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Marie-Aude Murail et moi

Publié le 06 janvier 2010 par Rouge

Cette histoire remonte à bien des années en arrière. J'étais alors jeune prof, et surtout jeune maman. J'avais tout doucement troqué mes lectures de Balzac et autre Flaubert pour le magazine Parents, le célèbre Laurence Pernoud ou encore le jubilatoire Comment ne pas être une mère parfaite de Libby Purves. Les nuits courtes et parfois blanches étaient peu propices à une lecture vraiment suivie. Et puis, avouons-le, le monde tournait autour de ma maternité et de mes deux petites merveilles (la troisième est née plus tard), rien d'autre ne m'intéressait (ou n'était susceptible de me sortir de cette babymonomanie?!) et cela dura plus de trois ans. 

 

Néanmoins, les forces revenant, les nuits redevenant plus longues aussi peut-être, et puis le temps sûrement, tout ça mis bout à bout me redonna tout doucement l'envie de lire. Mais je n'avais pas envie pour autant de renouer avec les auteurs morts: je préférais désormais le monde des vivants !  Je commençai donc gentiment avec des ouvrages dédiés aux adolescents: on appelle ça la "littérature jeunesse" (en règle générale, les personnages principaux ont l'âge du lecteur).  

 

Toute jeune prof, j'avais cet alibi en or de lire pour mes élèves ! Mais je découvris au fil de mes lectures de véritables trésors, et si mes élèves étaient informés en temps réel de mes derniers coups de coeur, je me pris à mon propre jeu et me mis à lire la plupart des auteurs publiés dans la collection de l'Ecole des loisirs (ma préférée sans nul doute !).  

 

C'est ainsi, alors que je renouais avec le plaisir de lire, que je découvris Marie-Aude Murail (puisque cette fois, cette note lui est dédiée !). Je crois que le premier roman que j'ai lu d'elle était Baby sitter-blues: un vrai retour dans le passé quand on sait qu'il s'agit pour Emilien de faire du baby-sitting pour s'offrir un... magnétoscope... qu'il devra payer en francs !!!

 

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Et puis il y eut Oh, Boy ! qui me bouleversa, ou quand trois orphelins se mettent à la quête d'une famille et qu'ils ont le choix entre une demi-soeur antipathique ou un demi-frère qui change de petit copain tous les jours... La finesse de l'écriture de l'auteure autorise toujours cette manière de funambule que le lecteur a de se laisser guider par sa plume en oscillant entre fous rires et larmes, sans jamais pour autant tomber dans le larmoyant... Aborder les thèmes du deuil, de la tolérance  et de l'homosexualité dans un roman léger comme un nuage... Chapeau bas !

 

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La tolérance doit être un de ses thèmes favoris: j'ai retrouvé le même plaisir à lire Simple. Cette fois, Simple a 22 ans mais 3 ans d'âge mental ! Et le récit commence quand son frère aîné, Kléber, décide de le prendre en charge car il est en train de se laisser mourir dans son institution pour débiles. Il l'installe donc avec lui dans son appartement en colocation. Vient se greffer dans leur vie, Monsieur Pinpin dont la spécialité est de péter la gueule à qui leur voudra du mal (heureusement que Monsieur Pinpin est en peluche !). Et puis il y a les Playmobil, et les beaud'hommes cachés dans les téphélones... De quoi mettre de l'ambiance dans cet appartement où chacun doit apprendre à vivre avec l'autre... C'est drôle et tendre en même temps...

 

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Et puis il y a eu Papa et maman sont dans un bateau. Un roman très (trop?) dans l'air du temps. Dans la famille Doinel le père doit restructurer sa boîte et faire face à la grande marche de la mondialisation, la mère est instit' et n'en peut plus des évaluations, la fille est en 3ème et n'en peut plus des sujets type Brevet (!), le fils n'en peut plus d'être petit... Bref, plus personne n'assume rien, tout part en vrille, et une photo de yourte mongole finit par réveiller tout ce petit monde qui s'engourdit dans son quotidien... Et malgré tout, l'écriture reste aérienne et drôle... Et moi je m'interroge...

 

Pourquoi ai-je aimé ce roman qui contrairement aux précédents est très proche de ma propre histoire ? (Ah?! je ne vous avais jamais avoué ce rêve de vivre sous une yourte ?! Nannn ! j'déconne !)... Forcément il y a toujours cette fonction cathartique de l'écriture: assister à la crise de la famille Doinel me lave de mes propres crises existentielles... Mais en entendant récemment Fabrice Luchini sur le plateau de La Grande Librairie expliquer pourquoi il n'aime pas les romans, j'ai compris que pour moi c'est tout l'inverse !

 

J'ai développé une incroyable aptitude à abandonner ma peau (le plus souvent au pied du lit) pour me glisser dans celle des personnages que je suis (la polysémie est drôle ici: du verbe "suivre" mais aussi "être" !) à travers mes lectures. Et dans ce roman, j'ai épousé les formes et les faiblesses, les coups de gueule et les larmes, les mots et les sentiments de chacun de ces quatre personnages et puis d'Aubin aussi... ce grand machin qui incarne à lui tout seul tous ces grands machins que je croise chaque année et qui chaque fois, à leur manière à eux, me rappellent pourquoi je fais ce boulot...

 

Alors merci Madame ! Je continuerai de vous lire !  

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