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Ce qu'il convient de dire quand on parle de culture et de censure sous nos cieux éclairés

Publié le 14 janvier 2010 par Amaury Watremez @AmauryWat

precieuses.jpgJ'ai assisté à une conférence des plus intéressantes sur les rapports entre culture et censure, édition et liberté d'expression, c'était plaisant, le physique de la plupart des intervenants était proche du rongeur, taupe ou opposum. Je m'attendais à entendre certains parmi eux couiner.

Nous étions entre professionnels de la profession, une assistance clairsemée du fait des conditions météorologiques. Quand on aborde ces thèmes, il y a des passages obligatoires, semble-t-il, et les réactions obligatoires aussi (il faut pousser des « ooooh ! » de désapprobation au bon moment et des « aaaah ! » de contentement quand il le faut comme à « Guignol », et ce sont toujours les mêmes que l'on doit attaquer). Sur les trois heures qu'a duré cette admirable causerie, l'on en a passé la moitié à dire du mal des catholiques, les médiatiques comme Madame Boutin, du Pape actuel, des anciens catholiques qui étaient tous tellement prudes et cul serré, ce qui est bien connu, des rois qui étaient tous des tyrans ne concédant à leurs sujets que de faibles libertés en compensation. Alors que l'on sait de source historique sérieuse (ce qui fait une allitération en « s » d'un bel effet) que tous les livres circulaient dans toute l'Europe sans trop de problèmes, à commencer par le « Satiricon » de Pétrone qu'on lisait dans les campagnes en veillée sans se poser de questions. On porte aux nues les livres de Sade, qui ne choqueraient plus maintenant un collégien qui a accès à bien pire sur Internet, que ce soit des ménagères allemandes pratiquant la coprophilie ou des couples de ploucs français montrant zigounette et pilou-pilou à tous les passants.

Bizarrement, ce que l'on constate pendant la progression du colloque est que sans les catholiques, pas de bibliothèques. Voilà un paradoxe qui n'emeut personne semble-t-il aussi.

J'ai appris bien des choses, ainsi j'ai appris que les chrétiens du Moyen Age n'avaient pas le droit de rire au risque de se voir punis par l'Inquisition, terrible inquisition dont on jette encore les horreurs cinq cent après aux visages des chrétiens qui visiblement n'ont pas encore assez payé. On le voit bien sur les peintures de Breughel, personne ne rit, ou les portraits de Franz Hals, « la bohémienne ». Il est navrant de constater que, encore maintenant, on nous conseille « Le Nom de la Rose », qui est une fiction avant tout, comme source sûre concernant les rapports entre la culture et la censure au Moyen Age (étrangement, personne n'a lu le livre, qu'un intervenant de toutes façons trouve pédant ainsi que son auteur, Umberto Eco, tout le monde a vu le film bien sûr). Ce qui m'étonne est que personne ne songe à parler de la censure protestante, juive ou musulmane qui était et est parfois toujours aussi vivace, même plus.

Taper sur les cathos est plus kiffant, comme disent les djeuns.

LesPrecieusesRidicules2.jpg
Le tout est entrecoupé de considérations oiseuses sur la grossesse considérée comme un handicap et un frein à la carrière des pauvres femmes, voire une maladie ; sur le Pape Benoît XVI, perçu comme le pape du retour à l'Ordre Moral et aux z-heures les plus sombres de notre histoire, quand on ne l'accuse pas tout net d'être un Pape nazi ; sur Christine Boutin aussi, épouvantail de ces réactionnaires catholiques qui cachent si mal leur jeu, surtout quand ils se mettent à parler un peu de leur foi, mais là n'est-ce pas ce sont des fanatiques ; sur ces atroces personnages qui font interdire des livres pour la jeunesse qui parlent de drogue, d'homosexualité ou de « tournante ». On le voit bien d'ailleurs, cette politique porte ses fruits, l'obscurantisme et l'ignorance sont en nette régression. J'en veux pour preuve cette déclaration sucrée, et un peu hypocrite, d'un homme politique sage et intelligent qui prétend que l'on connait aussi bien Voltaire dans les « quartiers » de lascars que dans les « beaux » quartiers. Il se trompe, on l'y connait aussi mal dans les uns que dans les autres.

La cerise sur le gâteau de cette fabuleuse conférence, cet étourdissant maelström d'intelligence, ce fut vers la fin quand les conférenciers se crurent obligés d'aborder la question fondamentale de la lecture rapide, pour percevoir l'ensemble d'un livre rapidement et ainsi son intérêt. Car les livres ne sont pas fait pour être lus, mais sont des réservoirs d'informations que l'on accumule, et que l'on recrache docilement selon les opinions à la mode. On ne doit surtout pas en goûter le style.

Je doute que cela en présente un pour Chateaubriand, « un aristocrate qui a une haute opinion de lui raconte sa vie », ou pour Proust par exemple : c'est facile de résumer la « Recherche... » en quelques phrases si l'on tient absolument à la version « digest », pourquoi ne pas en faire aussi un roman-photo après tout ?

Essai de résumé : « Le narrateur, mondain et fortuné, tombe très amoureux d'Albertine, qui préfère les femmes. Quand il la retrouve, elle est morte » ; ou comme le disait Woody Allen : « J'ai lu tout Guerre et Paix, ça parle de la Russie ».

Deux photos extraites de deux représentations des "Précieuses Ridicules"


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