dans les magasins. J’avais peur de me retrouver face à des gros vicieux qui me regarderaient bizarrement. J’arrêtais pas de me lancer des défis, genre: « Au prochain, tu y vas! » mais j’y arrivais pas. Et finalement, je ne sais pas ce qui m’a pris, mais mes pieds ont décidé pour moi et m’ont carrément conduite vers un des rares magasins qui n’avait pas de ridicule rideau rouge pour protéger les pauvres yeux des gens qui ne sont pas censés voir ce qu’il y a l’intérieur.

Donc, dans ce magasin qui était l’un des rares dont la devanture affichait clairement ce qu’on y trouvait, le vendeur, affalé contre le comptoir était plongé dans une conversation passionnante mêlant une jeune fille aux tétons dressés comme  des tulipes un mois d’été et qu’il avait satisfaite de manière convenable. Il s’en ventait auprès d’un pote, apparemment, et voir un comportement aussi puéril chez un gars qui devait avoir entre 5 et 10 ans de plus que moi me désespérait.

Vu l’heure et l’endroit, je ne tenais pas à me faire remarquer, alors j’ai fait comme si j’étais une habituée et me suis promenée entre les divers présentoirs. Pas de bol, le vendeur a fini par me remarquée et s’est arrêté net dans sa conversation téléphonique  pour me demander ce que je cherchais, d’un air soupçonneux. J’ai dû baratiner un peu en disant que je cherchais un livre, et il a repris sa discussion.

Je me suis partie dans la pièce du fond ou des godes de toutes tailles et de toutes formes s’alignaient. Il y en avait des poilus, des extra-larges, les habituels godes ceintures, de très longs et de très courts, certains avec prépuces plus vrais que nature, le bonheur, quoi, et pour tout les gouts.

Tandis que je posais mes mains et mes yeux tout autour de moi, émerveillée, le gars est revenu, son oreillette bluetooth dans les mains et cette fois, l’air de vraiment s’intéresser à moi.

-Tu cherches quoi exactement ? Les livres, c’est devant, à l’entrée.


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