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Fume et tue

Par Liliba

Antoine LAURAIN

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Au panthéon des fumeurs cultes, vous avez connu Serge Gainsbourg, Winston Churchill, Humphrey Bogart, Georges Simenon… Jamais vous n’oublierez Fabrice Valantine. Chasseur de tête, accro à ses deux paquets de blondes quotidiens, Fabrice Valantine se rend un beau jour chez un hypnotiseur dont ses amis lui ont vanté les résultats miraculeux : à la surprise de tous, il a décidé d’arrêter de fumer ! La séance paraît tout d’abord réussir. Pourtant, quelques semaines plus tard, il craque, en allume une, et constate, dépité, que si l’envie de fumer demeure, le plaisir, lui, a totalement disparu. Désemparé, Fabrice découvre bientôt que ses voluptueuses sensations ne lui reviennent… qu’après avoir commis un meurtre. Drôle, inquiétant, provocateur, "Fume et tue" raconte la vie tabagique et l’œuvre criminelle d’un homme qui aurait bien voulu qu’on le laisse fumer ses cigarettes tranquillement.

Malgré les avis fort enthousiastes lus un peu partout, j'avais un peu peur en ouvrant ce roman de tomber sur une longue litanie des méfaits du tabac, une morale sur ce que, nous, abominables fumeurs puants, faisons subir à nous même et à notre entourage... Mais au bout de quelques pages, je jubilais déjà et j'ai dévoré ce roman d'une traite, en ne me laissant qu'à peine le temps... de griller une cigarette.

Fumeuse, j'étais, puis ex-fumeuse et à ce jour fumeuse à nouveau, ayant décidé une fois pour toute de privilégier l'esthétique de mon postérieur à la santé de mes poumons... (résolution post 40 ans !). Je connais donc parfaitement ces affres de l'ancien fumeur qui a pris sa résolution, un peu à contre-coeur, et qui a décidé de ne plus toucher une cigarette. Je connais les idées fixes, cet état d'obnibulation totale quand on ne pense qu'à une chose, sentir sur ses lèvres le poids tout léger de la cigarette qu'on vient d'y poser, se brûler parfois un peu l'index et le majeur parce qu'on a fumé trop loin, jusqu'au filtre, entendre le craquement du briquet ou de l'allumette, aspirer la première bouffée, forte, chaude, qui brûle même un peu la lèvre, et sentir dans la trachée l'avancée de la fumée salvatrice, bourrée de cette fichue nicotine qui nous manque tant, mais qui nous donne le sentiment, l'illusion d'un bien-être...

Je connais aussi les nuits de cauchemars dues au Champix, ce médicament soit disant miracle qui est censé aider le fumeur à se passer de sa dose. Je n'ai pas pris ces cachets très longtemps, tant les effets secondaires étaient impressionnants sur moi : tremblements, crises d'angoisse, nuits d'horreur dans lesquels j'assassinais tout le monde autour de moi et me réveillais en nage et en hurlant, persuadée que j'allais me noyer dans un bain de sang, boutons aussi beaux et purulents que la plus acnéique des ados, et j'en passe...

Mais je connais également le plaisir que procure cette fameuse clope. La première bouffée de la première cigarette de la journée, celle qui va avec le café, celle qu'on allume quand on téléphone à une amie à qui l'on raconte sa vie, celle d'après l'amour... Et les gestes, ces gestes devenus mécaniques et auxquels on ne pense plus, mais qui font partie intégrante du rituel lié à la consommation de tabac. S'assurer qu'on a bien son paquet et son briquet quand on sort (ne pas avoir de feu : l'horreur !), avoir un ou deux paquets d'avance à la maison (traverser tout Paris la nuit pour acheter un paquet de clopes, je l'ai fait !), tenir sa cigarette de telle ou telle manière qui nous donnera une contenance, une assurance que nous sommes persuadés de ne pas avoir sinon, jeter les mégots à travers la fenêtre de la voiture d'une pitchenette, ou écraser le mégot du bout du pied dans une rotation rapide et discrète...

Bref, c'est donc pour toutes ces raisons là que j'ai vraiment compris notre héros, ce Fabrice Valantine devenu tueur en série. Bien sûr, je ne suis pas allée jusqu'au meurtre à cause de mon tabagisme -ou mon arrêt du tabac- et je pense que cela ne m'arrivera pas, mais je comprends tellement l'horreur de ce qu'il ressent quand il ne retrouve plus le plaisir lié à la cigarette ! Alors j'ai adoré ce livre, je me suis régalée de page en page, j'ai ri tout haut, j'ai relu certains passages plusieurs fois, bref, je me suis complètement éclatée et ai pris un plaisir fou à la lecture de ce roman.

Je vous le demande, chacun a son truc, son vice ou son habitude, ses goûts propres, mais que serait notre vie sans plaisir ?

"Le plaisir de boire un bon vin, le plaisir de faire l’amour, le plaisir de fumer bien sûr, mais aussi le plaisir de se baigner sous le soleil dans une jolie piscine, le plaisir d’un bon repas dans un bon restaurant, le plaisir d’un beau paysage, le plaisir d’aimer tout simplement."

Mais je vous rassure, amis non fumeurs, ce livre est également pour vous tant il est jubilatoire, drôle, original... Même si vous ne connaissez que de l'extérieur notre esclavage à cette saleté de cigarette, vous pourrez vous régaler de cette histoire !

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"Si je devais me pencher sur ma vie, au risque d'en éprouver un certain vertige, je dirais qu'avant les événements qui la bouleversèrent j'étais un homme sans histoires, presque banal. J'avais une femme, une fille, un métier dans lequel j'étais connu et reconnu et un casier judiciaire aussi vierge qu'une feuille Canson achetée chez un marchand de couleur. Quelque temps plus tard, on tenta de m'évincer de mon poste, ma femme me quitta, et j'avais quatre meurtres à mon actif. Ce parcours aty­pique, s'il me fallait le résumer en une formule accessible au plus grand nombre, je dirais que tout cela est «une histoire de cigarettes»."

Impossible de parler de ce livre sans citer Cécile Quoi de 9, qui en vante les mérites (justifiés) sur tout son blog et ailleurs ! Pour les autres, les avis vont de l'enthousiasme exalté à une bonne lecture, mais je n'ai pas trouvé de billet négatif sur ce roman. L'ont lu : La pyrénéenne , Caroline , Amanda, Ys, Sassenach, Aifelle, Daniel, Keisha, Papillon, Michel, Yueyin, Anne, Cathulu, Cuné, Jules  , Fashion, Joëlle, Katell, Lily, Bladelor, Brize LouPascal, Lily,  Katell... et j'en ai sûrement oublié quelques uns ou unes !

Plusieurs d'entre vous ont rencontré l'auteur, vous avez bien de la chance ! (il a honoré de sa présence le pique-nique de la blogoboule).

Lire les premières pages du roman et Le blog d’Antoine Laurain

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... tout n'est pas perdu !

Ce livre fait partie de la sélection du Grand Prix littéraire du Jury Quoi de 9.

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