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Les courses au supermarché

Publié le 17 janvier 2010 par Corboland78

Rien n'est plus éprouvant pour moi que d'aller faire mes courses au supermarché. Tous les samedis matins à la première heure j'endure ma punition hebdomadaire. Pourtant, la grande surface n'est pas si grande et qui plus est, si proche de chez moi que j'y vais à pied. Ca ne me prend qu'une trentaine de minutes ou un peu plus, mais c'est l'un des plus grands malheurs que j'aie à endurer aussi régulièrement.

Contrairement à ce que pourrait laisser entendre mes billets, je ne clappe pas tant que cela, d'ailleurs quand je suis seul chez moi en semaine, je ne mange quasiment pas, le soir des fruits et un yaourt font mon ordinaire, c'est vous dire le régime spartiate dont je me contente. Bien que la pitance soit maigre je dois néanmoins la quérir régulièrement, ajoutez à cela le minimum vital en produits d'entretien du corps ou de la maison, bref il y a toujours matière à dépenser chez Carrefour Market.

Tous les samedis, donc, la tête basse je me rends au magasin, non pas dès l'ouverture exactement, mais une trentaine de minutes après, le temps que le personnel ait intégré sa place, que les allées soient presque dégagées des palettes non rangées encore en rayon. J'ignore le chariot à roulettes, un panier suffit à mes emplettes tout en simplifiant les manœuvres et slaloms entre les clients hésitants devant les gondoles. J'ai vite fait de remplir mon panier car je prends presque toujours les mêmes articles, encore pourrais-je aller plus vite si le malin malade qui régit l'emplacement des rayons en magasin ne m'obligeait pas à passer par des allées où je n'ai rien à faire. Première mise à genoux lors de mon chemin de croix, je me sens un insecte placé volontairement au milieu d'un labyrinthe sous l'œil attentif d'un savant fou.

Ma courte liste à la main, je me dirige vers les étagères où sont posés les paquets de café pour mon petit-déjeuner, des yeux je cherche le thé qui n'est finalement pas dans cette allée mais dans la suivante, pourquoi pas ? Un paquet de biscottes, ah !zut ! le rayon est presque vide, les cartons ne sont pas déballés encore, tant pis je ne prends pas ma marque habituelle. J'essaie de vérifier que l'emballage est en bon état et en le secouant discrètement que les biscotes ne sont pas cassées à l'intérieur, comme trop souvent en ce moment. Qu'y a-t-il de pire au matin, pas encore réveillé, de se retrouver avec des biscottes en miettes qu'on espérait beurrer et badigeonner de miel ? Seconde mise à genoux, rien ne me garantissant de ce fléau, une fois j'avais acheté plusieurs paquets le même jour, tous se révélèrent contenir des miettes me pourrissant mon petit-déjeuner durant quinze jours au moins.

Ne pas oublier le sucre, mais il est placé tout au fond du magasin, je le prendrai en dernier. Aargh ! Un instant d'inattention et c'est l'accident. Les yeux sur ma liste j'ai embouti la vieille dame devant moi qui s'est arrêtée pile, avant qu'elle n'ameute tout le monde, je présente mes excuses et file dans une allée quelconque évitant de peu le présentoir promotionnel de bocaux d'un litre de fruits au sirop. Je me calme en stationnant devant les purées en sachets et les chips, allée peu fréquentée et reposante. Ils devraient y installer un banc.

Je termine par le rayons des sodas, n'oublie pas mon sucre - vous pensiez que j'allais repartir sans n'est-ce pas ? - et avant de passer en caisse, tâche de planquer dans mon panier le papier-cul qui ne se vend qu'en paquet monstrueux de douze rouleaux, de quoi tenir un siège. Le siège des WC bien entendu. Je me raisonne en me disant qu'on en passe tous par là. Jusqu'à cet instant, tout s'est déroulé selon le schéma classique, si ce n'est le côté répétitif de la chose, toutes les semaines, faire la même chose, et presque toujours les mêmes achats.

Reste à payer et donc à passer en caisse. Toutes les caisses ne sont pas ouvertes mais dehors le personnel en petits groupes clope, tranquille. Les clients font la queue devant les trois caissières à leur poste. C'est là que l'expérience et la stratégie entrent en action. Repérer en une fraction de seconde, la file qui passera la plus vite pour y prendre sa place. Eviter la caisse « rapide » car c'est là que vont tous les petits vieux qui achètent une baguette et la payent en pièces qu'ils extirpent une à une et avec mal de leurs vieux porte-monnaie tout en discutant avec la caissière. Il est préférable d'être placé derrière un homme seul avec un chariot plein, que derrière deux vieilles avec une boite de haricots. J'ai fait mon choix. Un panneau affiche clairement « Si il y a plus de deux clients devant vous, vous pouvez réclamer l'ouverture d'une caisse supplémentaire ». Ouais ! Mais il faut courir à l'autre bout du magasin, le temps qu'une caissière s'installe quand elle est de mauvais poil vous n'avez pas idée du temps que ça prend, et si vous revenez dans votre file, votre place est prise et vous avez perdu quatre places, retour à la case prison. Dernière mise à genoux. Une fois il m'est arrivé de laisser mon panier par terre et sortir sans avoir rien acheté, toute la semaine je me suis contenté d'un thé en guise de repas du soir !

Enfin arrive mon tour. Bien sûr avant, il y a eu le client qui avait acheté des bananes sans les peser et qui est retourné à la balance et celle qui avait pris la dernière boite de tomates pelées dont le code barre était illisible. Bon, on oublie, c'est à moi de jouer. Mes quelques achats passent du tapis roulant dans mon cabas où je les rangent astucieusement et rapidement pour dégager le tarmac au plus vite et laisser la piste d'atterrissage libre. La caissière annonce la somme, « Je fais une carte ! », le boîtier pour la Carte Bleue annonce « Vous pouvez insérer votre carte », je m'exécute. J'attends. Nous attendons. « Carte muette ». La caissière annule l'opération et nous recommençons, rebelote ! La sueur perle sur mon front. Je n'ai ni assez de liquide, ni chéquier sur moi, aucune solution de contournement en vue. Dans la file derrière moi, un frémissement d'impatience. La caissière prend ma carte et l'astique dans son giron accueillant, troisième essai, troisième échec. Je suis à l'agonie. Le frémissement d'impatience monte d'un cran dans mon dos. La caissière appelle sa chef par l'interphone. J'évite de regarder derrière moi. La responsable des caisses arrive, prend ma carte, l'examine et m'explique que les nouvelles cartes émises par ma banque sont légèrement plus minces qu'avant et que les lecteurs du magasin ne peuvent les lire. Alors que fait-on ? Ne vous inquiétez pas, nous allons changer ce lecteur et elle sort de son chapeau, un nouveau lecteur qu'elle connecte à la place de l'autre. « Mais si vous connaissiez le problème, pourquoi ne pas changer directement tous les lecteurs au lieu d'attendre l'incident ? » La réponse ne viendra jamais car elle est déjà partie vers une autre caisse qui réclame la présence d'une autorité reconnue.

Faire les courses c'est déjà pénible, payer ça peut être douloureux quand ça fonctionne, mais quand ça ne marche pas c'est tuant. Le gars qui inventera le passage en caisse hyper rapide celui-là méritera la reconnaissance éternelle des cochons de payant.              


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