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Du crédit sans intérêts : il y a au moins deux modèles viables

Publié le 18 janvier 2010 par Uscan
Du crédit sans intérêts : il y a au moins deux modèles viables Il y a des alternatives aux pratiques extrémistes de la finance spéculative. Elles se développent en Europe depuis plus de dix ans, et sont inspirées de modèles arabes, africains ou asiatiques, plus éthiques et socialement plus justes.

On n'en parle pas. La loi islamique, la charia, définit le cadre au sein duquel doit opérer la finance : interdiction des intérêts, de l’incertitude et de la spéculation, partage des profits. Actuellement, la finance islamique a le vent en poupe en occident. Elle est très implantée à la City de Londres, et Paris fait tout pour l'attirer de l'autre côté de la manche.

Les banques qui souhaiteraient réaliser des opérations conformes aux dispositions de la charia, le territoire français est évidemment prêt à les accueillir… Considérez le territoire français comme une terre d'accueil

déclarait Christine Lagarde lors d'un colloque en 2009. Non que le ministère ait été illuminé par une révélation, ni que l'Abbée Pierre ne soit ressuscité, rassurons-nous, la France ne va pas devenir la terre d'accueil des hommes persécutés en Afghanistan ou en Irak, mais elle voudrait être celle des pétrodollars en provenance des monarchies du golfe, qui utilisent ce mode de financement.

Un mode de financement éthique qui tranche avec les pratiques extrémistes de la finance de marché spéculative. La charia interdit de prendre des intérêts ou de spéculer et oblige au partage des profits. Ainsi lorsqu'une banque accepte un prêt, elle s'engage réellement, pour le meilleur et pour le pire, aux côtés de l'entrepreneur. Elle sera rémunérée par un pourcentage des bénéfices lorsque celui-ci commencera à gagner de l'argent, mais elle perdra sa mise si l'entreprise ne coule. Une solidarité réelle, un accompagnement concret, qui fait mentir les slogans de nos banques occidentales.
Pour un particulier, quelqu'un qui veut acquérir une maison par exemple, la banque achète le bien, puis le revend avec une plus-value mais par petites tranches, à l'intéressé. Tant que l'échéance n'est pas atteinte, la banque et l'acquéreur sont co-propriétaires du bien, et font face ensemble aux événements.

Parallèlement, un autre mode de financement alternatif, inspiré des tontines africaines ou asiatiques, s'implante en Suède. A Skövde, une petite ville proche de Göteborg, la coopérative Jak a été reconnue par le gouvernement comme un établissement bancaire en 1997. La coopérative ne demande pas d'intérêt à ses clients, et finance les prêts des uns par l'épargne des autres. Son fonctionnement vise à "être toujours solvable" et à ne pas recourir au marché interbancaire, de façon à limiter les risques trop élevés inhérents au fonctionnement actuel des marchés. Son rôle consiste à réguler la circulation du flux d'argent entre épargnants et demandeurs de crédits.

Pour ce faire, la banque a mis au point un système de points d'épargne. En épargnant, un client cumule des points. Le jour où il demande un crédit, il est limité par les points cumulés, de façon à équilibrer de façon générale les entrées et sorties d'argent. Si la personne désire un plus gros crédit, elle est tenue de verser chaque mois l'équivalent de son remboursement mensuel en épargne. Pour chaque mois "hors point épargne", et pour un remboursement de 100€, il faut verser 100€ et ajouter 100 autres euros d'épargne. Ce système, qui garantit la solvabilité de la banque à tout instant, permet au demandeur de crédit de se constituer parallèlement un pécule, qui deviendra disponible trois mois après qu'il ait achevé ses remboursements.
En plus, il faut également acheter l'équivalent de 6% de la valeur de son prêt en participation à la banque ("dépôt d'équité"), une somme également remboursée à terme.

Même si Jak gère 35 000 clients, un tel système ne permet pas de de gérer de très gros volumes. Il fonctionne à l'échelon local ou régional. C'est une alternative viable sous la forme d'une galaxie d'établissements chacun implanté sur un territoire donné. En Italie une association travaille à la mise en place d'un système similaire, et une coopérative a ouvert ses portes en 2005 à Stuttgart.


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