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"Ils" ont eu la peau de Claude Béglé, la Poste n'est pas plus avancée

Publié le 19 janvier 2010 par Francisrichard @francisrichard
Claude Béglé, le président du Conseil d'administration de la Poste suisse, [photo ci-contre publiée dans Le Matin ici] a démissionné aujourd'hui ici. Sa lettre de démission ici est un véritable testament, dont il est vraisemblable qu'il ne sera tenu aucun compte.

Claude Béglé a eu surtout le tort de croire que la Poste, aussi géante financièrement - pour le moment du moins - qu'il était grand physiquement, pouvait demeurer viable en restant une entreprise publique. En effet les impératifs politiques, et les intérêts particuliers, priment alors sur les objectifs économiques.

Au début les attaques contre Claude Béglé étaient dirigées contre sa stratégie (voir mon article La mission impossible de Claude Béglé pour sauver la Poste ). Dans sa lettre testament il continue à penser qu'elle était la bonne, et la seule, si l'on veut garder en vie cette entreprise publique, à laquelle il est très attaché.
 
Il est choquant que les attaques dirigées contre Claude Béglé ne se soient pas limitées aux idées. Mais, comme elles se sont avérées insuffisantes pour avoir sa peau, ce sont des attaques ad hominem - qui ne grandissent pas ceux qui les ont lancées - qui ont finalement eu raison de sa pugnacité. La presse dominicale alémanique a servi d'instrument à ces attaques déshonorantes. 24 Heures d'hier rapportait ses minables trouvailles ici, sans esprit critique :

"Le Vaudois était au bénéfice d’un contrat de consultant pour un taux d’occupation de 75%, selon le SonntagsBlick et la SonntagsZeitung. Or il était aussi membre du conseil d’administration de La Poste à 40% depuis octobre 2008, puis à 50% lorsqu’il en a pris la présidence en avril 2009. Bien que des activités annexes soient autorisées par la Confédération, l’addition de ces pensums pose la question de l’exercice d’un double mandat durant plusieurs mois. A cela s’ajoute un autre détail qui pourrait s’avérer politiquement problématique. Le versement d’une partie des indemnités de consultant en Inde aurait été effectué à Dubaï, soit dans une zone fiscalement avantageuse."

Dans le téléjournal de TSR1 de ce soir, répondant à Darius Rochebin, Claude Béglé a eu beau jeu de s'étonner de se voir reprocher tantôt de trop travailler - le président doit être une potiche - et tantôt de ne pas travailler assez - il ne doit pas cumuler. Pour ce gros travailleur qu'est-ce que 30 heures par semaine - les 75% de taux d'occupation de son contrat de consultant - en comparaison du reste des heures qu'il consacre à La Poste suisse ? Quant à Dubai, c'est là qu'il lui avait été demandé d'intervenir par son mandant indien, tandis que sa seule adresse était celle de son domicile de Pully, près de Lausanne.

Dans sa lettre de démission Claude Béglé justifie celle-ci en ces termes, qui soulignent cette lamentable évolution des attaques menées contre lui pour le faire plier :

"La discussion sur ma manière de diriger la Poste, souvent menée de manière polémique, et les attaques non pertinentes contre ma personne, associées à des diffamations publiques, m’incitent à prendre cette mesure"


Claude Béglé dans cette lettre de démission considère - à mon avis, à tort - que :

"La raison d’être de La Poste est d’assurer un service universel de haute qualité sur l’ensemble du territoire."

En vertu de cet objectif il veut à la fois conserver les petits bureaux de poste et préserver le plus grand nombre d'emplois. Il constate d'autre part le fort recul du courrier et des activités traditionnelles de la Poste. Dans ces conditions il n'y a pas d'autre solution - à mon avis, à raison, si l'on admet l'objectif - que de développer de "nouveaux secteurs d'activité à forte croissance en Suisse et à l'étranger". Autrement dit :

"Il est primordial de poursuivre l’extension des services financiers au sein de Postfinance. Par ailleurs, il convient de développer l’unité Swiss Post Solutions, autrement dit l’offre de solutions d’information et à valeur ajoutée, physiques et électroniques, tout au long de la chaîne de création de valeur".
Face à ceux qui ont eu sa peau, Claude Béglé se montre d'une grandeur digne de sa taille, ce qui n'exclut pas d'avoir tenu à se préserver personnellement - charité bien ordonnée commence par soi-même, ceci dit sans ironie :
"
Par ma démission, une mesure qui constitue pour moi une décision drastique extrêmement difficile à prendre, je m’attache à protéger la fière entreprise de la Poste et ses valeurs ainsi qu’à permettre une discussion objective sur sa stratégie d’avenir. Mais je m’attache également à préserver mon intégrité personnelle de dirigeant d’entreprise engagé".
Il ajoute :
"Je suis conscient d’avoir commis des erreurs dans mon élan vers l’avenir et d’avoir été trop optimiste dans mon appréciation de la volonté de changement au sein de La Poste Suisse, marquée par une forte culture."

Dans la vraie vie économique le conservatisme est contradictoire avec la simple survie et la Poste s'en rendra compte. Très rapidement.
Francis Richard

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