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Gainsbourg – artiste de classe et loser

Publié le 17 janvier 2010 par Amaury Watremez @AmauryWat

Le film qui sort, "Gainsbourg vie héroïque" donne envie de parler de « mon » Gainbourg

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Il existe deux sortes d'artistes ; les clinquants qui sont dans la lumière à force de courbettes, les créateurs, qui deviennent de temps à autre célèbre sans rechercher obligatoirement la célébrité pour la célébrité, et ceux qui sont contents d'eux, c'est cette certitude qui les pousse à taper à toutes les portes pour finir par se faire une place au soleil mondain des gens dont on parle dans le journal, les « pipeaules », je ne suis pas sûr que ceux-là créent grand-chose, et ceux qui ne sont jamais satisfaits, toujours soucieux de parfaire leur œuvre au mieux, parfois persuadés de n'avoir aucun talent, aucun génie, comme Gainsbourg. Il désire ardemment devenir peintre, mais il brûle toutes ses toiles en 1957, il se trouve nul comme peintre, il se trouve moche depuis l'enfance, les oreilles décollées, les yeux globuleux, son nez d'usurier de caricature vichyste, il est certain que tout est déjà fichu, qu'il n'atteindra jamais l'excellence. Et puis un soir, il voit Boris Vian sur scène, chanter malgré la trouille au ventre, et il se dit que non seulement ce serait un bon moyen de gagner un peu plus d'argent mais aussi de plaire aux filles, et si lui il peut le faire, le grand type dégingandé dont le trac est aussi grand que la Tour Eiffel, il doit y arriver aussi.

Ce n'est pas gagné, dans l'écriture il reste trop exigeant pour plaire au trop grand nombre, on ne se refait pas. Et puis il n'est pas beau, aux yeux des moutons qui achètent les disques des stars, c'est impardonnable de ne pas ressembler à un mannequin de haute couture. A un moment, il en a par dessus la tête de ne pas être comme tout le monde, de devoir sans cesse se justifier d'être lui-même, d'être original, d'avoir du talent, et il ne fait rien d'autres que vendre son âme, au moins en partie, au « show biz ». Il retourne sa veste et « s'aperçoit qu'elle était doublée en vison ». Et c'est là que Gainsbarre fait son apparition, un sale type, obsédé par le fric et les lolitas, drogué, alcoolique, et écrivant des ritournelles « yéyé » le plus souvent à double ou triple sens sexuel : « les sucettes », « Bébé requin », les chansons pour Paradis beaucoup plus tard. Sur les photos, il est comme un gosse qui dit des gros mots pour le plaisir de faire bisquer les adultes. Il brûle un billet de 500 balles en public, on fait semblant de s'offusquer mais au bout du compte le troupeau rêve de faire pareil, flamber du pognon, s'afficher avec des femmes-enfants androgynes et faire la fête jusqu'au petit matin ? Comme il n'en revient pas, de son succès, il se montre partout, il dit quelques monstruosités sans importance, il met le bazar chez Polac, avec Choron en grande forme, il drague une chanteuse d'un été en direct chez Drucker, mais la descente dans l'Hadès ne faisait que commencer, l'Hadès clinquant et doré sur tranche des beaux quartiers.

A force de boire, il ressemble de plus en plus à ce qu'il est, un vieil alcoolo mondain, riche à millions, qui se réveille de temps en temps chez les flics parisiens qui finissent par tous le connaître. Cela fait longtemps qu'ils avaient pardonné « la Marseillaise reggae ». A droite comme à gauche, on trouvait que ce n'était pas très bon pour l'Instruction Civique, l'homme et la femme politique avaient déjà tendance, pour beaucoup, à se foutre du monde, c'était il est vrai les mêmes en noir et blanc, puis en couleurs à partir de 1975. Gainsbarre prend toute la place, il a même tendance à pousser Gainsbourg, Lucien, dehors sans trop de remords. Ce n'est qu'à partir du concert au Casino de Paris en 1986 qu'il commence à remonter la pente savonneuse mais il est un peu tard. Depuis Baudelaire, on sait bien que les paradis artificiels n'ont jamais rien rajouté à la créativité, sinon, en chaque VRP, à l'apéro dés onze heures (un « kir violette » en notes de frais, sommeillerait un Van Gogh. Avec Catherine Ringer, chez Denisot, c'est l'ivrogne professionnel des médias qui fait son numéro d'anar de droite éthylique mais ça ne prend plus. Il meurt après avoir arrêté de boire, peut-être que c'était dangereux d'arrêter ? On ne saura jamais.

Une de mes chanson préférées de Gainsbourg, avec tout "Melody Nelson"


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