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V. Peillon abandonne les valets de la haine en rase campagne

Publié le 15 janvier 2010 par Vogelsong @Vogelsong

Pur crime de lèse-majesté. V. Peillon snobe un rendez-vous télévisuel concocté par A. Chabot. Le député socialiste invité en deuxième partie de débat après E. Besson et M. Le Pen décline au dernier moment. Le microcosme se cabre. Pratiquer la chaise vide ou se défiler ne peut être une méthode durable pour faire passer ses idées. Mais compte tenu du contexte, du sujet et des invités, la sacro-sainte obligation de participer peut être au moins discutée. L’absence peut même tenir lieu d’argument.

V. Peillon abandonne les valets de la haine en rase campagne
Fin septembre 2009 à New York, A. Chabot prend une avoinée présidentielle devant témoins. Un gros quart d’heure de soufflante élyséenne. Pour le président, le service public ne propose pas “de vraies émissions politiques“. Pourtant, la droite n’a pas à se plaindre des états de services de la journaliste de France 2. Et l’UMP peut compter sur cette fidèle pour mitonner des émissions de haut vol comprenant des questions pas trop difficiles et un temps de parole conséquent sans coupure. N. Sarkozy candidat est un coutumier. Il a largement donné du “mâme Chabot” aux perches tendues par la directrice de la rédaction de la chaîne publique. Ils se claqueront même un bécot à la fin d’une émission.

Un président insatisfait de la teneur des émissions politiques des chaînes publiques ? Journaliste pleine de ressources, A. Chabot organise une émission confrontant M. Le Pen et E. Besson ! Bien calée sur le calendrier et les thématiques de l’UMP, l’identité nationale sera au menu. Ce débat national lancé par le gouvernement, sous-traité par l’institut Montaigne gagne inévitablement la chaîne publique. Recentrer E. Besson, transfuge du PS vers les confins de la droite s’avère être une mission compliquée, mais pas impossible si l’on s’en donne les moyens. Pour satisfaire aux exigences du débat, un intellectuel socialiste est convoqué en seconde partie de débat, après le choc titanesque des réactionnaires. Dans la France de N. Sarkozy c’est le casting qui préfigure toute initiative. Le cas E. Besson, un socialiste choisi pour faire la basse besogne du ratissage électoral frontiste. L’homme se complait dans le rôle d’ordure sans état d’âme. Il l’affirme même. Pourtant, le fiasco du débat sur l’identité nationale impose une normalisation des dérives du régime. L’épouvantail en chef. M. Le Pen satisfera à la tâche du lissage politique d’E. Besson. Vocifératrice de talent elle codirige un parti naufragé, éperonné par l’UMP en 2007. Elle n’a rien de plus à perdre.

La ficelle est grosse. V. Peillon décline juste avant l’algarade. Mais pour nombre de commentateurs, c’est, soit de l’aveuglement, soit de la candeur. L’aveuglement d’espérer que le professeur de philosophie déboulant après une heure de ruine intellectuelle pourra éclairer le débat. La candeur de penser qu’un tel sujet puisse être abordé décemment.

Nombre d’appels ont été signés par la gauche et des républicains pour ne pas participer à ce débat. Mais mieux que ça, V. Peillon l’a dynamité ! Normalement, un député de l’opposition se voit dans l’obligation de se soumettre à l’injonction journalistique. Surtout quand elle concerne un débat méphitique qui corrobore les projets électoraux du parti au pouvoir. Ne pas jouer ce jeu relève de l’hérésie.

Ce comportement déviant face aux canons de la médiasphère pourrait être incompris. Dérobade, défilement. Pourtant, le message est limpide. V. Peillon est un rhéteur aguerri, et il assène un argument sec : ce sujet est indiscutable !

Le parti socialiste est souvent taxé à juste titre de l’indolence sur les sujets graves. Pour une fois, V. Peillon aborde frontalement les hiérarques. En plus de piéger dans les derniers instants A. Chabot, il demande de surcroît sa démission. Le sujet est important, on ne lésine pas sur les valeurs.

V. Peillon s’est affranchi de l’obligation de servir de faire-valoir médiatique à une opération de communication gouvernementale. Il a “fui” le Spectacle purulent du débat sur la haine de l’autre. Il en a créé un autre. Car plus qu’une dérobade, c’est une réplique physique au pauvre Spectacle des caniches de N. Sarkozy. L’absence est aussi une réponse forte. Et paradoxalement, c’est aussi une présence. Du débat chaotique entre deux valets de la haine, il ne reste rien sauf le signe fort d’un refus. Celui de V. Peillon.

Vogelsong – 15 janvier 2010 – Paris


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