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Pécresse et la démocratisation, c’est comme Sarkozy et la Clio

Publié le 18 janvier 2010 par Monthubert

Décidément, le gouvernement répète sans cesse les mêmes manoeuvres. Dans une dramaturgie bien rodée, il commence par pointer du doigt un coupable. Par exemple, les banquiers et leurs bonus extravagants, Renault et son intention de délocaliser la production de la Clio, ou les grandes écoles qui ne recrutent pas assez de boursiers. Acte II, rencontre bien médiatique entre l’hyper-président, ou la super-ministre, et les coupables : banquiers, PDG de Renault, ou directeurs de Grandes Ecoles. Cela donne l’occasion d’une belle photo. A la fin de l’acte II, un communiqué assène que le pouvoir a obtenu des engagements importants de la part des coupables. Théoriquement, la pièce s’arrête là, mais dans la vraie vie il y a un acte III, dans lequel on découvre, stupéfaits, que les engagements ne sont pas tenus. Des bonus qui continuent, une Clio qui sera probablement délocalisée une fois les élections régionales passées… Reste pour le pouvoir à espérer avoir réussi à faire zapper les Français sur un autre sujet, afin d’éviter qu’ils ne voient l’acte III.

Dans la polémique surjouée concernant l’accès des boursiers aux grandes écoles, dont j’ai écrit avec Benoît Hamon dans Mediapart que c’est un rideau de fumée pour masquer les problèmes de la démocratisation, nous avons vécu aujourd’hui un bel acte II de la dramaturgie canonique du Sarkozysme ordinaire. Convocation d’une réunion avec le président de la Conférence des Grandes Ecoles, et communiqué de la ministre annonçant à leur place que « Les grandes écoles souscrivent à l’objectif fixé par le président de la République d’accueillir 30 % de boursiers en leur sein et ont décidé d’agir sur 10 leviers qui sont autant de verrous ». 10 leviers ? Comme la mise en place d’une allocation d’autonomie permettant aux étudiants de s’engager dans ces études sans se poser la question de la manière dont ils vont gagner leur vie pour pouvoir survivre ? Non. De nouvelles classes préparatoires (déjà annoncées, déjà contestées ici), un objectif de gratuité des concours (qui le sont déjà le plus souvent pour les boursiers)… Ou encore, le développement des admissions parallèles : « Il faut pouvoir entrer en grande école après un parcours universitaire, et pas seulement après une classe préparatoire », commente Valérie Pécresse. Elle ne sait manifestement pas que toutes les écoles ont de telles filières, y compris à Polytechnique ou Normale Sup. Les développer, pourquoi pas, mais il faut réfléchir globalement. Quel encadrement en université pour préparer ces concours ? Et pourquoi les étudiants qui ne se destinent pas à ces écoles n’auraient-ils pas eux aussi un encadrement plus important ? Enfin, il faut arrêter de considérer les universités comme des formations de second choix.

En réalité, Valérie Pécresse a beau tenter de morceler les difficultés, on en revient toujours au même point : la faiblesse de l’investissement réel dans les universités, le refus de développer l’emploi scientifique, le refus de mettre en place l’allocation d’autonomie qui permettra enfin aux étudiants de faire leur véritable travail : celui d’étudier. Et en refusant de changer de politique, elle précipite l’acte III, pendant lequel on découvre que les inégalités sociales se creusent.

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