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Haïti chérie - Naissance du projet PHEM

Publié le 19 janvier 2010 par Djief
Il est tout près de 3h30 du matin et je tente de terminer ce texte au plus sacrant. Je sais qu'il est long et il vous sera possiblement pénible de le lire étant donné la prépararation énorme qu'il aura fallu à un tel projet pour prendre forme et se concrétiser. Je serai certainement dans l'obligation d'y rajouter un troisième volet et celui-là se passera sur place, à Haïti. La portion la plus intéressante du récit, en fait. Il faut aussi que vous sachiez que la rédaction de ces trois volets a été faite uniquement de mémoire. Les documents que j'avais gardés en ma possession ont disparu au fil du temps et lors de mes nombreux déménagements.  J'en suis sincèrement désolé.
Avant de commencer ce premier paragraphe, je me suis rendu compte en allant sur Gmail (afin de vérifier si mon texte rédigé via mon cellulaire avait été enregistré) que mes efforts avaient été anéantis. Mon texte venait de disparaître en une fraction de seconde. Erreur humaine ou erreur de frappe ? Quoi qu'il en soit, et peu importe ce qui avait causé ce désastre (à mes yeux, oui) je me devais de le réécrire sans délai. Il me fallait pour cela tout recommencer depuis le début. Et le début de cette aventure avait commencé dans un petit local du service de la pastorale situé au 2e étage du collège Montmorency, le seul établissement collégial sur le territoire lavallois.
J'avais entendu parler du projet PHEM (Projet Haïti des Étudiants de Montmorency) lors de ma première année de Cégep, soit en septembre 1983. J'étais jeune (19 ans) et je venais de terminer un projet précédent alors que j'étais en dernière année du secondaire. Je connaissais donc assez bien la vie estudiantine pour le département de la pastorale. J'y étais un habitué et comme je le racontais précédemment, je m'étais fait des amis(es) solides et fidèles. Mais arrivé au collégial, tout était différent. Tout était nouveau pour moi. Alors la seule manière que j'avais trouvé pour m'habituer à un nouveau système, c'était de me réfugier au local de pastorale. Heureusement qu'il existait. Enfin, à ma connaissance, tous les collèges en ont un et le mien ne faisait pas exception à la règle.
Le responsable de la pastorale à Montmorency était un curé. Et tout un ! Gérald Robillard, aujourd'hui décédé d'un cancer (sic) était à la fois prêtre dans une paroisse de Fabreville (Saint-Léopold) et à la fois employé comme conseiller spirituel et responsable du local de pastorale du seul Cégep de l'île Jésus. Il s'était fait beaucoup d'amis(es), non seulement parmi les jeunes avec qui il avait beaucoup de respect mais également les membres de sa communauté en tant que curé. Petite confidence ici : c'est Gérald qui m'avait accueilli quand mes parents m'avaient mis à la porte, juste avant le départ pour Haïti. Un homme de grande générosité. Un coeur plus grand que la main. Malheureusement, des hommes comme lui, il y en a que trop peu sur cette Terre.
Je me souviens à peine de la façon dont j'avais appris le projet mais je sais qu'une réunion avait eu lieu pour impliquer les étudiants qui étaient intéressés à y participer. J'étais intrigué au début et au fur et à mesure de l'avancement de la soirée, Gérald avait réussi à vendre son projet. Au fil du temps, les participants étaient assez nombreux. Nous étions plus de quatorze si je me souviens bien et ce nombre avait chuté à douze originalement. En tant qu'adultes et responsables de PHEM, Gérald connaissait une femme qui connaissait bien ce pays et surtout, sa langue. Le créole haïtien étant une langue parlée par environ 8.5 millions de personnes. Elle contient une base lexicale française et de certains dialectes. Hélène le parlait couramment et sa venue dans le groupe allait nous être profitable, en plus de son expérience sur le terrain.
Avant de continuer plus loin avec l'élaboration plus détaillé de ce projet, je dois vous parler de sa conception originale. Parce qu'au départ, PHEM avait été créé pour permettre à une seule personne de se rendre sur place et remettre les dons au Père Dehoux, un missionnaire qui avait oeuvré auprès des habitants en région montagneuse du nord du pays. En fait, une tornade avait ravagée le pays, surtout le nord et les dégâts avaient été considérables.
Gérald connaissait ce missionnaire et suite à cette terrible tragédie (de l'époque), il voulait apporter une contribution financière pour permettre à son confrère de soulager la population de la région  qu'il désservait. C'était le projet à ses débuts. Avec le temps, et avec de nombreuses discussions et réunions, l'aventure a pris une tournure différente. Agréablement différente à mes yeux. On avait la chance, l'opportunité d'apporter une aide plus concrète. De pouvoir constater, de pouvoir soulager la souffrance humaine directement sur place. Pour réaliser un tel objectif, il nous fallait pour cela retrousser nos manches et s'atteler à la tâche. Une tâche ardue si on tient compte de la complexité de PHEM.
Pour commencer, il avait fallu scinder le groupe en trois comités. Chaque comité avait sa propre responsabilité et devait rendre des comptes au troisième qui lui supervisait les deux autres. Quant à moi, j'avais jeté mon dévolu sur le comité de publicité. J'étais à l'aise dans ce domaine j'imagine et les résultats étaient impressionnant. Pendant toute la période des préparatifs, j'avais réussi à obtenir trois entrevues avec des journaux locaux. Ma collègue et moi étions gênés comme tout mais les journalistes arrivaient à nous mettre relativement à l'aise. Après tout, notre objectif était de faire connaitre PHEM aux lavallois. Et c'est à partir de là que le comité de financement s'enclanchait. En effet, il devenait plus facile de demander à la populace une contribution financière en sachant quel organisme le demandait.
Le comité de financement avait organisé différents événements comme des lave-o-thon à des endroits stratégiques, la récupérations de papier journaux, du porte à porte ainsi qu'une contribution personnelle de $300 environ. Une forme de commandite si on veut. Plus on se rapprochait de la date de départ, plus le groupe s'enthousiasmait à l'idée de s'envoler vers une terre inconnue. Le 3e comité, celui qui supervisait, celui qui s'assurait que les deux autres avaient remplis leur mission adéquatement, avait jugé que les fonds étaient suffisants et que tous les participants avaient été vaccinés. Se rendre dans un pays du Tiers-Monde sans se prémunir au préalable était suicidaire. Le terme est peut-être exagéré mais des maladies mortelles comme la tuberculose et la malaria y circulent encore de nos jours. De plus, si non avait su ce qui nous attendait une fois rendu à destination, on aurait vu les choses pas mal d'une autre manière et nos tâches auraient été plus facile à accepter.
Avant de terminer ce deuxième volet, laissez-moi vous raconter un épisode de groupe. Une fin de semaine de camping «sauvage». Je crois que c'était en mars car il restait encore de la neige et l'endroit où nous trouvions était au bord d'un lac qui était encore inhabité dans le temps. Pour vous situer, Gérald nous avait suggéré de prendre une fin de semaine avec notre gang pour mieux faire connaissance. Il le fallait bien pourtant et le meilleur endroit pour apprendre à se connaitre à fond était dans un endroit isolé. Nous avions choisi de faire du camping sauvage dans la région de Sainte-Agathe. Claude, l'un des participants au projet et mon meilleur ami allait régulièrement au Lac des Sables pour pratiquer la planche à voile. Il connaissait donc la région comme le fond de sa poche.
Finalement, on était parti du Cégep le vendredi après-midi et le minibus rouge nous avait laissé à l'endroit choisi par Claude sur un chemin de terre entre deux sous-bois. Le reste du parcours s'était fait à pied dans un sentier plus ou moins praticable. On avait tous nos sacs-à-dos prêtés par l'école et remplis de tout ce qui pouvait servir pour le camping, en plus de nos vêtements de rechange et autres articles en cas de besoin. En arrivant sur le site, le temps s'était assombri et des gouttes de pluie commençaient à tomber. Il devenait donc urgent d'installer nos tentes et de choisir ses partenaires, trois pour chaque tente, ce qui donnait quatre tentes montées en quatrième vitesse et dispersées tout autour.
Vint ensuite la préparation du premier repas : du spaghetti «trempé». J'ignore encore comment on a réussi à partir le feu pour chauffer l'eau et la sauce mais ça semblait sur la bonne voie. La pluie tombait plus forte et nous, on mangeait nos pâtes dans des assiettes de carton, les nouilles ainsi que lasauce diluées par l'eau de pluie. Mais on en riait et ça nous avait fait du bien. Évidemment, pour le premier soir, tout le monde, chacun dans sa tente avait papoté jusqu'à ce qu'on tombe de sommeil.
Le but de cette fin de semaine était de créer un rapprochement entre les participants. comme je le mentionnais plus haut, de mieux se connaître. En profondeur. Il fallait pouvoir compter sur les autres en cas de pépin car nous étions sur le point de partir pour un pays que nous ne connaissions que de réputation, autant par les médias que par les missionnaires que Gérald connaissaient, dont le Père Dehoux.
Alors que cette session de connaissance de soi et des autres s'achevait, le groupe devait réaliser un compte-rendu de ce weekend fabuleux, réuni en cercle autour d'un feu de camp dont le flammes s'élevaient vers un ciel noir et parsemé de milliers d'étoiles scintillantes. Tout autour de nous, il faisait si noir qu'on distinguait mal le lac, pourtant situé à quelques mètres à peine. Le lendemain, nous devions vider les lieux et retourner vers la ville, certes mais le coeur léger d'avoir accompli manifestement ce que Gérald attendait de nous. Nous étions fin prêt pour le grand départ du 4 juin 1983. Nous étions prêt pour relever un défi qui passerait dans l'histoire et les anales du Collège Montmorency.

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